‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 426 sur 504 · Depuis · texte numérisé non relu

Depuis

M. Brunetière, dont la sévère méthode, le rigoureux enchaînement (le doctrine ont fortement saisi le public : sans nulle concession à la frivolité des auditeurs, il les gagne par l'ardente conviction que son action, sa voix, toute sa personne dégagent.

A l'éloquence universitaire doit s'annexer une autre forme de la parole publique qui s'est développée surtout depuis vingt-cinq ans. Je veux parler de la conférence. Littéraires, politiques, économiques, scientifiques, anecdotiques, humoristiques, quelles conférences n'a-t-on pas eues depuis 1870? Tout le monde s'}' est mis : avocats, professeurs, députés, comédiens, femmes. Kt chaque conférencier y a porté la distinction ou la médiocrité qui lui appartenait dans l'exercice de ses fonctions ordinaires. Je ne vois qu'un homme à signaler, qui vraiment a fait de la conférence autre chose qu'un discours ou une lecture, et s'y est créé une forme originale de parole. C'est M. Sarcey '. Comment définir ses conférences? Est-ce de l'éloquence? est-ce du théâtre? Je ne sais trop. Ne pourrait-on pas dire qu'il a inventé une variété de monologue^ le monologue à sujet littéraire, joué par l'auteur? Il est certain que ni les idées — et il y en a beaucoup — ni l'esprit — et il y en a plus encore — ni tous les dons du critique, de l'écrivain, de l'orateur même, ne suffisent à expliquer le plaisir complexe et complet que donne, à la foule comme aux délicats, M. Sarcey mettant en scène les idées de M. Sarcey sur Corneille ou sur Racine.

1. Francisque Sarcey (1808-1899), sorti de l'Éoole Normale en 1851, professeur de 1851 à 1858, puis journaliste, chargé de la critique dramatique au Temps depuis 1867, se fit remarquer par ses conférences dès les dernières années de l'Empire. — Édl- ',ion3 : Souvenirs de jeunesse, in-16, 1884; Comment je devins conférencier, in-16 ; Quarante ans de tln'dtre, t. I, 1900 (série complète en 7 'volumes).

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