‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 235 sur 504 · LES ORIGINES DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

LES ORIGINES DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE

J'ai montré Sainl-Evremoiid, col esprit curieux et indépendant qui ne subit de servitude que celle des bienséances mohdaines;ce douleur paradoxal en qui il y a du Montaigne, et du Voltaire aussi, parfois du Montesquieu, quand il juge le peuple romain et ses historiens; ce franc niati'-rialiste, qui, dans sa vieillesse, forcé de renoncera tous les plaisirs, éloigna toute espérani'e indémontrable, et se consola par deux réalités : l'activité de son esprit et la solidité de son esloniac.

Mais que pouvaient ces libertins contre la religion chrétienne, telle que l'avaient faite dix-sept siècles de développement continu? Au Temple, chez les Vendôme, l'épicurisme était surtout pratique. On ne raisonnait pas, on ne disputait pas : on n'en voulait pas à l'Kglise, pourvu qu'on n'en sentit pas le joug; et ^n lui permellait d'être maîtresse ailleulrs. On aimait, on buvait, on jouait, on riait; on n'en demandait pas davantage.

Plus sérieux étaient Ks aniis de Ninon et Saint-Rvremond. L'exercice intellectuel les occupait davantage, ne fût-ce que parce que CCS épicuriens, lorsqu'ils nous parlent, sont hors d'âge, condamnés à pécher surtout d'intention et de langue. On raisonne donc, on pose des principes, mais par jeu, pour passer le temps, sans méthode suivie, sans intention de propagande. Oeux-ci non plus, avec leut's railleries légères et décousues, leurs conversations de coin du feu, leurs lettres piquantes, dont ils se tiivertissent entre gens convertis d'avance, ne sont pas bien redoutables. Mais ils m ani lestent l'état de cotiscienee et les dispositions d'esprit d'une infinité d'honnêtes gens : et c'est là le fait qui est redoutable.

Mais il fallait d'autres armes et d'autres ardeurs pour jeter à bas l'édifice théolugique. Le tloutc vagaboiid de Montaigne ne serrait pas d'assez près ces doginos si forlomenl lii's; il n'était pas de force à les dissoudre i t à les faire écrouler. Il fallait aussi, pour mettre do la suite dans l'attaque, et pour gagner l'esprit du peuple, un amour scientifique du vrai* un enthousiaste dévouejnenl à la • raison, qui faisait défaut à ces mondains blasés. Le zèle de la ■**-^'' vérité fut rap£ort de l'aimable, du discret Fontenelle : la méthode critique fut l'apport du savant et solide Bayle.

Page 1