DEPUIS LA GUERRE
dira si la grande voix du siècle ne devait point s'élever parnni le chœur de toutes ces voix qui, liéias! se sont tues ?, . .
La guerre, d'autre part, en faisant éclater aux yeux du monde les mag-nifiques qualités de bravoure, d'endurance, d'esprit de sacrifice et d'héroïsme, traditionnelles en France, ne manquera pas de marquer la littérature d'une profonde empreinte. Mais il faudra attendre un certain temps pour qu'elle devienne ellemême objet d'analyse, de descriplion et de littérature. Un recul est nécessaire; les g-énérations qui font la g"uerre ne sont point, d'ordinaire, celles qui la chantent; l'épopée impériale n'a trouvé d'interprètesdignes d'elle que parmi les fils de ceux qui en avaient été les acteurs.
Cependant la guerre de 1914 a pu inspirer déjà des livres qui, en même temps que de belles œuvres d'art, seront des témoignages importants auprès des générations à venir. Le Dixmude de Charles Le Goffic^ Le& Derniers jours du fort de Vaux de Henry Bordeaux^ V Effort français de Joseph Bédier, retracent quelques épisodes émouvants de la lutte immense : G. Ilanotaux^ Louis Madelin^ Victor Giraud ont commencé de dessiner les grandes lignes des événements. De jeunes romanciers, René Benjamin [Gaspard, 1915), « reporter » narquois et plein de verve, Boland Dorgelès, témoin pathétique {les Croix de Bois, 1918), J. Kessel dans un livre simplement ému, /'^7Wî/i«.7e, ont fait revivre l'âme, si complexe, des combattants, dans sa vérité humaine. Edmond Rostand, enfin, mort au lendemain de la victoire (1918), a consacré quelques uns de ses plus beaux vers aux souHrances et aux exaltations de la patrie {le Vol de la Marseillaise).
Mais c'est surtout indirectement que la guerre exercera son influence. Un événement aussi considérable, qui a bouleversé lo monde entier, ne peut manquer d'avoir changé les âmes, un s'en apercevra plus tard, lorsque se sera effectué le travail toujours lent de l'élaboration intérieure.
Dès maintenant, certains traits sontà noter.Aux jeunes
écrivains aussi bien qu'au public, la g-uerre a donné le goût d'une littérature qui ferait plus de part à l'action, qui sacrifierait moins aux recherches de l'art ou aux subtilités de lapensée,quitraduiraitavecinlensité,pres' que avec brutalité, les différents aspects d'une vie sociale où se compliquent les besoins, mais où les passions se simplifient.
Cette influence s'accorde avec celle de la science. Dès le début du siècle, celle-ci, en pénétrant les esprits de tous les lecteurs, et même des moins savants, a créé en eux des exigences de précision et de netteté ; les auteurs, surtout les romanciers, sont amenés à emprunter quelque chose à la discipline rigoureuse et aux méthodes mêmes des sciences expérimentales.
La guerre, enfin, a servi à mettre dans une lumière éclatante certaines erreurs d'avant-guerre. La réforme que noire système d'enseignement avait subie à partir de 1002 en était une. Moins pénétrés de culture grécolatine et de tradition classique française, nous deviendrions trop aisément accessibles à l'influence des littératures étrangères. Nous risquerions de laisser s'altérer l'originalité du génie français, tel qu'il s'est définitivement épanoui, depuis le mouvement de la Renaissance, dans une série de chefs-d'œuvre, qui s'étend sur quatre siècles. La guerre a fait de nouveau comprendre le rôl que doivent jouer les humanités classiques dans notn enseignement. Aussi peut-on espérer que, rentrée dan sa grande voie traditionnelle, épurée et fortifiée par les souvenirs héroïques de la guerre, la littérature français aborde le xx« siècle renouvelée, rajeunie et prête po' de belles floraisons de chefs-d'œuvre...
TABLE CHRONOLOGIQUE
DES PRINCIPAUX AUTEURS ET DES PRINCIPALES OZUV«E = DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE ^
V11I« et IXo SIÈCLES.
(les origines.)
VIII» siècle. — Glossiiire de Cassel et de Reichenau.