‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 314 sur 504 · Dans la Fausse Suiuante de Marivaux · texte numérisé non relu

Dans la Fausse Suiuante de Marivaux

prise de la pièce : il en faisait une fête perpétuelle. C'est la perfection suprême de l'esprit de conversation : un pétillement de mots inf^'énieux, mordants, drôles, un éclat de tirades .qui se déploient, un cliquetis de répliiiues qui s'opposent; l'esprit en est empli, ébloui, étourdi, émeiveillé. Tous les personnages sont de prodigieux causeurs, jusqu'à ce grave coquin do Basile. Mais il ne faut pas s'y tromper : celte verve de Beaumarchais n'est pas un jet naturel de belle humeur; le jet est réglé, dirigé, dispersé, ramassé, par une réflexion très consciente qui calcule l'efTet. Beaumarchais garde toujours la lucidité d'esprii du faiseur d'affaires : il administre posément sa fantaisie, son exubérance, sa griserie Toutes ces riches accumulations de mots qui tombent dru comme grêle, ces brusques oppositions, ces trouvailles d'images délicieuses ou cocasses, ces bouquets ou ces fusées d'épigrammes, tout cela est préparé, mesuré, ajusté. 11 recueille dans les rognures de son Barbier tout ce qui a prix, et le pique sur son Mariuije. Par malheur, l'impatience de plaire, la rage de doubler l'elTet lui ont parfois alourdi la main et fait forcer la dose. A examiner de près la qualité de ce style, on la trouve plus grosse et plus mêlée qu'elle ne paraît d'abord.

Beaucoup d'autres, avant et après Beaumarchais, ont usé de ce style à facettes, perpétuellement éclatant ou spirituel. Mais il y a mis son empreinte, la marque de sa personnalité. L'originale propriété de son esprit pourrait, je crois, se définir par l'impertinence. 11 y a dans les saillies de Beaumarchais, dans son dialogue, quelque chose de hardi, de provocai^, de cinglant : c'est tantôt l'agressive polissonnerie du gamin à qui rien n'impose, tantôt le scepticisme ironique de l'homme d'affaires qui a vu les coulisses du monde, tantôt la clairvoyance hostile du parvenu qui s'est senti méprisé, et se venge. De tout cela se dégage un parfum d'universelle irrévérence^ qui, se mêlant dans toutes les fantaisies, les gaietés, les folies de 1 esprit de Beaumarchais, leur communique une saveur unique.

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