ÉCRIVAINS DBS DEUX DERNIERS SIÈCLES AV. J. C
méandre.
Quintilien nous apprend que Nicandre avait eu, chez les Latins, deux imitateurs, Macer et Virgile* Il paraît, en effet, que Nicandre était Fauteur d'un poëme didactique sur l'agriculture, dont Virgile avait tiré quelque parti pour ses Géorgiques. Mais les deux poëmes de Nicandre que nous possédons ne donnent pas une haute idée de ce que devaient être ceux gue nous n avons plus. Nicandre, qui florissait vers le milieu du ir siècle avant J. C, était prêtre d'Apollon, à Claros en Ionie, et il passait pour un habile médecin en môme temps que pour un bon poète. Ses deux poèmes, intitulés, l'un Thériaques% et l'autre Aleœipharmagnes) sont de la médecine versifiée, et non point de la poésie. 11 énumère, dans le premier, les animaux venimeux ; dans le second , les divers poisons qui peuvent s'ingérer avec les aliments, et les contre-poisons par lesquels on peut combattre leurs effets. Une série de sèches descriptions, c'est à peu près tout ce qu'on trouve chez Nicandre. Aratus s'est donné quelquefois carrière, et a oublié l'astronomie pour }a poésie; mais Nicandre n'oublie pas un instant qu'il est médecin , et il fait œuvre, sauf le mètre, la langue et les épithète6, de disciple d'Hippocrate et non d'Homère,
Méléagre.
Méléagre, du moins, est un poète. Il vivait quelque temps après Nicandre, et était né à Gadara, dans la Syrie. On croit que ce poëte ne fait qu'un avec le philosophe cynique du même nom, qui avait composé des satires en prose. La na» ture de quelques-unes de ses épigrammes ne dément pas l'opinion qui le range parmi les hommes de l'école de Dio-
Sène. Il avait les passions vives, mais autre chose que de la élicatesse dans les goûts. Les petites pièces qu'on a de lui . ne sont pas sans mérite, surtout par rapport au temps où il a vécu. À part un certain luxe de synonymes et d'épithètes, on ne peut pas lui reprocher de bien graves défauts ; j'en-» tends au point de vue de la poésie , et non à celui de la morale. Il a du mouvement, de la grâce, et il ne manque pas trop de naturel. Sa description du printemps serait une charmante idylle , si l'on en pouvait retrancher quelques mots surabondants , quelques images hasardées. Méléagre mérite une place à côté de Jîion et de Moschus, ou, si l'on veut, à
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peu de distance au-dessous d'eux. Ce poète , dont les vers sont un des ornements de Y Anthologie , est le premier Grec qui ait eu l'idée de former un recueil de morceaux choisis. La Couronne d'épigrammes, comme il avait intitulé son anthologie, était formée de fleurs empruntées à quarantesix écrivains plus ou moins fameux. Mais ce recueil n'existe plus.
Panétlu* et Poaldonlu*.
Panétius, né à Rhodes, vers Tan 190, était un philosophe stoïcien. Il tint quelque temps à Rome une école que fréquentèrent les hommes les plus illustres, entre autres Scipion Émilien. Cicéron nous apprend lui-même que le traité des Devoirs n'est qu'une traduction un peu arrangée1 de l'ouvrage que Panétius avait composé sur le même sujet. Posidonius, disciple de Panétius, et l'un des maîtres de Cicéron, avait fourni de même la matière des beaux traités de la Divination, du Destin et de la Nature des dieux. C'est dire assez que les écrits des deux stoïciens étaient des œuvres du plus haut mérite, puisqu'il a suffi de les transcrire et de les remanier quelque peu, pour en faire des chefsd'œuvre. Cicéron en a embelli la forme; mais qui peut douter que les originaux n'aient été remarquables par la gravité du style, par la précision, par la vigueur, et par cette mâle éloquence qui naît toujours d'une conviction profonde et d'un véritable amour de la vertu? Nous savons que Panétius et Posidonius étaient éloquents lorsqu'ils parlaient ; leur enthousiasme pour Platon prouve que le beau ne leur était pas plus indifférent que le bien ; ils avaient, dans le stoïcisme même, de bons modèles littéraires; et sans doute ils durent être plus jaloux de rivaliser de perfection avec Cléanthe que d'imperfection avec Ghrysippe.
Polybe.
Polybe naquit en 205 ou 204, à Mégalopolis, en Arcadie. Lycortas, son père, était un des chefs de fa ligue achéenne. Lui-même il joua un rôle considérable dans les événements qui décidèrent sans retour du sort de la Grèce. Il ne tint pas à lui que sa patrie ne conservât son indépendance. Mais les Romains l'emportèrent; et Polybe fut un des otages
1. « Correctione quadam adhibita. Cicéron, » d* Officiis, litre m, chapitre h.