PHILÉTAS
Tapparition du pur esprit alexandrin dans les couvres de Philotas et de son groupe; 2** ensuite, la veine réaliste qui se montre dans les mimes d*Hérodas^ dans les vers de Sotadès et de Timon de Phlionte, dans les œuvres de Ménippe et de Ilhinton ; 3° la fusion exquise de ces deux tendances dans les idylles de Théocrite, dans quelques épigranmies de Loonidas de Tarente ; 4® le triomphe de la littérature académique dans les poèmes variés de Callimaque,, dans Tépopée didactique d'Aratos. dans l'épopée héroïque d'Apollomos de Rhodes : 3° l'excès du bel esprit poussé jusqu'à la bizarrerie chez un Lycophron ^ ; 6^ enfin, chez les poètes plus récents, chez les « épigones » de ces initiateurs, la continuation des tentatives diverses inaugurées par les maîtres des deux premières générations.
Philétas, fils de Télèphe, naquit à Cos, vers 340. Il était grammairien en même temps que poète. Sa réputation le fit choisir par Ptolémée Soter (vers 295) comme précepteur de son fils -. Philétas se rendit en
1. Je meiitionno siraploiiicnt ici, sans y insister davantage, une autre forme de bizarrerie qui n'a plus rion de commun avec la iftléralure, l'invention de ces poèmes « figurés • (èaxT.jiaTKTiiéva) qui reproduisent, par la disposition de leurs vers dUnégale longueur, le dessin d*un œuf, d'une syrinx, ou d^une amphore. Ce sont là des gageures plus que des œuvres d'art. Uœuf do Simmias, la 5^rinx de Théocrite sont des échantillons de ce genre. On voit que même des gens d'esprit, à cette date, pouvaient trouver quelque amusement à ce jeu. Mais il no faudrait pas le prendre plus au sérieux qu'il ne convient.
2. Suidas, v. ^iXtitS;. Cf. Couat, Poésie alexandrine, p. 69 et suiv. ; Susemihl, I, p. 174 et suiv. — Fragm. dans N. Bach, Phiielae Coi, Hermesianaclis Coloph, atque Phanoclis reliq., Halle, 1829. Cf. aussi AnlhoL Jacobs, t. I, p. 121 et suiv.
Hist. do la Liii. greequo. — T. V. 11
cette qualité à Alexandrie, puis revint sans doute àCos, où il semble qu'il ait passé les dernières années de sa vie, entouré d'un groupe de jeunes poètes amis, qui lui formaient comme une école : Hermésianax, Théocrite, Âratos furent de ce groupe, auquel il faut peut-être joindre aussi Asclépiade de Samos, nommé pourtant par Théocrite à côté de Philétas plutôt comme un contemporain déjà illustre que comme un disciple *. On ne sait quand il mourut ^.
La gloire de Philétas fut grande ^ Il avait composé, outre quelques écrits érudits en prose*, des élégies amoureuses où il chantait Bittis, un recueil de poésies légères (-xîyvia) qui comprenait surtout sans doute des épigrammes, un autre recueil qu'il avait intitulé, du nom de son père, Télèpfie, et deux poèmes plus étendus qui sont cités sous des noms distincts, l'un, en vers élégiaques, intitulé Démêler , et l'autre, en hexamètres, intitulé Hermès, C'est à peine s'il nous reste de toute son œuvre une cinquantaine de vers. Nous ne pouvons, sur de si faibles débris, ni juger son talent avec sécurité, ni même déterminer avec une précision suffisante la nature exacte de ses œuvres. Qu'était ce au juste que sa Démêler] Qu'était-ce même que cet Hermès, dont nous savons seulement qu'il y avait raconté certaines aventures romanesques d'Ulysse, et , par
1. Théocrite, VII, 40. Susomihl, après d'autres, croit que cette société de poètes formait une sorte de confrérie bucolique où chacun portait un nom de l)er^'er. Ce n'est pas impossible, mais il me parait vraiment excessif do prétendre trouver tout cela dans la VIMdylle.
2. Philétas était de complexion faible (Plutarque, An seni gerenda sit resp., c. 15, p. 791, E). Il mourut épuisé de travail (épigr. citée par Athénée, p. 40^, E).
3. Ses compatriotes lui élevèrent une statue aussitôt après sa mort, suivant lUrmcsianax (Athénée, XIII, p. 598. F).
4. Un scholiastc (Apollon. Rh., IV, 989) cite ses "AtaxTa, ou