FLÉCHIF.Il ET M.VSSILLÛN
Autour de Bossuet et de Bourdaloue se groupent plusieurs orateurs distingués, mais qui sont loin de leur être comparables^. Un
1. Le sermon sur les fausses conversions a été sppl'qné à M. de Tréville.
2. A consulter : 1 abbé Hurel, les Orateurs sacres a l:i cour de Louis XJV, 1872, 2 vol. in-S.
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r)92 LES GRANDS ARTISTES CLASSIOl'FS.
seul homme, sans doute, ne leur fut pas iniï'rieur, je veux parler de Féncinn. Mais nous n'avons guère de lui que des harangues de cén'inoiiic. des discours soiontiels où il s'est forcé pour être piajostuciix t't, dii.'ne. A l'ordinaire, il improvisait, et ce qu'il pouvait y avoir de sôduclion, de tendiesse, do grâce ondoyante et captivante, d'abondance d idéos et Je sentimcnls, dans ces homélies t'ainilitTes qu'il « parlait » si inépuisablement, ses écrits et particulièrement ses lettres de direction peuvent nous l'apprendre.
Je me contenterai de signaler Flèchier '.
Cet abbé de ruelles, faiseur de vers latins aimables et de vers français coquets, assidu à l'hôtel de liambouillet dans ses derniers beauxjours, intime ami de Mme et de Mlle l)eshoulières,ce bel esprit d'Église qui est un des intermédiaires par où l'on passe de la préciosité de 1650 à celle de ITlil, lit en sa maturité un prédicateur estimé et décent, un excellent évoque, zélé, charitable, doux. Malgré tout, par-dessus le prédicateur et par-dessus l'évêque, surnage toujours le galant homme, l'homme du monde, qui « ne se pique df! rien », qui l'ait les devoirs de son état en perfection, sans tapage et sans pose, sans gravité trop sérieuse aussi, avec un coin de sourire aux lèvres, et un air exquis de finesse un peu railleuse. Dans sa prédication, il parla convenablement des vices du jour, des dettes, des mariages d'argent, des. vocations forcées, des devoirs des mères. Il se lit admirer surtout dans l'oraison funèbre : il eut toutes les qualités mondaines en parlant des gloires du monde, et même le tact suprême d'être sincèrement chrétien. Kléchier est un admirable rhéteur, d'une souveraine élégance de forme, d'une rare délicatesse d'oreille : sa prose est merveilleuse de rythme, et telle page des oraisons funèbres, l'éxorde par exemple de celle de Turenne, donne la sensation d'un chant.
Les qualités de Fléchier sentent la décadence, et en effet avant la fin du siècle il est sensible que l'éloquence chréti'.'nne s'en va, du même pas que l'esprit chrétien. Dés 1(>8K, |,a Uruyère, dès tOSI- K'xSC), Kéiielon, enregistrent la décadence de l'éloquence de la chaire. Ils s accordent h reprocher aux prédicateurs l'ambilion et le bel esprit, l'ignorance de la religion et le manque de zèle. Le sermon e-^l un spectacle, ou un exercice littéraire. L'orateur ne cherche
1. Biographie: Esprit Fléchier (1632-1'710), prûcf-plciir du Ois de Le Fè-'»e de Cauniar'in, qu'il suit aux grands jours d'Auverçriif (1665-66), évèquc de Lavaur en lC85, (le Nîmes en 1GS7 : Oraisons funèbres de Mme de Monlausier (1672), de Turenne (1670), df! M. de Monlausier (1690).
Éditions : Œuvres comj>l-tes de Fl^cliirr, Nimes. 17!!?, lo vol. in-8; Afémoire» sur Us (p-uiida Jours d'Auvcrgnn, éùil. Gonod, l,*<ii: édil. Clinruel, H50. — A consulter ; l'Abhé A. F.ilire, De la correspondance de Fléchier avec Mme Deshavlières et sa fille, Paria, 1871 ; la Jeunesse de lleehier, 1882, 2 vol. ; Fléchier orateur, 1886.