CriAl'EI.AlN
Ce beau monde, dont Balzac faisait l'éducation, était assez disposé, tant par ignorance que par suflisance, à prendre son seul plaisir pour crit&rium de la valeur des œuvres littéraires : principe séduisant, mais dangereux. Cette tendance fut enrayée pour un temps par la critique.
Une des préoccupations des humanistes, au siècle précédent, avait été d'étudier la structure des œuvres antiques; et l'on eu avait réduit la beauté en formules, en recettes, en règles. En chaque genre, une sorte de canon idéal avait été établi, d'après les écrivains reconnus pour excellents, et d'après les principes (|u'on recueillait d'Aristote et d'Horace. La Poétique de Scaliger est le chef-d'œuvre de ces codifications dogmatiques dont la principale erreur était de prendre les règles pour une méthode infaillible, pour les conditions nécessaires et suffisantes de la perfection littéraire. Le culte souvent aveugle des formes anciennes était le dogme fondamental de cette critique : et elle parvint à l'imposer à la légèreté indépendante de la socié-té polie. L'homme qui nous représente éminemment l'influence des doctes sur le monde, l'homme qui fit plus ((ue personne pour opérer la transformation des théories savantes en préjugés mondains, fut le bonhomme Chapelain ', qui se place entre Ronsard et Buileau, cunime ayant fait faire un progrès décisif à la doctrine classic|ue.
1. Biographie : Jean Chapelain (irj%-1674), fils J'uu nolairc, se fil oonnailro d'abord |)ar la J'rrfnce de VAdotu:. puis par dos Odes, el par son ))oème épique do la /^r>^lle, dont les 12 premiers chants parurenl en 1656, au bout de vinjfl ansdeirataii. Il élnil 1res considéré de Uichelieii, et il fui de même en irrand crédit auprès de Colbcrt, dont il fut le principal agent dans la répurlilion des libéralités royalcscnlre les principaux savants cl écrivains de France el d'Europe; très écoulé à l'Hôtel de Rambouillet, i'. cul jusqu'il la fin, en dépil de Boiluau. l'estime el l'aniilié de Monlausicr. de Kelz, de Mme de Sévigné. Sensible a la (laiterie, el forl rancunier, il était du reste bon homme el serviable. Il avait de riches pensions, mais il y a sans doute beaucoup de légende dans ce qu'on dit de son avarice.
EdiUons : la l'ucelle {\ps Vi derniers chanls), Orléans, Herluison. 1882, in-16. Lettres. éd. Tiiiiiizey de Larroque, Ooc.inéd. sur l'Hisl.de France, Paris, 1880-1883, '2 vol. iu-4. — A consulter ; Fabre, Cliupvlain vt nos deux premières académies, l'arit, 1890.