‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 115 sur 402 · PHILIPPE DE NOVARE ET LES (( CESTES DES CHIPROIS · texte numérisé non relu

PHILIPPE DE NOVARE ET LES (( CESTES DES CHIPROIS

Les Gestes des Chiprois, publiées par Gaston Raynaud, pour la Société de rOrient latin, Genève, 1887. Une autre édition a été publiée par L. de Mas-LatTie et Gaston Paris, dans Ie Recueil des historiens des croisades, Documents arméniens, t. II (préface de Charles Kohler). - Les Mémoires de Philippe de Novare, publiés par Charles Kohler (collection des Classiques français du moyen âge), 1913.

LOMBARD D 'ORICINE, Philippe de Novare vint jeune encore s'établir en Chypre et y demeura toute sa vie. II est, avec Raoul de Tibériade ou Ernoul de Giblet, Ie type de ces barons latins qui furent grands amateurs de romans, de droit féodal, d'histoire. II composa des écrits de genres bien dIvers: des chansotIs d'amour et des chansons pieuses, un traité de morale à l'usage des chevÙers (Des quatre temps d'âge d'homme), un traité de droit (Ie Livre de forme de plait), son autobiographie, et en!in l' Estoire et Ie droit conte de la guerre qui fu entre rempereor Frederic et messire Johan de Ibelin. Le roi de Chypre, Hugues ler, laissait à sa mort, en 1218, la régence à Philippe dïbelin, pendant la minorité de son !ils, Mais l'empereur Frédéric II réclama la régence pour lui et, en 1228, vint s'en saisir, Une longue guerre s'ensuivit, qui se prolongea après Ie retour de I'empereu'r en Occident et qui ne prit !in qu'en 1243. L' Estoire de Philippe de Novare, vivement contée, présente un curieux caractère : elle est entremêlée de poésies de circonstance, de chansons satiriques OÙ certains barons sont mis en scène sous les noms de personna es du Roman de Renard: Renard, Grimbert, Isengrin, etc. Ces poésies, Philippe de Novare les adressait com me des lettres à ses amis, et parfois les chantait au combat. C'est ainsi qu'un jour, au siège du château de Dieu-d'Amour (Saint-Hilarion), il fut blessé d'un coup de lance. Les Impériaux Ie croyaient déjà mort et criaient aux assiégeants : II Mort est vostre chanteor, tué est! I) Mais Ie lendemain Philippe de Novare reparaissait sur une roche OÙ iI

s'était fait porter; et de là illançait aux ennemlS, comme un dé!i, une nouvelle chanson :

<< N Bfré sui je, mBÎs encor ne puis tBire De dan Renar.t et de sa eompaig ie,...

Car Renart salt plus de traïson falfe Que Guenelon dont F ranee fu traïe.... D

L' Estoire de Philippe de Novare fut munie, vers l'an 1320, d'une introduction (où I'histoire du royaume de Jérusalem est résumée) et d'une continuation, qui va de 1243 à 1309: ce sont les Gestes des Chiprois, par Gérard de Montréal. Cette chronique, originale à partir de ('an 1270 ou environ, rapporte les luttes des chrétiens d'Orient contre les sultans d'f.gypte et leurs discordes intestines. LA CHRONIQUE DE MORÉE

:: Le Livre de la conqueste de la Princée de la 1\10rée a été publié par Buchon (t. I des Recherches historiques sur la principauté française de Morée), 1845. et à nOUVeau, par Jean Longnon .- la Chronique de IVlorée (Publications de la Société de l'histoire de France), 1911. - Voir Schmitt, die Chronik von Morea, Munich, 1889, et the Chronicle of Morea, Londres, 1904; A. Adamantiou, Ú XrOV!xX TO'; :\I ;;a.'.;, Athènes, 1906.

CETIECHRONIQUE raconte, de 1204 à 1305, I'histoire de la principautf française de !\1orée, dont Ie premier prince fut Geoffroy de Villehardouin, neveu du chroniqueur. Le texte que nous possédons résume une chronique perdue que Bartolomeo Ghisi, connétable de la principauté, avait fait rédiger à Thèbes, en son dialecte vénitien, entre 1305 et 1331. Le rédacteur français, qui vivait lui aussi en Morée, devient, à partir de 1295 environ, témoin des événements quïl retrace, et ses récits, vivants, romanesques parfois, rappellent, comme on I'a justement dit, I( les pages les plus piquantes de Froissart n. II fait revivre à nos yeux I'histoire attachante et si peu connue de ces chevaliers français qui se maintinrent en Grèce pendant plus d'un siècle: ils y vécurent d'une vie prospère et si brillante que l'on considérait la cour de Morée comme une des plus belles du monde chrétien et com me l' une des meilleures écoles de chevalerie.

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