CHAPITRE I
Henri IV. — Malherbe* — École de Malherbe. — Racan . — UAstrée de d'Urfé.— Maynard. — Dissidents. — Théophile Yiaad. — ^ La Régence de Marie de Médicis.
Les deux grands mouvements qui ont agité le seizième siècle, la réforme religieuse et la renaissance des lettres antiques, se règlent enfin au terme de cette période, et aboutissent k une double conciliation qui fait succéder la discipline à l'anarchie dans le monde politique et dans ce qu'on est convenu d'appeler la république des lettres. Dans l'ordre politique, un roi s'établit glorieusement : c'est Henri IV5 dans l'ordre littéraire, un dictateur s'impose : c'est Malherbe. Avec eux et par eux commencent réellement les temps modernes -, ik annoncent Richelieu et Corneille , qui préparent k leur tour Louis XIV et son cortège de grands écrivains. Le Béarnais était bien l'homme destiné a l'appaisement des troubles: égal k toutes les croyances , il désarmait le catholicisme en l'embrassant, et le souvenir de son hérésie ralliait k lui les protestants. Toutefois ces gages donnés aux deux partis, fatigués de. la guerre, en applanissant les voies du trône, lui laissaient encore bien des difficultés k surmonter. En tenant la balance égale, il ne devait satisfaire ni ceux qui l'avaient servi, ni ceux qui l'avaient combattu. Il ne s'en inquiéta pas : résigné d'avance aux plaintes , aux reproches amers fe uns , k la défiance des autres , il prit pour règle de con-
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(luite riolérél de sa puissance propre el la grandeur d pays, qui se trouvaient d'accord par une heureuse ren contre. Sans doute, comme homme privé, il fut ingrat oubliant les services au moins autant que les injures; mais comme chef de l'État , il fut irréprochable et fit courages sèment son métier. Sa politique mit les factions hors d( cause.
Malherbe fit pour la langue française ce que sou maître, Henri IV , fit pour la France ; grâce au roi , les Français furent une nation , el , par Malherbe , le français fut on idiome : l'un établit et maintint l'indépendance du pays, l'autre celle du langage. Lorsque le Béarnais, maître de Paris vit défiler devant lui les soldats de l'Espagne , il leur dit « Bon voyage , messieurs ! mais n'y revenez pas. » Malherb< adressa le même compliment aux mots étrangers qui avaiec fait invasion sous les auspices de Ronsard. Malherbe organfc la langue sur le plan que Henri IV avait adopté pour l'Éta Il s'adjugea la souveraineté de cet empire, ne craignant p^ d'être appelé le tyran des mots et des syllabes. Le premi^ soin du maître , dans son empire , fut de repousser les iJ trus et d'organiser une noblesse. Il fit avec un admirât^ discernement le départ de la langue noble et de la langu vulgaire , sans toutefois établir de barrière insurmontable Il savait que les mots sont comme les pièces de monnaie dont l'empreinte et le relief s'usent et s'effacent par l'nsag et la circulation : il ne fit donc pas de castes comme dan les États despotiques , mais des classes *, de telle sorte que k classe supérieure pût se recruter dans les classes inférieures Puisqu'il y a des mots qui doivent déchoir , il faut qu'il. ] en ait qui puissent parvenir. Sans ce perpétuel mouvement la langue d'élite ne tarderait pas à dépérir, et, si ce mil survenait, il serait réparé par un autre mal, c'est-k-dirc par une irruption confuse et désordonnée , par une ascension tumultueuse des couches inférieures.
Le génie de Malherbe semblait prédestiné a l'accomplissement de cette œuvre. Plus étendu, il aurait eu moias d'énergie : plus passionné et plus riche d'idées , il aurait
dédaigné un travail qui demandait plutôt un grammairien
qu'un poète inspiré. Ses pensées, concentrées presque
exclusivement sur la grammaire et la prosodie , façonnèrent
Vinstrument et le moule de la poésie ; d'autres viendront
ensuite qui pourront , grâce à lui , en tirer des accords plus
hardis ety jeter des pensées plus profondes. On ne sauraitnier
que Malherbe eût peu d'idées et une verve peu abondante ^
mais il sut la ménager et ne la répandre que lorsqu'elle
s'était amassée et condensée au point de produire quelque
œuvre virile. Ses produits sont rares , mais vigoureux.
Moins sobre de son génie, il l'eût rapidement épuisé aux
dépens de sa gloire. On peut dire de lui,
Qu'il pensait de régime et rimait à ses heures;
Qiais ce régime convenait k son tempérament poétique , et ^i Ta si bien conservé que , dans l'âge de la caducité , son Séfiie a su produire l'ode à Louis XIII, où la vieillesse ne se 'ïïontre que par l'aveu qu'il en fait :
Je suis vaincu du temps, je cède à ses outrages; Mon esprit seulement , exempt de sa rigueur, A de quoi témoigner en ses derniers ouvrages Sa première vigueur.
Malherbe ne s'est pas borné a épurer, a assainir la langue , ^t en a su faire un emploi poétique. Certes, ce ne serait pas ^He gloire médiocre que d'avoir connu et déterminé le génie de notre idiome , introduit dans les vers une harmonie régulière , une dignité soutenue , et modifié le rhythme et la prosodie : mais Malherbe a fait plus , en revêtant de ce langage plein et sonore des idées élevées et quelquefois des senti - Qïents touchants. Nos enfants savent par cœur les stances ^ Duperrier, qu'on n'a pas surpassées même de nos jours, où la poésie mélancolique a débordé. Ces stances ont été composées éh Provence, vers le temps où Malherbe adressait à Caritée des consolations , moins émouvantes sans doute, mais également poétiques. L'ode sur l'attentat com- "ûisenla personne du roi , le 19 décembre 1605, d'un autre
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ton, d'une inspiration plus élevée et presque pindarique, n'est pas seulement populaire pour avoir éveillé la muse qui sommeillait au cœur de notve La Fontaine : on y remarque, entre autres, la strophe suivante, que Racine n'avait pas ^ oubliée :
O soleil ! ô grand luminaire ! Si jadis Thorreur d'un festin Fit que de ta route ordinaire Tu reculas vers le matin, Et d'un émerveillable change Te couchas aux rives du Gange , D'où vient que ta sévérité , Moindre qu'en la faute d'Atrée , Ne punit point cette contrée D'une éternelle obscurité?
Où trouver plus d'énergie que dans cette invective coD^'^^ le maréchal d'Ancre :
C'est assez que cinq ans ton audace effrontée , Sur des ailes de cire aux étoiles montée,
Princes et rois ait osé défier :
La fortune t'appelle au rang de ses victimes , Et le ciel , accusé de supporter tes crimes ,
Est résolu de se justifier.
Il est vrai qu'ici Malherbe imite Claudien , mais il imi ^^ en maître. Voici maintenant une strophe tout ensemb^^ noble et piquante , dont le tour et la pensée n'appa^**' tiennent qu'à lui : dirigée contre les mignons de Henri IlC ' elle fait sentir, par un exemple frappant, la secrète anal(^" gie déjà remarquée entre la strophe ailée et l'épigramnp- ^ empennée :
Les peuples pipés de leur mine , Les voyant ainsi renfermer, Jugeaient qu'ils parlaient de s'armer Pour conquérir la Palestine Et borner de Tyr à Calis L'empire de la fleur de lis;
Et toutefois leur entreprise Était le parfum d'un collet , Le point coupé d'une chemise Et la figure d'un ballet.
/ode k Marie de Médicis sur les heureux succès de sa ence est peut-être la pièce la plus achevée de Malherbe : àudrait la transcrire tout entière \ contentons-nous de te admirable opposition entre les maux de la guerre et les otages de la paix :
La Discorde aux crins de couleuvres, Peste fatale aux potentats , Ne finit ses tragiques œuvres Qu'en la fin même des États :
D'elle naquit la frénésie De la Grèce contre l'Asie ; Et d'elle prirent le flambeau Dont ils désolèrent leur terre Les deux frères de qui la guerre Ne cessa point dans le tombeau.
C'est en la paix que toutes choses Succèdent selon nos désirs :
Comme au printemps naissent les roses , En la paix naissent les plaisirs ; Elle met les pompes aux villes, Donne aux champs les moissons fertiles , Et , de la majesté des lois Appuyant les pouvoirs suprêmes, Fait demeurer les diadèmes Fermes sur la tête des rois.
<ous voyons dans ces traits, avec le génie de Malherbe, sa ^e d'homme et de citoyen. Le souvenir des guerres les lui pèse : cette image ne s'efface pas de sa mémoire ^ raint de revoir ce qu'il a déjà trop vu d'une fois. C'est [ui lui fait dire :
Un malheur inconnu glisse parmi les hommes , Qui les rend ennemis du repos où nous sommes : La plupart de leurs vœux tendent au changement ; Et comme s'ils vivaient des misères publiques,
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Pour les renouveler, ils fout tant de pratiques Que qui n'a point de peur n'a point de jugement.
Pour prévenir ce qu'il redoute, il compte sur la force, il l'invoque , car c'est l'unique moyen de goûter les do ceurs du repos :
Tu nous rendras alors nos douces destinées ;
Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années
Qui pour lés plus heureux n'ont produit que des pleurs;
Toute sorte de bien comblera nos familles ,
La moisson de nos champs lassera les faucilles
Et les fruits passeront les promesses des fleurs.
Quelle poésie! André Chénier affirme que nous n'avons p< de plus beaux vers dans notre langue.
Ce n'est pas tout : Malherbe a devancé et surpassé Jean-Bap* tiste Rousseau par quelques stropbes imitées du psaume O^^ * la poésie du roi-prophète, desséchée par Marot, amorti® par Desportes , que Godeau devait délayer et Racan noy ^^ dans leurs languissantes paraphrases , va paraître ici a^^^ l'éclat de ses images et 4ans toute la profondeur du s^^' timent religieux :
N'espérez plus, mon âme, aux promesses du monde; Sa lumière est un verre , et sa faveur une onde Que toujours quelque vent empêche de calmer : Quittons ces vanités , lassons-nous de les suivre ,
C'est Dieu qui nous fait vivre,
C'est Dieu qu'il faut aimer.
En vain, pour satisfaire à nos lâches envies,
Nous passons près des rois tout le temps de nos vies
A souffrir des mépris et ployer les genoux :
Ce qu'ils peuvent n'est rien ; ils sont ce que nous sommes -^
Véritablement hommes ,
Et meurent comme nous.
Ont-ils rendu l'esprit , ce n'est plus que poussière
Que cette majesté si pompeuse et si fière
Dont l'éclat orgueilleux éblouit l'univers;
Et dans ces grands tombeaux , où leurs âmes hautaines
Font encore les vaines ,
Ils sont mangés des vers.
TEMPS MODERNES. 2i9
Là , se perdent ces noms de maîtres de la terre , D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre; Comme ils n'ont plus de sceptre , ils n'ont plus de flatteurs; £t tombent avec eux , d'une chute commune ,
Tous ceux que la fortune
Faisait leurs serviteurs.
Ces idées du néant de nos grandeurs et de la vanité de no« plaisirs se retrouvent encore dans des vers de Malherbe, qij&i , cette fois, s'inspire d'Horace et , dans cette lutte nouvelle, sait toujours être original :
L'Orne comme autrefois nous reverrait encore , Ravis de ces pensers que le vulgaire ignore , Egarer à l'écart nos pas et nos discours ; Et couchés sur les fleurs, comme étoiles semées, Rendre en si doux ébats nos heures consumées Que les soleils nous seraient courts.
Mais , ô loi rigoureuse à la race des hommes ! C'est un point arrêté que tout ce que nous sommes , Issus de pères rois et de pères bergers , La Parque également sous la tombe nous serre , Et les mieux établis au repos de la terre N'y sont qu'hôtes et passagers.
Tout ce que la grandeur a de vains équipages , D'habillements de pourpre et de suite de pages , Quand le terme est échu , n'allonge point nos jours : Il faut aller tout nus où le destin commande ; Et de toutes douleurs la douleur la plus grande. C'est qu'il faut quitter nos amours.
On a bien souvent, avant et depuis Malherbe, essayé de
^^produire le charme attendrissant de la strophe d'Horace
^inquenda tellus et cette harmonie gémissante du poète
*^tin , mais personne n'en a plus approché que ne l'a fait
^î^iis ces admirables stances le père de notre poésie. Après
^e pareilles inspirations, on comprend que Malherbe, en
^^ comparant à ceux qui l'entouraient, ait eu quelques
^^'atisports d'orgueil et qu'il ait promis l'immortalité k ses
^^t's et a ceux qu'ils célébraient. Qui donc lui ferait un
crime d'avoir prophétisé en beaux vers , lorsqu'il disait :
Ce que Malherbe écrit dure éternellement. Ou encore :
Apollon , à portes ouvertes, Laisse indifféremment cueillir Les belles feuilles toujours vertes Qui gardent les noms de vieillir ; Mais Tart d'en faire des couronnes N'est pas su de toutes personnes :
Et trois ou quatre seulement , Au nombre desquels on me range , Peuvent donner une louange Qui demeure éternellement.
Malherbe fut chef d'école. Il en eut les avantages et 1^^ inconvénients, c'est-k-dire de fervents admirateurs et d^^ adversaires déclarés. Il accepta les louanges, qui jamais o^ lui parurent exagérées, et il ne s'émut pas des critiques. H^^ vain mademoiselle de Gournay réclama pour Ronsard-, &^ vain Régnier, prenant en main la même cause, osa-t^i* accuser le sévère réformateur d'être de ceux de qui
Le savoir ne s'étend nullement Qu'à regratter un mot douteux au jugement;
et de ne faire autre chose
Que proser de la rime et rimer de la prose , Que Fart lime et relime , et polit de façon Qu'elle rend à l'oreille un agréable son ;
Malherbe laissa dire et ne crut qu'à sa gloire et à la nécessité de la réforme qu'il avait accomplie. Pour en assurer la durée, il fut même pédagogue*, il forma directement par des leçons orales plusieurs disciples auxquels il n'épargnait ni les conseils sévères ni les réprimandes. Il tenait sa classe dans une petite chambre de l'hôtel du duc de Rellegarde où il demeurait, vrai logis de poète, k peine meublé; c'est là qu'on passait k l'étamine les œuvres des
illostres dont la gloire était importune , qu'on biffait tout Ronsard , que Ton commentait outrageusement Desportes et Bertaut, que « le grammairien en lunettes » , comme a dit Balzac, « dogmatisait de l'usage et de la vertu des particules, » qu'il (( traitait l'affaire des gérondifs et des participes comme si c'était celle de deux peuples voisins l'un de l'autre , jaloux de leurs frontières; » c'est là sans doute « que la mort l'attrapa sur l'arrondissement d'une période. » Les plus dociles et les plus distingués de ces écoliers étaient le marquis de Racan et le président Maynard. Racan surtout mérite qu'on s'arrête k ses œuvres ^ sa réputation s'est longtemps soutenue , son nom n'a point péri , et quelques-uns de ses vers ornent encore la mémoire des connaisseurs.
Boileau s'est permis , contre son habitude, une hyperbole de louange en faveur de Racan , lorsqu'il a dit :
Racan pourrait chanter à défaut d'un Homère.
Si La Fontaine ne le rapproche pas d'Homère , il ne le sépare point de Malherbe et il n'y met aucune différence :
Ces deux rivaux d'Horace, héritiers de sa lyre, Disciples d'Apollon , nos maîtres, pour mieux dire;
^^ ailleurs :
Malherbe avec Racan parmi les choeurs des anges, Là-haut de TÉternel célébrant les louanges , Ont emporté leur lyre.
^^ vérité, c'est que Racan est un poëte, mais un poète né-
&*îgé; Malherbe n'a jamais pu obtenir de ce génie heureux
^^ nonchalant qu'il se soumit aux rigueurs du travail , qu'il
^^ployât la lime pour polir les vers qui coulaient de sa veine :
f^^can était un rêveur, incapable d'attention soutenue et de
^^^te méditation*, il n'a su ni observer, ni inventer, ni
^5^mbiner. Lorsqu'il a voulu aborder la pastorale drama-
^^ue, il n'a pu ni dessiner un caractère, ni trouver une si-
■'^«tion intéressante, ni donner k ses personnages un lan- ^e convenable. Ses Bergeries, dont l'idée lui fut suggérée r la vogue de VAstrée et par l'ambition de réussir au
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théâtre que Richelieu protégeait exclusivement, u'ont pas, il s'en faut de beaucoup , cette convenance idéale qui tient lieu de vérité dans ce monde d'Amadis à houlettes et a rubans complété par Honoré d'Urfé sur les données de l'Àminte du Tasse. L'analogie dans une fiction, quelque invraisemblable qu'elle soit, produit une espèce d'illusion pour le cœur et pour l'imagination qui peuvent s'y laisser prendre ^ mais lorsque tout est disparate comme dans le drame pastoral de Racan, ni l'esprit ni le cœur ne s'éveillent, et le poète n'étale aux yeux qu'un spectacle languissant et incohérent.
Nous devons au moins constater ici l'immense succès etl'influence de YÂslrée, quoiqu'on ne parle plus guère de cetti^ œuvre longtemps estimée que pour s'en moquer : et il esX vrai que cela est plus facile que de la lire. En effet nous avons perdu le goût de ces sentiments délicats dont l'e^ttréme retenue et les scrupules nous semblent de la fadeuif - Il faudrait aussi bien des loisirs pour achever la lecture d'i-i*^ livre dont la composition a occupé I9 vie entière d'Hono:^^ d'Urfé , qui a légué a son secrétaire Baro le soin d'en écri les derniers volumes. N'oublions pas cependant que Fontaine, malgré la peur que lui causaient les longs 0 vrages, faisait encore ses délices de celui-ci : il aimait vivre par l'imagination dans ce monde idéal où la campagn est toujours fleurie , où les ruisseaux murmurent si agréa^ blement , où les bergères ont des visages si gracieux et le bergers un langage si poli. 11 entretenait ainsi ses douces rêv ries. Le sévère Boileau, tout en blâmant la morale de l'Astrée qu'il trouve « fort vicieuse, puisqu'elle ne prêche qu l'amour et la mollesse, )> avoue en même temps que d'Urfé soutenu l'intérêt de sa longue pastorale « par une narration également vive et fleurie , par des fictions très-ingénieuses, et par des caractères aussi finement imaginés qu'agréablement variés et bien suivis. )) La passion de La Fontaine pour l'Astrée et ce jugement de Boileau suffisent pour protéger l'œuvre de d'Urfé, non pas contre l'abandon , car l'indifl'érence a une force d'inertie qui est invincible, mais contre
Ye mépris. Sans doute les bords du Lignon sont dépouillés
sans retour dé leur charme poétique -, le Forez, qu'arrose ce
<îours d'ea» où Céladon a vainement tenté de se noyer ,
:n'est plus la terre promise des amants, Céladon lui-même
:»'en est plus le modèle , et il expie sa gloire passée sous le
ridicule que les railleurs ont attaché k sa résignation langou-
:reuse ; mais il faut reconnaître de bonne grâce que le peintre
^e tant de frais paysages, le créateur de tous ces person-
:nages qui ont intéressé une société d'élite k leurs mœurs et
^ leurs aventures, n'avait pas une imagination sans puis-
î^ance. Ainsi pendant un demi-siècle, grâce à d'Urfé, Astrée,
éladon, Sylvandre, Galatée, Hylas ont été des figures
ivantes. Il n'y a rien qui leur soit comparable dans les
ergeries de Racan.
Ce qui a fait et ce qui soutient encore la renommée de Raan, c'est l'expression harmonieuse de quelques sentiments aturels qu'il avait réellement éprouvés. Ainsi, s'il est hal^îtuellement faux et souvent maniéré lorsqu'il fait parler des bergers de convention , il est noble et touchant, il est t-out k fait poète en célébrant les douceurs de la vie des champs comparées aux agitations des courtisans de la fortune :
Le bien de la fortune est un bien périssable :
Quand on bastit sur elle , ou bastit sur le sable ;
Plus on est élevé, plus on court de dangers ;
Les grands pins sont en butte aux coups de la tempeste ,
Et la rage des vents brise plustost le faiste
Des maisons de nos roys que des toicts des bergers.
0 bienheureux celuy qui peut de sa mémoire Effacer pour jamais ce vain espoir de gloire Dont rinutile soin traverse nos plaisirs , £t qui loin retiré de la foule importune , Vivant dans sa maison content de sa fortune , Â selon son pouvoir mesuré ses désirs ;
11 voit de toutes parts combler d'heur sa famille, La javelle a plein poing tomber sous la faucille , Le vendangeur ployer sous le faix des paniers , Et semble qu'à Tenvy les fertiles montagnes ,
Les humides vallons et les grasses campagnes S'efforcent à remplir sa cave et ses greniers.
Toute la pièce est du même ton ému et pénétrafit -, aussi d-^^^ doute-t-on point de la sincérité du vœu qui la termine :
Agréables déserts , séjour de Finnocence , Où , loin des vanités de la magnificence , Commence mon repos et finit mon tourment , Vallons, fleuves, rochers, plaisante solitude: Si vous fiistes tesmoings de mon inquiétude , Soyez-le désormais de mon contentement.
C'est encore le même sentiment qui anime ce tableau mêlé aux regrets du vieil Alidor, passage vraiment digne, avec quelques autres, peu nombreux k la vérité, d'être retiré des cinq mortels actes des Bergeries , où on ne va plus guè*"^ les chercher :
Soit que je prisse en main le soc ou la faucille , Le labeur de mes bras nourrissoit ma famille, Et lorsque le soleil en achevant son tour Finissoit mon travail en finissant le jour. Je trouvois mon foyer couronné de ma race : A peine bien souvent y pouvois-je avoir place ; L*un gisoit au maillot, Tautre dans le berceau , Ma femme en les baisant dévidoit son fuseau ; Jamais Toisiveté n'avoit chez md d'entrée , Le temps; s'y ménageoit comme chose sacrée ; Aussi les dieux alors bénissant ma maison , Toutes sortes de biens me venoient à foison.
Racan aime donc sincèrement les champs et la nature ^ cet amour se lie dans son âme au mépris des vanités di monde et de l'ambition des hommes qu'il exprime aussi pa de nobles images. En voici quelques preuves :
Que sert à ces galants ce pompeux appareil Dont ils vont dans la lice éblouir le soleil
Des trésors du Pactole ?
La gloire, qui les suit après tant de travaux, Se passe en moins de temps que la poudre qui vole Du pied de leurs chevaux.
S'jU y ^ quelque embarras au début de la strophe , la fin en est admirable. Le bon Racan touche encore au sublime dans ces Ters dont Malherbe était, dit-on, jaloux. C'est une stance de Vode , généralement belle , sur la mort de M. de Termes :
Il voit ce que TOlympe a de plus merveilleux ; Il y voit à ses pies ces flambeaux orgueilleux Qui tournent à leur gré la fortune et sa roué : Et voit comme fourmis marcher nos légions Dans ce petit amas de poussière et de boue Dont nostre vanité fait tant de régions.
Il semble par ces traits , dont la grandeur a pour principe le sentiment religieux , que Racan était préparé à reproduire la majesté de la poésie sacrée et qu'il pouvait après Malherbe et comme lui réussir dans l'imitation des psaumes. Malheureusement Racan essaya tardivement cette entreprise et lorsque à sa nonchalance naturelle s'ajoutait la langueur de la vieillesse \ aussi est-ce a grand peine, et par une bonne fortune d'homme de goût , que M. Patin a pu dégager de ce fond pâle et monotone quelques passages poétiques qui mériteraient d'être mis h part et préservés de l'oubli.
Il ne faut demander à Maynard ni la veine fluide ni l'harmonieuse mollesse de Racan , mais en retour il est toujours châtié, souvent neryeux, quelquefois élégant. Il avait à un haut degré le sentiment de son mérite, et il se plaint, non s^ns amertume , que ce mérite ne le porte ni aux dignités ï^i k l'opulence. Négligé sous Henri IV, qui du moins ne se piquait pas de protéger les poètes, il eut encore à se plaindre ^e Richelieu, dont il sollicita vainement les libéralités , et *' parait que dans une dernière tentative il ne fut pas plus "Gureux auprès de la régente Anne d'Autriche : c'est alors ^ulement qu'il se retira , sans esprit de retour, k Aurillac ^ patrie , et qu'il fit graver sur la porte de son cabinet ces ^^i^ devenus célèbres :
Las d'espérer et de me plaindre De la cour, des grands et du sort , C'est ici que j'attends la mort Sans la désirer ni la craindre.
Avant d'en venir à cette résignation philosophique, plus noble si elle eût été moins tardive , il avait longtemps maugréé. Il disait k son maître :
Malherbe, en cet âge brutal , Pégase est un cheval qui porte Les grands hommes à Thôpital;
et h son condisciple Racan :
L'art des vers est un art divin , Mais son prix n'est qu'une guirlande Qui vaut moins qu'un bouchon à vin.
Il s'était cruellement vengé du refus catégorique , du Rien si durement opposé par Richelieu à sa requête , par ce sonn^^ qui est sans doute un des deux ou trois entre mille aa"3tquels Despréaux faisait grâce :
Par vos humeurs le monde est gouverné , Vos volontez font le calme et l'orage.
Et vous riez de me voir conGné, Loin de la cx)ur, dans mon petit village.
Cléomédon , mes désirs sont contens , Je trouve beau le désert où j'habite , Et connois bien qu'il faut céder au tems, Fuir le monde et devenir ermite ;
Je suis heureux de vieillir sans employ , De me cacher, de vivre tout à moy.
D'avoir dompté la crainte et l'espérance ,
Et si le ciel qui me traite si bien Avoit pitié de vous et de la France , Vostre bonheur seroit égal au mfen.
On voit déjà que Maynard n'est pas un rimeur vulgaire.^ Il n'a pas toujours échoué dans l'ode et il a souvent réussi ^ dans l'épigramme -, malheureusement sur les traces de Mar- " tial , de Marot et de Saint-Gelais , il a trouvé trop souvent l'assaisonnement de ces petits poèmes dans la licence , et c'est peut-être a ce mauvais emploi de son esprit , plus qu'à
Eistice de la cour, qu'il doit les mécomptes dont il se it. Ces pièces qui lui ont donné accès au Parnasse sati- ^, où il a place k côté de Régnier, Motin , Théophile , et aint d'autres beaux esprits libertins, devaient lui fermer :rée aux honneurs. Le siècle et les grands n'ont pas tous tort contre les poètes. Si Maynard avait toujours resé son talent , on pourrait prendre son parti contre les eurs qui l'ont frappé. Eneflfet, quels reproches aurions- } k lui faire si sa pensée avait toujours été grave et noble me dans ces vers dignes de Malherbe :
Le temps amènera la fin de toutes choses ,
Et ce beau ciel , ce lambris azuré , Ce théâtre où l'aurore épanche tant de roses , Sera brûlé des feux dont il est éclairé.
L'air ne formera plus ni gresles, ni tonnerres,
Et l'univers qui dans son large tour Voit courir tant de mers et fleurir tant de terres , Sans sçavoir où tomber, tombera quelque jour.
tans le genre badin , nous ne lui savons pas mauvais gré )igrammes telles que celle-ci contre ce maître si rude valets qui osaient lui demander leurs gages :
Maître ingrat, débiteur sans foy.
Qui défends qu'on parle chez toi De payement et de salaire , Ne te laisse jamais fléchir :
Le revenu de ta colère Est capable de t'enrichir.
S lui passons encore d'avoir dit d'une coquette ;
Le visage qui l'embellit Demeure dessous la toilette Et n'entre jamais dans son lit;
e la cour :
C'est où l'on est payé de vent ; C'est où l'on rebute les sages; Et c'est où l'on trouve souvent Plus de masques que de visages.
Histoire iiUéraire, 17
Rien ne défend k l'homme d'esprit d'aiguiser finement ses traits piquants contre les ridicules : nous lui défendons seulement de blesser la pudeur et d'offenser les oreilles chastes.
C'est pour avoir manqué & ce devoir d'honneur qu'un homme de talent et de courage, Théophile Yiaud , eut & disputer k la justice de son pays une vie qu'il aurait pu employer pour sa gloire. Le goût des plaisirs sensuels assaisonnés des licences de l'esprit avait placé Théophile k la tête d'une ligue de jeunes seigneurs dont les mœurs et les propos alarmaient les directeurs de la conscience royale. La cour — se partageait entre ces épicuriens , qui se permettaient beau-^^ coup , et les censeurs , qui voulaient les ranger k l'ordre : fe roi Louis XIII , encore adolescent , pouvait céder aux ea— trainements de l'âge et donner gain de cause aux brillants disciples et protecteurs du poète , les Liancourt , les Montmorency. Il y avait rivalité d'influence , et c'est ce qui explique l'ardeur des poursuites dont Théophile fut l'objet, ^^ qui amenèrent au moins son effigie en place de Grève , po^^ y être brûlée. On avait, en effet, k son intention
Bandé tous les ressorts De la noire et forte machine
Dont le souple et le vaste corps Étend ses bras jusqu'à la Chine.
Théophile avait contre lui le père Voisin pour l'intrigu ^' le père Garasse pour l'injure y et comme il a été perfid ^' ment enlacé , et injurié k outrance, on se prend k le plai^' dre, on est même tenté de l'absoudre. Sans doute Théophî 'f a été surtout coupable du prestige de son esprit et du créc^ ^ qu'il lui donnait k la cour-, mais, malgré l'habileté de ^'^ défense , qui renversa le bûcher où il devait monter , q^^^ lui rendit même la liberté , il n'a pour nous qu'une innC^' cence légale. Ses persécuteurs sont odieux, parce qu'i ^^ ont passé toutes les bornes et dans leurs imputations et dar'^^ le châtiment qu'ils réclamaient^ et toutefois il est clair qi ce n'est pas k titre purement gratuit qu'il a été mis en caus(
Nous n'avons pas à enti^er dans les détails de ce procès , qui montre au moins k quel point Théophile paraissait dangereux, et combien il importait k ses adversaires de se débarrasser de sa présence. Était-il le coryphée des incrédules qui s'étaient étrangement multipliés k la suite des guerres de religion ? Il s'en est défendu k grands renforts d'arguments; il a même abjuré publiquement le protestantisme -, il a traduit le Phédon en témoignage de croyance k l'immortalité de l'âme 5 il est encore vrai qu'il n'a pas personnellement publié le Parnasse satirique , mis k sa charge ; mais ces démarches et cette abstention ne seraient-elles pas des ruses de guerre? Quoi qu'il en soit , la nécessité de se défendre donna l'essor au talent de Théophile , qui écrivit du fond de sa prison , comme apologie , divers mémoires où il se montre habile dialecticien et prosateur excellent. Il enseigne aux avocats de sou temps comment il faut discuter ; et, dans une cause personnelle et pleine de difficultés, il devancé Beaumarchais par la netteté du langage , par la force des arguments , par le mélange adroit des raisons sérieuses et de la piquante raillerie. En sortant de prison , il lance k Balzac , qui devait au moins se taire quand il y allait de la vie et de l'honneur d'un ancien ami , une lettre cruelle , d'un style nerveux et dont les traits acérés blessent jusqu'au sang : jamais l'amitié trahie et indignée ne s'est vengée avec plus d'amertume et d'éloquence. Ces divers morceaux , écrits avant la mort de Malherbe et au temps même des débuts de Balzac , assignent k Théophile un rang élevé parmi nos prosateurs.
Comme poëte, Théophile s'est trop pressé de produire pour n'avoir pas avorté. Sa tragédie de Pyrame et Thisbé serait complètement oubliée , si Boiieau n'en eût tiré malicieusement l'apostrophe de l'héroïne au poignard de Pyrame :
Le voilà ce poignard qui du sang de son maître S'est souillé lâchement! Il en rougit, le traître!
On ne pouvait pas faire plus mal k propos une plus mauvaise pointe. Cette tragédie, k tirades et k monologues, faite sur
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le modèle de celles qu'improvisait alors Alexandre Hardy, continuateur de Jodelle et de Garnier, est mauvaise de tout point, et fournirait bien d'autres exemples de mauvais goût^ l'hyperbole espagnole et les concetti de l'Italie qui s'y détachent sur un fond trivial ne la gardent pas d'être insipide. Théophile subissait k regret la contrainte que lui 1 imposait une œuvre de longue haleii^ :
Autrefois quand mes vers ont animé la scène , L'ordre où j'étois contrainct m'a fait bien de la peine ; Ce travail importun m'a longtemps martyre , Mais enfin , grâce aux dieux , je m'en suis retiré.
Il disait encore :
La reigle me desplaist , j'écris confusément ; Jamais un bon esprit ne fait rien qu'aisément.
Nous avons l'aveu du coupable et le secret de sa fécondH^. trop souvent stérile. Ces poètes qui méprisent l'aMTet qti^ dédaignent le travail dissipent souvent en œuvres épbémèr^^ de riches facultés. Théophile n'a pas essayé, a la suite d^ Ronsard, de contrefaire l'antiquité: en cela, on ne saurai^ le blâmer -, mais il a eu tort de ne pas se laisser guider p^^ Malherbe, puisqu'il reconnaissait que ce réformateur de 1^ poésie anous avait appris le français» , et qu'il lisait dan^ ses vers «l'immortalité de sa vie». Il disait encore :
J'aime sa renommée et non pas sa leçon ;
et il ne comprit pas qu'il aurait fallu écouter la leço pour avoir part à la renommée. Théophile s'est gâté pa nonchalance et par indépendance. On le regrette, parc que la nature, qu'il ne seconda pas , l'avait beaucoup favo risé . Il est facile de le reconnaître au tour aisé de ses poé sies légères , k la clarté de son langage , au relief et à la netteté de quelques expressions. Ce qui manque , c'est le choix , c'est la connaissance du a pouvoir d'un mot mis en sa place » enseigné par Malherbe. Et cependant cette muse négligée qui refuse de se réduire « aux règles du devoir » a
encore d'heureuses Fencontres. Ne reconnait-on pas le poëte dans cette peinture des rocherftjqui bordent l'Océan ?
Ici des rochers blanchissants , Du choc des vagues gémissants Hérissent leurs masses cornues Contre la colère des airs, Et pfèsentent leurs têtes nues A la menace des éclairs.
Et Malherbe lui-même n'aurait-il pas avoué ces deux strophes qui commencent une ode adressée k Louis XIII ?
Celui qui lance le tonnerre , Qui gouverne les éléments , Et meut avec des tremblements La grande masse de la terre :
Dieu qui vous mit le sceptre en maiu , Qui vous le peut ôter demain y Lui qui vous preste sa lumière Et qui , malgré vos fleurs de lys , Un jour fera de la poussière De vos membres ensevelis;
Ce grand Dieu qui fit les abyines Dans le centre de Tunivers, Et qui les tient toujours ouverts A la punition des crimes, Veut aussi que les innocents A Tombre de ses bras puissants Trouvent un assuré refuge ; Et ne sera point irrité Que vous tarissiez le déluge, Des maux où vous m'avez jeté.
Voilà, pour un poëte accusé d'athéisme , des sentiments pien relevés ! On croit, au début , entendre gronder la voix ^^posante d'un Bossuet. Et de plus , pour un rimeur qui ^'aime pas à se contraindre , ces vers ne paraissent-ils pas jï'une facture bien savante? Mais Théophile était en prison , *I était opprimé, et dès lors son âme s'élève avec confiance ^^rs la source de toute justice, et , de plus , les loisirs ne *^i manquant pas pour penser sa parole et pour parler sa Pensée , il a médité , et la méditation fait de l'improvisateur
un poète véritable. C'est la leçon que nous voulions dégager de cette rapide étude sur Théophile , dont la brillante et trop souvent déplorable facilité a séduit parmi ses contemporains des esprits de même trempe. Ainsi Scudéry, qui l'appelle avec emphase le grand divin Théophile , a cédé, comme lui, k la fougue d'un talent naturel que la méditation pouvait féconder, que la règle aurait discipliné , et qui , faute de nourriture et de méthode , s!est dissipé misérablement. Théophile balança par ses succès éphémères en poésie la gloire de Malherbe : comme prosateur, il aurait pu accomplir avec plus de mesure l'œuvre de Balzac^ mais sa vie mal conduite et son talent mal employé n'ont laissé dans l'histoire des mœurs et des lettres qu'un souvenir équivoque. Malherbe , dont il a dédaigné les leçons, l'efface complètement-, et Balzac, dont il a raillé le talent et décrié le caractère , fut pour son siècle un personnage considérable et un écrivain supérieur.
Théophile par les dérèglements de sa vie, les témérités de sa pensée et les caprices de son esprit, représente assez bien la période d'agitation et de licence où il vécut et qui sépare la mort de Henri IV de l'avènement de Richelieu. La régence de Marie de Médicis et les premières années de la majorité de Louis XUI furent fécondes en troubles et en scandales. Le respect de l'autorité, la discipline que Henri IV et Malherbe avaient pu maintenir , chacun dans son domaine, firent place au relâchement et k la turbulence. Les régences sont toujours de périlleuses épreuves. Cette fois encore l'influence des étrangers fut fatale aux lettres, aux mœurs, k l'administration. Pour revenir à l'ordre dans les lettres comme dans l'État, aux grands desseins qui affermissent les empires, aux grandes œuvres qui honorent l'esprit humain, il faudra qu'un homme de génie renoue la chaîne interrompue. A des ministres tels que lesConcini et les deLuynes suffisent des poètes tels que Théophile 5 k côté de Richelieu nous verrons le grand Corneille.
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