‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 19 sur 98 · HYMNES HOMÉRIQUES · texte numérisé non relu

HYMNES HOMÉRIQUES

dans la collection, des œuvres considérables et par Tétendue et par la valeur littéraire, et qui méritent de nous arrêter quelques instants^ Ces grandes compositions, égales en longueur à des rhapsodies entières, suffisaient à remplir seules le temps que les auditeurs accordaient à chaque récitation. Elles sont par elles-mêmes ; elles forment un tout complet. Ce ne sont pas des hymnes proprement dits, des litanies comme celles qu'on chantait devant l'autel des dieux : ce sont plutôt de petites épopées mythologiques. Les auteurs ne sont pas, comme les rhapsodes des proèmes, des poètes de rencontre, dont tout l'effort aboutit à une ou deux douzaines de vers, pillés d'ici et de là peut-être. Ce sont de vrais fils delà Muse, de ceux qui forment le premier anneau de la chaîne dont parlait Platon.

Hymne à Apollon Déllen*

Thucydide a pu, sans se faire tort auprès des gens de goût, croire à l'authenticité de Y Hymne à Apollon Délien, et en citer, sous le nom d'Homère, d'assez longs passages. Cet hymne n'est pas trop indigne, par la pensée et par le style, de l'auteur de Y Iliade et de YOdyssée. Je n'hésite pourtant pas à nier qu'Homère en soit Fauteur. On l'y fait paraître , et l'on met l'hymne dans sa bouche, par un artifice littéraire du genre de celui d'André Chénièr dans la fameuse élégie. Je l'affirme à cause surtout de l'allocution aux jeunes filles de Délos : « Souvenez- vous de moi dans l'avenir ; et , si jamais, abordant en ces lieux, quelque étranger, quelque aventureux voyageur vous demande : * Jeunes filles, quel est « le plus harmonieux des aèdes qui fréquentent cette île, ce- « lui dont les chants vous charment davantage ? » répondez unanimement ces mots de bienveillance : « C'est un homme « aveugle, qui habite dans la montagneuse Chios : tous ses « chants jouissent pour jamais d'un renom incomparable1. » Homère n'a jamais tenu un pareil langage. L'auteur de l'hymne, quelque homéride de Chios probablement, entraîné par 1 admiration, fait dire à Homère ce que lui-même il pense, ce qu'il crierait aux quatre coins du monde. Quel-

Ses-uns ont attribué ce morceau poétique à Cinéthus , le . îs célèbre des homérides dont le nom nous ait été transmis. Mais cette opinion n'est guère probable, si ce rhapsode

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