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CHAPITRE II

Les « années d'apprentissage » de Voltaire. — 1. Jeunesse; prison, exil; succès mondains et littéraires. Séjour en Angleterre. — 2. Voltaire à Cirey, à la cour, en Lorraine. — 'À. Voltaire en Prusse : dernière expérience. Illusions et déceptions. Voltaire arrive au port : achat rfes Délices. — 4. Philosophie de Voltaire avant 1755: irréligion, mollesse physique, sociabilité. Liberté de penser. Les Lettres anglaises. — 5. Voltaire historien. Le Siùcle de Louis XI W h'Essai sur les mœurs. Recherches et exactitude. Dessein philosophique : élimination de la Providence; guerre à la religion : progrès de la raison, et enthousiasme de la civilisation.

Voltaire ' commence à faire parler de lui en 1714 : il meurt dans une apothéose en 1778. Ainsi il remplit presque tout le xvni« siècle,

1. Éditions: Pour toutes les éditions partielles ou complètes de Voltaire, cf. l'ouvrape indiqué plus bas de Bengesco. Il suffira de citer ici les trois grandes éditions modernes : Beuchol, Paris, 1828 et suiv., 70 vol. in-8; table, 1840, '2 vol. in-S; Avenel, Paris, 1807 et suiv., 8 vol. in-i; Moland, Paris, Garnier, 1877-1SS3, 50 vol. in-8; table, 2 vol. \u-8. Lettres inMitesde Voltaire à Louis iîaciJie, publiées par Ph. Taniizey de Laroque, Paris, p. in-4, 1893. Lettres philosophiques, éd. critique p. p. G. Lanson, 1000, 2 vul. (Textes fr. modernes). — A consulter : Benpesco, Vollatre, liiblwgruphie de ses œuvres, Paris, Perrin, 4 vol., 1889-1890. Coiidorcet, Vie de Voltatre, Genève, 17S7. Longchamp et Wagnicre, Mémoires sur Voltaire et ses ouvrages, 2 vol., 1825. Coliiii, Mon séjour auprès de Voltaire, 1807. Léouzon le-Duc, Voltaire et la police, Paris, 18G7. H. Beaune, Voltaire au collège, 1807. A. Pierron, Voltatre et ses maîtres, lSt>6. G. Desnoircsterres, Voltaire et la société française au .xviii» siècle, 8 vol., 1807- 1870. G. Maugras, Voltaire et Jean-Jacques Bousseau, 1886. Perey et Maugras, Voltaire aux Délices et à Ferneij. E. Asse, Lettres de Mine de Graffiyny, etc., sur leur séjour prés de Voltaire, 187'J. E. Bersol, Études sur le xvm' siècle, 2 vol., 1855. Vinot, Hisl. de la litt. fr. au xviii" s. D.-F. Strauss, Voltaire, Ir. Narvjil, Pans, 1870. J. Morley, Voltaire, Londres, 1.87i, in-8. E. Faguet, XVHl" siècle. F. Bruneliore, Eludes critiques, séries 1, 3 cl 4; Époq. du th. fr., 11° conf. Vc\-nier, Voltaire grammairien, 1889. E. Cliampion, Voltaire, 1892. F. Campardon, Documents inédits sur Voltaire, 1873. H. Lion, les Tragédies et les Théories dramatiques de Voltaire, llacheUe, 1896. L. Crouslc, la Vie et les oeuvi-es de Voltatre, 2 vol., 1899. G. Lanson, Voltaire, 1906.

du lendemain de la mort de Louis XIV à la veille de la Révolution. Il est impossible de prendre en bloc un tel homme. Cette souple nature s'est développée à travers trois quarts de siècle, recueillant toutes les influences, frémissant a tous les souffles; les acquisitions, les transformations, les progrès de cet esprit sont exactement les acquisitions, les transformations, le progrès de l'esprit public; et il n'a été si puissant que parce que son développement interne coïncidait avec le mouvement des idées de la nation : son rôle fut de lancer aux quatre coins du monde les pensées fraîchement écloses dans toutes les têtes. 11 importe donc de soumettre à une exacte chronologie l'étude qu'on fait d'une si vaste et compréhensive personnalité.

Une grande division tout d"abord s'impose. Le xvni^siècle se coupe à peu près par le milieu : or il en est justement de même chez Voltaire. Son établissement aux Délices (i75o) partage nettement sa vie et son œuvre en deux, et chacune des parties offre les caractères généraux des parties correspondantes du siècle. Avant 1755, la littérature pure tient une grande place dans la vie de Voltaire; il est alors la gloire poétique de la France, l'auteur de la Heni'iade, de Zaire et de Mérope. Dans une existence agitée, tumultueuse, à travers deux prisons, des fuites, des exils, des alertes, des triomphes de salon et des faveurs de cour, Voltaii^e fait son éducation de philosophe : son séjour auprès de Frédéric est la dernière expérience qui achève de le former. A son retour en France, il est mûr, il est armé. Retranché dans sa maison, il laisse venir à lui le monde : du fond de son cabinet, il le domine par l'omniprésence de son esprit. Le littérateur, le poète, s'effacent devant le philosophe, s'y subordonnent : il mène l'assaut général de l'Eglise et de l'ancien régime. Le Voltaire idolâtré des libres penseurs, abhorré des croyants, le maigre vieillard au masque grimaçant, à l'ironie diabolique, enfin le légendaire « patriarche », c'est le Voltaire de la seconde période.

Etudions donc ici d'abord ces quarante années à peu près de travail littéraire, qui sont en même temps les « années d'apprentissage » de Voltaire (lî 15-1 755).

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