‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 237 sur 504 · C LKS ORIGINES DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

C LKS ORIGINES DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE

corps, olle «ssaya d'y ini-llre ou cvidenrc; toiilos les marques de Viiiveiilioii liiiinaine et d'y rendre inutile riiypollièse d'nne action divine. Ce procédé de critique fut peut-être le plus ellicace et le lilus falal il l'ICglise : f*l ce furent les théolofi;iens cpji l'enseignèrent aux pliilosoplies.

Les protestants, ([ui prétendaient restaurer la primitive Kglise, avaient été amenés à faire la part du divin et de l'iuimain dans le corps des traditions chrétiennes, soit contre le catliolicisnie romain, soit contre les sectes rivales issues égalcpient de la Réforme. Ils avaient appelé à leur aide la philologie et l'histoire, pour discuter telle interprétation des Livres saints, élahlir l'origine de telle portion du dogme et de la discipline. Les catholiques avaient suivi les réformés sur ce terrain; et Ton avait vu Bossuet, dans son Histoire des Variatiotis, démontrer par la méthode historique le dévelojjpement continu et divergent des doctrines réformées. 11 avait montré — avec une pénétration peut-être imprudente — que toutes les pièces de la tradition se tiennent, que Ton ne peut commencer à refuser soumission à l'Fglise sans aller jusqnà l'incroyance absolue, que la négation, logiquement, doit gagner de dogme en dogme jusqu'à ce que rien du dogme ne subsiste, et que les seuls sociniens sont conséquents, qui sont arrivés à dépouiller la religion de tous les mystères.

D'autre part, en dehors de toute polémique, de pieux érudits appliquaient à la religion les principes de la méthode scientifique. Les bénédictins, ù force de ca^idide soumissioq, élaguaient de la légende chrétienne une foule de saints apocryphes et de faux martyrs, sansv inquiéter l'autorité ecclésiastique. Moins heureux étaient Dupin dans ses recherches sur les Conciles, et surtout Richard Simon dans ses études philologiques sur les deux Testaments et sur les l'ères. Ceux-ci ne touchaient plus seulement, comme les bénédictins, aux ornements de la religion, mais à ses fondements, qu'ils ébranlaient par le seul emploi d'une méthode qui l'cartail la tradition de l'Kglise comme une idée préconçue.

Tout ce qui, dans l'œuvre des théologiens depuis cent cinquante ans, pouvait servir à la démolition de la religion, se ramassa ilans les écrits de Pierre liayle et surtout dans son Dictionnaire historique et critique *, Calait un probe et fort espî'it, excit? pliifot qiio tourmenté par l'impossibilité de savoir où est la vérité.

I. Biographie : l'ionv, Uuylo, né eu 1017 duiis le i-oinlé de Foix, iiieiirl à Kol- • idiiiii fil noii. On l'y avuit appelé en lOSI. - Éditions : Dictionnaire /li-itorique il c)-itif/ui\ Hullerdum. 1097, 0 vol. in-fol, 3° édil. n-JO, i vol. iu-fol; (ICuvres Uivei'set, la Haye. 1727, ■'•vol. iii-fol.; Choix de la Correspondance inédite de P. Bayle, piilil. par K. liig.'i.-*, Copeiili.i^iio el l'aris, i.SOl). in-8. — A consulter : K. Mriinolit^re, l'.tudi'i critiques, l. V. Kaguel, XYIII" siècle. OeUolvé, Kasai sur /'. Uiiyle, 1906

PRÉCURSEURS ET LN'ITIATEURS. (i.JT

Il était né protestant, se fit catholique, se relit protestant. La Révocation' le" jëfa hors TTênTrânce; il professa à lUjttcrdam, où le violent Jurieu lui chercha querelle : ses livres furent censurés, sa chaire lui fut retirée. Rien de tragique au reste dans cette âme inquiète et dans cette vie orap;euse : Bayle est une figure originale de savant à la vieille mode : paisible, doux, gai, sans ambition, indifférent à la gloire littéraire, il s'enferme dans son cabinel, et ne se croit jamais malheureux, dès qu'il peut lire, écrire, imprimer en liberté. Il travaille assidûment, sans fatigue; c'est sa vie et sa joie '. Il a le savoir d'un crudit, le sens d'un critique; il cherche la vérité, d'une affection ferme et sereine, qui a l'air d'une fonction plutôt que d'une passion de sa nature.

Il n'est pas écrivain., pas artiste au moindre degré. Il est aussi incapable de composer que Montaigne. Son DiçtiQjnxaii'e historique et critique est un amas d'observations faites sur les erreurs ou les omissions d'un dictionnaire, celui de Moréri. Les notes, « farcies >» de citations françaises, latines, grecques, tiennent dix fois plus de place que le texte : on y trouve de l'histoire, de la géographie, de la littérature, de la philologie, de la philosophie, des gaillardises -, mais surtout de l'histoire religieuse et de la théologie,

Bayle n'a point de système, évite de dresser des théories. Sa méthode est ^'alléguer foulés les raisons pour et contre les opinions établies. Ce n'est pas sa faute si les raisons contre paraissent les plus fortes, si, après l'avoir lu. Ton est tenté de conclure pour les hérétiques. Il excelle à faire ressortir que les opinions délaissées pouvaient se défendre, et n'étaient pas plus absurdeâ en réalité que les opinions victorieuses. Il a peine à ne pas marquer de faveur au manichéisme, dans lequel il trouve beaucoup de raison. Mais il est, en somme, dégagé de tout préjugé religieux ou philosophique. Il enseigne à ne pas croire, à se réserver. Il démolit la foi a.ux miracles, Ja^ foi rà la Providericerirtlerrômpir le monde dû prejïïge~que la moralité dépende de l'orthodoxie rehgieuse. 11 Tôiîcîê' IJfmôrale sur la conscience. Il établit le principe de la tolérance, le droit delà conscience, même errante Ses sentiments ihrecleurs sont la haine de l'intolérance et l'amour de la .paix : il n'y a pas de vérité ~assez certaine pour valoir qu'on s'égorge. Et

1. « Divertissements, parties de plaisir^ jeux, collations, voyagea à la campagne, visites, et telles autres récréations nécessaires à quantité, de gens d'études, à ce qu'ils disent, ne sont pas mon fait : je n"y perds point de temps. Je n'en perds point aux soins domestiques, ni à briguer quoi que ce soit, ni a. des sollicitations, ni à telles aulres alTaires. J'ai été heureusement délivré de plusieurs occupations qui ne m'étaient guère agréables; et j'ai ou h: plus grand et le plus cLari\i;int loisir qu'un homme de leltres puisse avoir. » {Préface du Dictionnaire.;

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