‹ Histoire de la littérature française deu moyen âge aux temps modernesChapitre 19 sur 60 · Arbref tonfltif · texte numérisé non relu

Arbref tonfltif

cliemar. L'amanl n'eu persiste pas moins dans son projet: il s'adresse a Richesse pour arriver jusqu'à Bel-Accueil; mais le chemin de Folle-Largesse lui est interdit, et il serait contraint de renoncer à son entreprise, si Amour en personne, touché de sa fidélité , ne convoquait enfin le ban et l'arrièreban de ses vassaux pour faire le siège de la tour où gémit Bel-Accueil. C'est ici que se dévoile le dessein principal de Jean de Meung, car il amène parmi les vassaux du dieu deux personnages nouveaux qu'Amour ne connaît pas et qu'il interroge: c'est Faux-Semblant et Contrainte -Abstinence. Faux-Semblant est le symbole du vice dont Tartuffe sera le type : dans cette ébauche puissante , se trouvent épars tous les traits , toutes les couleurs dont se formera le personnage de Molière; Molière les trouvera dans l'esquisse confuse et sur la riche palette de Jean de Meung; il en fera un caractère, un homme, un être vivant et concret. Faux- Semblant, quoiqu'il parle et même qu'il agisse, demeure à l'état d'abstraction et d'allégorie ; c'est encore Papelardie , mais détachée de la muraille où Guillaume de Lorris l'avait fixée , plus vigoureusement peinte et mise eu mouvement par des ressorts grossièrement ajustés. Il se trahit luimême : il est l'instrument, la machine de guerre du poète; il n'a qu'une vie d'emprunt; il se démasqué complaisam^ ment, tandis qu'il faut démasquer Tartuffe. Tartuffe pense comme Faux-Semblant, mais il ne dira pas comme lui :

Trop a grant peine en laborer, Tairo {j'aime) miex devant la gent orer Et affubler ma renardie Du manteau de papelardie.

Tartuffe ne croit pas eu Dieu , mais si on lui demandait : « Donc ne crains-tu pas Dieu? » il ne répondrait pas comme Faux-Semblant : a Non , certes. » Faux-Semblant nous dira avec la même impudence quels sont ses compagnons habituels :

Je mains (demeure) avec les orguilleus ,

Les vésiés (fourbes)^ les artilleus (artificieux)

Qui mondaines honors convoitent

Et les grans besognes exploitent ,

Et vont traçant {cherchant) les grans pitances ,

Et porcha^ent les acointances

Des poissans hommes , et les sivent (suivent)^

Et se font povre , et si se vivent

Des bons morciaus délicieus ,

Et boivent les vins précieus ;

Et la povreté vont preschant ,

Et les grans ricfaesces peschant.

Tartuffe a le cœur aussi dur que Faux-Semblant, mais il se gardera bien de dire :

Quant je voi tous nus ces truans Trembler sor ces fumiers puans, De froit, de fain crier et braire , Ne m'entremet de lor affaire.

Le pauvre homme sait mieux son métier :

Je vais aux prisonniers Des aumônes que j*ai partager les deniers.

Une fois en scène , Faux-Semblant dira tout ce que Jean de Menng a sur le cœur. Il fera rude guerre à ses complices, et sa confession sera Facte d'accusation le plus violent contre ceux qui, malgré les paroles de l'Âpôtre (on voit qu'il fait arme de tout), refusent tout travail des mains et qui, sains et robustes, se livrent k la mendicité. Il va même jusqu'à appeler indirectement les rigueurs du bras séculier pour réprimer un pareil abus. Il est légitime , sans doute , de s'indigner contre la paresse et l'bypocrisie : sur ce point, Jean de Meung est du parti des honnêtes gens-, mais faut-il aller jusqu'à l'impudence pour combattre l'hypocrisie? faut-il pousser au sensualisme pour éviter les excès de l'ascétisme ? In vitium ducit culpœ fuga. C'est cependant ce qu'on trouvera plus tard dans le discours de Genius, prêtre de Nature, qui interviendra sous les auspices de Vénus et d'Amour avant l'assaut donné à la forteresse.

Faux-Semblant a été introduit plutôt pour parler que pour agir. Toutefois, pour ne pas démentir son caractère,

le poêle le chargera d'une trahison. Faux-Semhlanl pénètre dans la tour, accompagné de Contrainte-Abstinence, son amie , et se charge de surprendre Malebouche, une des gardiennes de Bel-Accueil; il parvient à lui inspirer une fausse confiance par de douces paroles, et il en profite pour lui trancher la langue avec un rasoir, puis il l'étrangle pour plus de sûreté. Après ce bel exploit, il rentre dans l'ombre. Rassuré par cette mort de la crainte des mauvais propos, Bel-Accueil écoute complaisamment les conseils corrupteurs d'une vieille surveillante gagnée par Courtoisie et Largesse. Cette duègne , que Jean de Meung emprunte à Ovide, et qui sera plus tard Macette, grâce à Régnier, réussirait complètement, et le poème finirait, si l'amant qu'elle a fait entrer n'était eipulsé une seconde fois par Danger, Peur et Honte, qui surviennent fort à propos. A cette heure, puisque la ruse a échoué, l'emploi de la force est nécessaire. Amour se résout à donner l'assaut, et Vénus arrive comme auxiliaire sur un char que huit colombes emportent a travers les airs.

Le poète, par un caprice étrange, laisse les combattants aux prises et la victoire incertaine pour nous conduire a la forge où Nature est incessamment occupée a réparer les ravages de la Mort. Nature , en proie h une profonde tristesse , confie le secret de sa douleur a son prêtre fidèle Genius. Si elle gémit, c'est que parmi toutes les créatures il y en a une, une seule, et c'est l'homme, qui se montre rebelle à ses lois. Les astres accomplissent régulièrement leur cours, les animaux obéissent fidèlement h leur instinct, l'homme seul ose désobéir. En conséquence, Genius, chargé de développer la doctrine effrontément prêchée de nos jours sous le nom de réhabilitation de la chair, ira porter les reproches et intimer les ordres de Nature aux barons qui combattent sous les ordres d'Amour et de $a mère, lesquels, dès lors, ne tarderont pas à emporter la place. C'est ainsi que Jean de Meung rattache cette fiction à la trame de son poème, mais , en attendant, il profite de l'occasion pour placer dans l'entretien de Nature et de Genius tout cequ'ilsait

OU croit savoir de physique et de métaphysique , il verse là pèle- mêle toute sa science de natura rerum , et, laissant Ovide de côté, il rivalise avec Lucrèce.

On n'est pas médiocrement surpris de trouver, çk et là, dans le fatras de cette interminable conversation entre Nature et Genius , ou des pensées sublimes comme ce passage où le poète , après Platon , place en Dieu même le principe de la beauté dont nos yeux trouvent l'image dans les œuvres de la nature :

Car Diex le biaus outre mesure {infini]

Quant il biauté mist en nature ,

Il en i fist une fontaine

Tous jors corant et tous jors plaine ,

De qui toute biauté desrive;

Mais nus n*èn set ne fons, ne rive.

OU des sentiments justes et élevés , comme cette assimilation de la noblesse et de la vertu :

Nus n'est vilains , fors par ses vices ,

Dont il pert (parait) outrageus et nices :

Noblece vient de bon corage ,

Car gentillece de lignage {naissance),

N'est pas gentillece qui vaille ,

Se la bonté de cuer i faille {manque);

mais de pareils traits sont clair-semés. Cette prodigieuse digression, de cinq mille vers au moins, nous entraînerait trop loin si nous voulions la suivre , car comme dit Nature qui se garde bien , il est vrai , de suivre le précepte qu'elle donne :

Ne si ne veuil or pas lasser Moi de parler, ne vous d*oïr :

Bon fait prolixité fuîr ;

mais elle prouve surabondamment, après les traités d^ morale de Raison, les dissertations misogynes d'Ami et. la confession de Faux-Semblant , que la Rose , qui était an sujet de choix pour Guillaume de Lorris, n'a été pour Jean de Meung qu'un moyen de digressions et d'invectives. Telle est, du moins autant que la confusion peut s'ana-

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lyser, la contexture de cette composition qui proteste cyniquement sous toutes les formes contre l'esprit chevaleresque. Ne cherchons là ni l'héroïsme guerrier, ni la foi religieuse, ni le culte de la femme : Jean de Meung ne prêche ni le dévouement , ni le sacrifice , ni la pureté ^ il veut ébranler, aà profit de la force matérielle et des instincts de nature, les institutions religieuses et politiques du moyen âge. Il a dans sa poésie toute la violence, toute la brutalité que son maître a portées dans la politique.; comme lui, il dépasse le but et compromet ses desseins par l'indignité des moyens. Aussi, malgré le talent qu'il a déployé, et qui donna tant de vogue h son poème, soulèvera-t-il contre lui les âmes généreuses, les nobles cœurs -, il aura pour adversaires et la pudeur de Christine de Pisan et la piété de Gerson ^ et les beaux esprits sceptiques tels que Jean Molinet et Clément Marot qui lui resteront fidèles jusqu'au bout seront réduits , pour neutraliser l'anathème , k essayer de donner le change sur ses intentions, et k supposer contre l'évidence, sons l'impureté manifeste d'une première allégorie, une seconde allégorie pieusement obscure. Au reste, les contemporains ne s'y étaient point trompés; de sorte que la popularité de ce poëme indique combien s'étaient altérés les principes qui avaient été l'âme du moyen âge. En effet, Jean de Meung vivant dans l'opulence et la considération , Philippe le Bel menant k bout ses audacieuses entreprises, seraient des énigmes sans mot , l'un avec son poème, l'autre avec sa politique, si la pensée qui poossa l'Europe contre l'Asie eût conservé sa puissance.

Des esprits moins téméraires , moins violents que Jean de Meung témoignent du même changement. Je n'en veux pas d'autre preuve que Jacquemart Gelée, honnête Flamand,

bourgeois de Lille. Celui-lk ne se perd pas en conjectures sar l'origine des sociétés ; il ne regrette pas la vie animale de Tàge d'or-, ce n'est pas un esprit violent, une langue de vipère : et toutefois, dans la candeur de son âme , blessé du spectacle que lui donnent la corruption des mœurs et l'ambition du clergé, il s'empare de la vieille fable de Renart, la

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rajeuuit et la transforme pour faire la leçon a sou siècle. Renart n'est plus pour lui un simple amuseur comme pour les trouvères badins de Tàge précédent : il en fera un instrument de satire et de morale. En eifet, Renart le Nouvel, qu'il composa à la fin du 13' siècle et qui fut achevé l'an mil deux cent quatre-vingt-huit, n'est pas comme l'ancien Renart une œuvre fortuite et sans portée; il forme un ensemble et vise à un but : il signale les vices des grands dans le tableau de la cour du Lion , et les dangers de la royauté si elle cède aux mauvais conseils d'Orgueil et de Barat-, il dévoile les abus de l'Église, que la surcharge de pouvoir et de richesses expose à sombrer.

Je ne suivrai pas l'auteur dans tous les détails de ce poëme où l'allégorie est transparente et dont l'intention est manifeste \ il suffira d'en indiquer la marche. Noble le Lion a convoqué ses vassaux dans son palais pour une fête où son fils Orgueil doit être armé chevalier. Renart et Isengrin lui chaussent les éperons. Mais bientôt Renart complote avec Orgueil contre le roi, et celui-ci se trouve forcé de faire la guerre li son vassal et à son fils qu'il assiège dans Malpertuis. Pendant le siège, Renart fait couronner Orgueil; Avarice, Paresse, Colère, Envie, Luxure et Gloutonnerie participent au sacre de l'usurpateur. Cependant les rebelles, pressés vivement dans leur forteresse, apaisent Noble par une feinte soumission. Ce préambule n'a pas besoin de commentaire : c'est l'image de la perfidie des grands, de leur esprit de rébellion et d'indépendance, de leur ascendant sur Hiérilier du trône. La filiation d'Orgueil , issu de Noble, le cortège de vices qui l'entoure , tout cela s'entend de reste. Renart , de retour à la cour, vit dans les bonnes grâces du roi , qui croit à sa sincérité ; mais il en abuse scandaleusement. Bientôt les plaintes arrivent de toutes parts, et, après un arrêt qui condamne Renart, la guerre recommence. Malpertuis est derechef assiégé. Les deux ennemis se décident k faire équiper chacun un immense vaisseau , et la querelle parait devoir se décider dans un combat de mer. 11 est inutile de dire que ces nefs sont allégoriques. Après le combat, qui

n'est point décisif, Renart s'est retiré a Passe-Orgueil. Noble l'y poursuit, l'Ane Timer excommunie le rebelle. Mais les mangonneaux et les perrières de Noble, ni les foudres de Timer, ne peuvent réduire Renart : on transige avec lui : la ruse et la félonie triomphent. Noble , découragé de son impuissance dans cette lutte du droit contre l'iniquité , fait asseoir Renart k sa table et Timer lui donne l'absolution. Les hommages arrivent en foule à Renart, prélats , jacobins, frères mineurs , seigneurs , tous se soumettent avec empressement. Enfin , la fortune élève Renart au sommet de sa roue qu'elle promet d'arrêter et qui désormais ne tournera plus, h moins que Dieu n'y mette la main pour renverser Renart. C'est le vœu le plus cher du poêle, qui avait d'abord mis son espoir dans la royauté et le saint-siége.

Essayons de faire connaître, d'après notre poêle, quels étaient les matériaux et les agrès de ce vaisseau symbolique construit par Renart. Avant tout la cale est de mauvaise pensée, le bord et le bâbord, de trahison-, le tout, cloué de vilonie ; les mâts sont faits de tricherie , et la hune , d'envie , les câbles sont tressés de haine et tous les cordages , de flatterie -, l'ancre est faite de malice et de foi-mentie j le navire a trois ponts ou trois étages , le premier, de convoitise ; le second , d'avarice -, le tiers , iVescarcelé, comme qui dirait pingrerie. La sentine se nomme désespérance issue d'impénitencc finale 5 la vigie c'est déloyauté \ la proue est armée d'une broche en fer de félonie , forgée par outrecuidance dans la forge de fierté et d'outrage ; la pointe en est d'acier trempé de fausseté. Sur tout le bâtiment s'étend un drap gris tramé d'hypocrisie et tissu de propre volonté ou d'égoïsme. Mais voici qui est plus fort : Renart a choisi pour amiral le pape aidé de ses cardinaux et composé l'équipage de clercs, d'évéques, de doyens, d'abbés, de jacobins , sans oublier les frères mineurs. Ceci nous indique k quel excès étaient arrivées, et la manie de l'allégorie introduite par Guillaume de Lorris, et l'animosité contre les abus de l'Église, fomentée par la politique de Philippe le Bel.

La bonne foi de Jacquemart Gelée est manifeste. Nous

aTO0S devant nous un honnête homme qui gémit sincère- 0ieDt des désordres dont il est témoin , qui voit la source du 0ial et qui cherche le remède. Il n'en imagine pas d'autre que la probité , et ne découvrant la probité nulle part sur la terre, il a son recours au ciel. Il essaye d'intimider les coupables, et il lui arrive même d'être presque élo<iuent et pathétique dans ses avertissements à ceux dont la responsabilité est le plus engagée, puisqu'ils ne sont pas simplement tenus, comme les autres hommes, de pratiquer la vertu , mais que leur fonction leur conmiande d'en donner l'exemple- Recueillons, au passage , cette vive apostrophe :

Hélas 1 Clergié, que respondrés

Au grant jour quant vous i venrès

Devant la face Jesus-Chris,

K'en son lieu vous a çà jas mis

Por bien dire et por miex ouvrer,

Et por nous avec lai mener.

Escuser ne vous pores mie,

D*orgueil et de ghille (fourberie) et d*eDvie.

Ça (il y a) en vos cuers peu carité ,

Foi vraie , ne humilité ,

Car vous avés tous patience

Estroite , et large conscience ;

Dont je dis qu*estes ocoisons ( causes)

De tous les maus que nous faisons ,

Si en aurés double loyer.

Double peine et double brasier.

n ne faudrait pas juger notre trouvère flamand sur ce passage, qui donnerait de son talent une idée trop favorable. Une fois n'est pas coutume. A vrai dire , sa verve languit souvent et son langage est volontiers diffus.

On ne sait rien de la vie de ce moraliste satirique, qui méritait, par son zèle pour le bien, d'avoir plus de talent qu'il n'en montre habituellement dans son poème. Aucun mauvais bruit n'a eu cours sur sa personne. Il n'en est pas de même de Jean de Meung, qui a sa légende comme Rabelais , dont il est un des précurseurs-, vraie ou fausse, cette légende est en rapport avec son caractère, et si l'on raconte

quMl faillit encourir une cruelle vengeance féminine et que son testament fut un mauvais tour joué aux jacobins dans le couvent desquels il était mort, c'est qu'il avait bien mérité d'être puni par celles qu'il avait offensées et calomniées, et qu'il était bien capable de combiner une plaisanterie posthume aux dépens des moines qu'il n'avait pas ménagés pendant sa vie.

Renart n'est pas le seul symbole tiré du règne animal comme moyen de satire sociale. Un poète contemporain de Jean de Meung et de Jacquemart Gelée, François de Rues, autre auxiliaire de Philippe le Rel, a fait de Fauvel ou la Jument un type des vanités du monde et une idole que servent à genoux les esclaves de la fausse gloire. Du manège de ces courtisans est venu le proverbe torcher Fauvel. Renart personnifie la mauvaise foi, et Fauvel le luxe et l'ambition. Ses adorateurs sont nombreux dans toutes les conditions de la vie , et ce qui démontre la connivence du roi et du poète , c'est que celui-ci attaque de préférence les adversaires que le roi a poursuivis k outrance , le pape et les templiers. Voici par quelle image François de Rues représente les progrès de l'ambition pontificale : autrefois , dit -il , le successeur de saint Pierre

Une petite roie (/tlet) avoit

Et une petite nacele,

Si ne prenoit qu*un peu d*avele

Ou d'autres poissonnés menus ,

Si qu'en tirant fust soustenus ;

Mais notre pape d*orendroit (d'à présent)

Si pesche en trop meilleur endroit ;

Il a une roie grant et forte

Qui des florins d*or lui aporte ,

Tant que saint père et sa nacele

En tremble et ele chancelé.

Le poète accueille et reproduit tous les griefs allégués par Philippe le Bel pendant le procès des templiers , et il applaudit à leur châtiment :

Hélas , hélas l c'est bien raison , Car il ont, trop longue saison ,

Geste orde vie démenée , Si reguassent plus longuement, Crestienté certenement S'en fust partout envenimée.

Ces courts passages indiquent Tesprit de ce poëme et suffisent pour le rattacher k la croisade séculière et monarchique que nous avons signalée.

Le personnage de Renart reparait encore quelques années après Renart le Nouvel. On ne s'en lassait point. Un Champaiois dont on ignore le nom termina, en 1322, un poëme démesurément long et très-confus sous le titre de Renart le Contrefait, c'est-k-dire composé d'une autre manière que les précédents. Toutefois les mêmes personnages y figurent et on y retrouve plusieurs aventures déjà racontées. L'auteur ne veut pas qu'on se méprenne sur son dessein : le renard qu'il a en vue n'est pas le quadrupède à peau rousse et à longue queue , mais bien le bipède

Qui a deux mains , Dont il sont en cest siècle mains , Qui ont la chappe Faus-Semblant Vestue, et pour ce vont emblant Et les boneurs et les chastels.

Le poëme sera donc encore symbolique et satirique; mais Renart a fait des progrès : il a beaucoup étudié, il est devenu savant et il fera étalage de sa science, citant k tout propos Virgile, Ovide, Cicéron, Perse, Platon, et bien d'autres encore -, de plus, il se fera professeur d'histoire, et prenant le monde k sa naissance , il s'étendra sur les exploits d'Alexandre, les conquêtes des Romains, et la mission de Mahomet qui devient, grâce k lui, un cardinal, apostat pour avoir vainement prétendu k la tiare. On voit que, sous prétexte d'histoire, il débitera bien des fables. Nous n'insistons pas, mais nous devions au moins indiquer cette dernière apparition et cette métamorphose pédantesque d'un des héros favoris du moyen âge.

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