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CHAPITRE IV

Théocrite. — Les mss. de Théocrite sont de date relatiyement récente. Les plus estimés appartiennent aux bibliothèques italiennes (Ambrosianus 222^ xiii^s. ; dtuxVatieani, 9i3 et 915, XIII® s.; Mediceus 37, xiv®8.; Ambrosianus 75, xv® s. ; qui donne seul l'idylle XXX). Ils remontent à des recensions différentes et n'ont pas encore été classés d'une manière définitive. M. Segrestaa a entrepris de faire ce travail, mais n'en a pas publié jusqu'ici les résultats. — - Les éditions sont nombreuses. Rappelons celles de D. Heinsius, 4603 (avec trad. en vers latins); de Heindorf, Berlin, 4810 (comm. de Valckenaer^ Brunck, Toup) ; de Gaisford, Oxford, 1821 (dans ses Poetae f/raeci minores^ t. II et IV); de Meineke, Berlin, 1836. Celle de Ahrens (Leipzig, 1855) est pleine de hardiesses excessives. La meilleure est celle de Fritsche, Leipzig, 1870 (3® éd. revue par Hiller, 1881), avec de très savants commentaires. — Trad. allemande (en vers, avec texte grec) de Hartung, 1862. Trad. françaises de Leconte de Lisle, Paris, 1869 (avec Hésiode, etc.); de J. Girard, Paris^ 1888; et beaucoup d'autres. — Bion et Moschos sont joints d'ordinaire à Théocrite dans les mss. et les éditions.

Callimaque. — Les mss. de Callimaque sont, pour les Hymnes, les mêmes que ceux des Hymnes homériques. Pour les épigrammes, ce sont ceux de V Anthologie. Sur les fragments récemment retrouvés de VHéealé, cf. Th. Heinach^ Revue des

Études grccqursy ^893, p. 258-260. — Principales éditions : Krnesti, Leyde, 1761 (2 vol., avec Irad. latine, notes, etc.); Meineke, Berlin, 1861 (les Hymnes seulement).

Aratos. — Ms. de Venise, Marcianus 476, avec scholies. — Éditions de Buttinann, Berlin, 1826; Bekker, Berlin, 18*28; Kœclily, Paris, 1851 (dans les Poetae bucolici, t. II, de la Biblioth. Didot).

Apollonius de Rhodes. — Mss. principaux : Laurentianus XXXII, 9, du XI® siècle (le célèbre niss. d'Eschyle et do Sophocle), et Guelferbytanus, du xiii* s. ; types de deux familles. — Édition critique de Merkel, Leipzig, 185i. Éditions do Wcllauer, Leipzig, 18*28; Lehrs (dans l'Hésiode Didot), Paris, 186*2; Merkel, Leipzig, 1882 (dans la bibl. Teubner, avec introd. critique). — Trad. française de De la Ville de Mirmont, Bordeaux, 1892.

Anthologie. — L'Anthologie dite de Constantin Côphalas nous a été conservée par le Palatinus 23, du xi^ siècle, découvert par Saumaise î\ Heidelberg en 1606. Celle qu'on appelle l'Anthologie Planudéenne vient d'un nis. de Venise, Vcnctits 481, de la main môme de Planude. D'autres mss. de Paris (27*20) et de Florence (lvii, 29) renferment une troisième Anthologie^ dite « de Thessalos », et une quatrième (Syliogc Cramcriana) se trouve dans le ms. de Paris 352 du suppl. grec. Cf. Ouvré, Méléagre de Gadara, p. 9-13. — Principales éditions : Brunck, Strasbourg, 1785; Jacobs, Leipzig, 170^-1814 (13 volumes, où les pièces sont classées par auteurs, dans l'ordre chronologique); Bibl. Tauchnitz, Leipzig, 1819 (1872), 3 vol. ; Diibner, bibl. Didot, Paris, 1 86 1- 1872, 2 vol. avec trad. latine. — La trad. latine, en vers, de Hugo (îrotius, est excellento; elle a paru dans l'éd. de Bosch (Utrecht, 1795) et dans celle de Dûbner-Didot. Trad. franraise de Dohèque, Paris (Hachett»^;, 1863.

Pour les autres poètes ah^xandrins, voir les indications données au cours du chapitre.

Sommaire.

Introduction. — I. Les premiers maîtres de l'élégie et de l'épigramme ulexandrines. Philétas.IIermésianax. Phanoclès. Alexandre d'Étoile. Asclépiade de Samos. Simias de Rhodes. Posidippe. Hédylos. Bel-esprit et érudition. — II. Les réalistes. Sotadès, Rhiuton, etc. Un fragment de mime anonyme ;Hérodas. — III. Les grands artistes alexandrins. Théocrite. Léonidas de Tarente. — IV. Lf?s poètes académiques. Callimaque. Aratos. Apollonios de Rhodes. — V. Un poète bizarre: Lycophron. — VI. Les « épigones » et imitateurs. Épopées d'Euphorion de Chalcis, de Rhianos, d'Archias. Poèmes didactiques d'Ératosthène, de Nicandro. Élégies d*Ératosthéne. l/Oarislys. Idylles de Bion, de Moschos. Les épigrammes de Dioscoride, d'Alcée de Messénc, d*Antipater de Sidoii, de Méléagre, de Philodème, d'Archias. La Couronne et les Anthol'jfjies. Conclusion.

Si nous avons commencé l'éludo des œuvres alexandrines par celle de tant d'écrits en prose oii Térudilion la plus curieuse, mais parfois la plus sèche, s'exprimait en unstyle incolore, c'est que cette érudition laborieuse est vraiment le caractère essentiel de l'époque et que la poésie même en subit l'influence. Les poètes de ce temps ne sont plus, comme jadis en Grèce, les disciples inspirés d'une tradition ancienne et toujours vivante, chantant pour le peuple, dans des fêtes animées do l'esprit du peuple, en relation étroite avec la vie même de la nation. Il n'y a plus de nation, plus de cité proprement dite; il n'y a plus de peuple qui vive d'une vie à la fois littéraire et morale dans l'enceinte de la cité. Il n'y a que des individus, dont l'immense majorité s'absorbe dans la vie matérielle de chaque jour, traversée parfois de rêves sensuels ou mystiques, tandis qu'une petite élite relit les vieux chefs-d'œuvre. Les poètes écrivent pour cette élite, quelques-uns sont eux-mêmes

des érudils; tous sont des hommes d'étude. Ils ne s'occupent guère du peuple^ qui ne parle pas la même langue, qui n'a ni la même éducation ni la même âme. Leur public est un cénacle. Leur poésie s'adresse à des lettrés, qui lisent un poème comme un traité de grammaire, à tête reposée, dans le silence de leur cabinet de travail, ou qui Técoutent réciter dans une réunion de beaux esprits. De là une transformation profonde du fond et de la forme. Les sujets traités ne sont plus les mêmes, ni la manière de les traiter; composition, style, versification, tout change. Les genres anciens disparaissent, ou s'altèrent si fortement qu'ils en deviennent méconnaissables ; d'autres naissent ou se développent . Un Pindare, un Eschyle, un Aristophane, transportés dans la Grèce du m* siècle, s'y seraient trouvés étrangement dépaysés. Le fond de toute poésie, désormais, c'est l'amour. A mesure que la vie de chacun est devenue plus étroitement individuelle, le plus fort des sentiments individuels a passé au premier plan dans la littérature comme dans la vie. Cet amour est surtout sensuel et quelquefois passionné : le plus souvent, il se réduit à une galanterie assez fade. Le mal de cette génération est le trop de littérature : on pourrait lui appliquer, à plus juste titre encore qu'aux Romains du i" siècle, le mot de Sénèque sur ses contemporains : litterarum intemperantia laboramus. L'excès de littérature dessèche les sentiments les plus naturels, et les gâte par le bel esprit, par l'étalage de l'érudition, ou au contraire par une affectation de fausse naïveté. Il y a de tout cela chez les poètes alexandrins : ils chantent souvent des « Iris en l'air », ou s'en donnent l'apparence; car ils semblent moins possédés par leur passion que soucieux de montrer leur savoir mythologique ou de jouer spirituellement la simplicité. L'art de la composition faiblit, comme il arrive toujours quand la sincérité du senti*

ment diminue : car c'est la préoccupation sincère d'une idée dominante qui maintient d'un bout à l'autre l'unité de ton et l'harmonie; quand le bel esprit l'emporte^ il s'amuse aux détails^ il s'attache au « mor~ ceau y>, et n'a plus la force de lier l'ensemble. Le style^ au contraire, devient l'objet d'une étude raffinée : ces poètes lettrés, qui écrivent pour d'autres lettrés, ont le culte de la forme; jamais on ne connut mieux l'art de ciseler une phrase; jamais on ne mit plus de soin^ plus d'effort, plus de savoir dans le choix des mots; jamais on ne fut plus artiste d'intention. Le succès ne répondit qu'en partie à tant d'efforts : si la netteté de la phrase fut incomparable, l'inconvénient [d'écrire une langue déjà presque morte, ou du moins profondément artificielle, se fit trop souvent sentir chez les plus habiles. La versification, enfin, par cela seul qu'elle s'adresse surtout à des lecteurs, change profondément de caractère. Les rythmes lyriques reculent sur toute la ligne ; l'hexamètre simple ou le distique élégiaque tendent à se substituer à la variété des anciens mètres ; en revanche, la facture de ces doux mètres préférés acquiert une précision et une finesse inconnues. Dans cette transformation radicale de l'art, les genres eux-mêmes sont atteints. L'épopée devient une œuvre de cabinet; le vieux lyrisme n'a plus l'occasion de se produire que dans quelques cérémonies traditionnelles des pays d'ancienne langue grecque ; la tragédie, déjà compromise par l'abus de la rhétorique au iv" siècle, tourne de plus en plus à l'exercice d'école; la comédie ne survit guère qu'à Athènes. D'autre part, l'élégie amoureuse et mythologique, le mime, la poésie satirique, la bucolique, l'épigramme, l'hymne officiel et mondain se développent. Tous ces genres, chose remarquable, ne comportent guère qu'une étendue restreinte; les artistes de ce temps ont pleinement conscience^ en génér^l>

quo la brièveté est une loi nécessaire de leur art savant et minutieux : les Callimaque, les Théocrite le savent et le disent, malgré Topposition d'Apollonios de Rhodes; en cela, ils sont vraiment artistes, car ils saisissent avec justesse les conditions essentielles de Taccord à établir entre la nature de leur inspiration et la forme extt^rieure de leur art.

L'histoire de cette production poétique, à la fois abondante, très diverse, et fort maltraitée par le temps, est difficile à présenter d'une manière tout à fait satisfaisante. L'ordre, [chronologique est souvent impossible a établir avec rigueur. La division par genres, fréquemment adoptée par les historiens, a le double inconvénient de trop négliger l'ordre des temps, et de correspondre mal à ce fait capital que beaucoup de poètes alexandrins traitent à la fois plusieurs genres. Nous essaierons de montrer avec plus de précision et de souplesse l'évolution générale de l'art dans cette période confuse. Laissant entièrement de coté la nouvelle comédie attique, dont il a été parlé plus haut et qui n'a rien de vraiment alexandrin *, négligeant aussi les productions tardives du lyrisme proprement dit (poèmes d'isyllos à Épidaure *, hymnes delphiques ^), qui ne sont qu'un pâle reflet de la littérature antérieure, nous nous attacherons exclusivement aux œu\^es caractéristiques du m® et du ii® siècle, et voici à peu près ce que nous tâcherons de mettre en lumière : 1° d'abord

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