‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 220 sur 504 · PORTEE ET CONSEQUENCES D(J DEBAT · texte numérisé non relu

PORTEE ET CONSEQUENCES D(J DEBAT

Ainsi se termina la première phase de la querelle des anciens et des ^modernes. Il est facile de voir, dans ce simple exposé, le sens et la portée du débat. Les adversaires des anciens, Perrault, Fontenelle, sont des cartésiens : ils appliquent à la littérature l'idée cartésienne du progrès, et, au nom de cette idée, ne voyant dans toute la poésie et dans toute l'éloquence que des œuvres de ia

raison essentiellement et nécessaireinenl pcrfeclihle, ils doclarent les écrivains moiiernes siipi'i leurs aux anciens. Il suffit de lire fians Malebranche ' les niorilanls clia|iilres où il malniono les adorateurs de l'anliqnilé, pour coin|irciulie c^ que pouvait donner l'esprit cartésien quand on l'appliquait aux lettres et aux arts*.

Au ralionalisnie cartésien s'allia ce que nous avons appelé le rationalisme n)ondiiin. Ce rationalisme mondain tire ses principes de la mode, des convenances, de l'opinion ; il n'admet point de vérité, de beauté liors des choses qui ont cour? dans la société polie; et, comme le mouvement pénéral des idées, en Krance, à cette date, porte vers l'esprit et vers la science, vers l'exercice exclusif des facultés intellectuelles et discursives, l'idéal mondain est forcément l'exagération de cette tendance. De plus, la notion de l'honnête homme, que la société demandait à chacun de réaliser en soi, a rendu dans le cours du siècle l'instruction plus légère, ])lus superficielle -. on a imposé à l'homme du monde de n'aflicher aucune compétence spéciale, et on a fini par l'amener à n'avoir en eiïet aucune sorte de compétence. Ainsi l'antiquité, superficiellement elHeurée dans les collèges des jésuites, l'antiquité que les femmes ne peuvent connaitie, et qui n'est guère objet de conversation dans un salon, est renvoyée aux pédants des Académies et aux cuistres de l'Université. Perrault comme Tonlenelle, comme plus tard Lamotte, unit la légèreté décisive de l'honimo du monde à l'indépendance cartésienne. El les gens du monde n'hésiteront pas : ils reconnaitront dans ces modernes leui-s préjugés, leur esprit, leur confiance dans la raison de leur temps et de leur classe, leur penchant à ridiculiser tout ce qui n'est pas conforme à leurs manières et accessible à leur intelligence, Iciu' incapacité artistique, leur impuissance à goûter d'autres beautés que celles de l'esprit de conversation et de la vie élégante. De là le succès de Perrault. Il eut les salons pour lui. Saint-Kviemond, Bussy-Habuliu, les deux représentants les plus distingués de la société polie, sont discrètement, mais essentiellement modernes.

Or le succès de Perrault, qui allranchil la littérature moderne de l'imitation et du respect de l'antiquité, ce n'est rien njoins que rèlimination de l'art, qui va être rejeté hors de la littérature moderne. Mais avec l'art s'en iront la poésie et l'éloquence. Cette exclusion de l'art est, Tittéiairenient, la grande dillércnce qui

1. Biographie: Malebranche, né à l'aris m KiW, entre .i l'Oraloiri: on 4660. St's doctrines, suspeclcs à Uossucl. fiirenl eonibutlues pur Araaiiltl. Kùiiclun en avait entrepris aussi une réfutaliuii. il uiotirut eu 1715.

Éditions : Dr In recherclif de lu vérile, l'an», ICii-lOTû, '-i \ul. iu-i-J. Œuvres, edil. J. .Siiiiiiii, l'.iri^, (IlinrpiMitier, i vcil. in l'3.

a. Jli'th. 'Il' la vi-i lO', I. 11, -J' (lurlLu. lîU. ni a vi.

QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES. fiOl

sépare ia littéral me du xYiir siècle de celle du xvii". Ft l'idée qui a exclu l'art, cette idécTîtrpro]2rès qui fournit aux TTlodernes leur |)rincipal argument, c'est lidée maîtresse de la philosopliie du xviii'' siècle. Ainsi, dans le débat sur les anciens et les modernes, j'aperçois le xvnr" siècle qui apparaît et qui détruit le xvii" siècle en s'en déi'ai'eant.

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