‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 79 sur 504 · L. IV, ch. IX · texte numérisé non relu

L. IV, ch. IX

1f<V DECOMPOSITION DU MOYEN AOE.

ques centaines de tonneaux de vin de Krance : nn imperceptible sourire illumine son récit, mais il reste discret et ^rave. Il sait Irioniphor en dedans : il n'a pas de vaintc- hiuyaiile, et ce fui f»etil-ètrc sa j)lus grande force.

Cet homme-là ne di'vailpas avoir de scrupules : son service contenta l.fiuis XI, c'est lout dire; et il fut content de Louis XI, ce i|ui est plus. Il l'admire profontlément, il le vént-re : il nous dit quil n'y eut Jamais de meilleur prince, il le loue de ses vertus. Après lout. il cul peul-t*tre raison : la meilleure réhabilitation de Louis XI, c'est de le comparer aux autres souverains de >on temps. Au moins, lui, il est ce qu'il esl : l'esprit régne en lui, et si les autres entravent par fail)lesse ou brutalité leurs calculs intéressés, ce n'est pas vertu plus grande, mais moindre mérite. Commynes, au reste, marque vigoureusement les fautes de son maître, fautes d'impatience et d'emballement : mais ces fautes n'étaient pas communes. Ce fut une joie pour lui de servir un homme avec qui la politique était une science, avec qui nulle intervention de sentimentalité, d'honneur, de passion même mauvaise, toutes choses gênantes pour un bon joueur, ne venait brouiller l'échiquier avant les beaux coups longuement médités. Il prêta certes les mains à beaucoup de besognes malhonnêtes : et il s'en doute, car il ne les explique pas et glisse, comme sur la mort du duc de (iuyenne.

Encore ne sais-je pas s'il se tait par conscience du mal ou par crainte de gens actuellement puissants, dont son habileté trop grande avait conliarié les vues. La morale lui semble être chose dilférente de la politi(|ue : et il ne prétend que faire de la politique. Il y a des intérêts généraux et des sentiments public>, des intérêts privés et des passions personnelles : voilà les réalités qu'il aimait et sur lesquelles il opère. Il a des mots délicieux, non pas de cynisme — ce n'est pas sa manière; — mais de scepticisme désabusé. Il nous conte comment Louis XI gorgeait d'argent Ldouard IV et ses conseillers, leurrait de vaines promesses d'alliance et de mariage les hommes d'État anglais, sauf, dit-il, « plusieurs sages j)ersùnnages et qui voyaient de loin, et n'avaient point de pension comme les autres ' ». Tout Oonmiynes est là.

Mais il faut bien entendre que le machiavélisme de Commynes a ses limites, et que son inditférence morale, .sa liberté sceptique de jugeuKMil sont bornées par tiois ou quatre allirmations positives et très fermes.

On sait assez qu'il n'a |)as l'âme féodale, et avec quel intime mépris il s'amuse des gesliculations ^iraiidioses de l'honneur chevaleresque. Il ne manque pas une occasion do lui opposer bruta-

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