‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 19 sur 605 · IL · texte numérisé non relu

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THÉOPHRASTB 39

Aristoie) ', voilà ce qu'il cherche cl ce qu*ii expose. Le terrain était ici beaucoup plus glissant à coup siïr que dans le précédent traité: une description a plus de chance J être exacte, en pareille matière, qu'une explication. Heureusement l'érudition de Théophraste le préserve cDcoreen ce sujet dudanger d'exécuter une œuvre vaine, parla quantité de faits réels, bien observés par lui-même ou par d'autres, qu'elle lui fournil, et d'où résulte que son livre, à côté de beaucoup d'explications éphémères, prosente une somme considérable de documents positifs et de valeur durable. Le stvlo d'ailleurs a les mêmes

qualités que dans V Histoire des Plantes.

Les Caractères ne sont pas aussi différents de ces deux ouvrages que pourraient le faire supposer ce titre do « Caractères », et surtout le souvenir de l'imitation très libre que La Bruyère en a donnée. C'est l'œuvre d'un savant plus que d'un littérateur proprement dit. L'ouvrage, sous sa forme actuelle, comprend trente et un < caractères >>, précédés d'une préface ^. Chaque « caractère » porte un titre, qui est le nom d'un défaut moral (très rarement d'une qualité). Ce défaut est d'abord Jéfîni à la manière d'Aristote. Suit une description plus ou moins longue des différents signes par lesquels il se manifeste extérieurement. Le style est net, simple, sans aucun ornement littéraire, et ne sert que de vêtement à une pensée exclusivement scientifique. S'il y a parfois de l'esprit dans ces portraits, c'est eu quelque sorte malgré la volonté de l'auteur, et parce que la chose même est plaisante en soi. Qu'est-ce donc, on somme, que cet ouvrage, et quel a été le dessein de Théophraste ?

11 est tout d'abord visible que le texte en est souvent suspect. La Préface est incohérente et faible ; on ne peut

2. Trente et un, dans les manuscrits les plus complets, (luinzoou seize dans les autres, et notamment ceux de Paris.

rattribuer, SOUS celle forme, à Théophraslo. Dans le resle de Touvrage, on trouve non seulemcnl des lacunes, des réflexions de lecleur ou de scoliasle insérées indùmenl dans le texle,ce qui ne regarde que la crilique verbale; mais aussi, chose plus grave, des répélilions lillérales qui indiquent que deux morceaux diversement intitulés ne sont parfois que deux rédactions diflorentes du même « Caractère. » Il est donc certain que Touvrage a subi toutes sortes de remaniements. Dans la liste de Diogène, il est évidemment désigné par ce litre: *H9i3cot jrapooc- TTîpe;. Cela prouve qu'il existait déjà, au temps de Diogène, sous une forme assez voisine de celle que nous connaissons, et comme une collection de portraits moraux. Mais d'où venait celte collection? Avait-elle été ainsi formée par Théophraste lui-même, sous ce litre, comme un ÛTrojtvTQjxa, un recueil de matériaux et de documents analogue aux recueils d'Arislole ? M. Gomperz le croit, et il explique par là l'inachevé delà composition et la facilité plus grande avec laquelle l'ouvrage s'altéra ^ D'autres y voient plus volontiers un £|pî7owe alexandrin, un recueil à* Extraits artificiellement détachés par quelque grammairien d'un ouvrage plus étendu, d'un ouvrage de morale ou de rhétorique (c'est l'opinion de M. Diels) *, ou peut-être du traité Sur la comédie (c'est l'opinion exprimée jadis par Casaubon, qui édita les Caractères, et reprise par Christ ') . L'hypothèse do Casaubon est très séduisante au premier abord : il est facile en effet de remarquer, entre les titres des Caractères de Théophraste et ceux des comédies de Ménandre, des rencontres frappantes, et l'on aime à se dire qu'il y a peut-être, dans l'ouvrage du philosophe, plus d'un

1. Gomperz, dans les Abhandl. de rAcadémio de Vienne, t. 187 (année 1888) : Die Charactere des Theopfirasts.

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