STRABON ; SA GÉOGRAPHIE
manque uu parti pris bien arriHé. Dos divers olémonls dont il veut constituer un genre nouveau, aucun irest vraiment prédominant. Il fait de la géographie pliysique» mais trop peu à notre gré; de la géographie économique et commerciale, mais en passant ; de Thistoire, mais sans suite. L'idée constitutive et nécessaire do son ouvrago> c'était de montrer ce que la terre, en chaque pays, avait donné à Thomme et ce que l'homme avait fait do la terre. Ur cette idée, partout latente, n'apparaît nulle part avec éclat. Strabon, esprit juste, méthodique, mesuré^ no semble pas avoir eu la vigueur d'intelligenco qu'il aurait fallu pour en prendre lui-mémo nettement conscience, ni par conséquent pour la dégager clairoment.
Ce parti pris faisant défaut, Tœuvre devait manquer d*unité. Mais elle aurait pu racheter cet inconvénient par des qualités originales dans le détail. CeUes de 8tra« bon n'ont rien de supérieur. Ni vivacité, ni couleur, ni grâce, ni éloquence, ni grandeur, ni charme d'imagi* nation. Un exposé nourri, bien conduit, (^rrect et clair, mais toujours sévère, parfois jusqu'à la sécheresse; peu de descriptions, et en revanche trop de nomenchituroH. L'autour ne se révèle guère que dans le cluiix des détails^ dans la métluxle, et surtout dans h^s réilexions, toujours un peu courtes, mais justes et intéressantes, qui éclairent les parties principales de son œuvre. Ce qui n'est que pittore.sque lui échap|K'. Il ne nous donne jamais l'impression vive des choses: il ne parait sentir ni leur beauté, ni leur charme, ni même toujours h^jr caractère propre: quand il le délinit, c'est par réflexion ; il analy<fr. il ne fait pas voir. Aussi son livre a tK*au nous inléres«*;r par hvs renfseit.'^nenients dont il est plein, il ne réussit jamais à nous captiver. .Nous y tromonM la matière dune œuvre littéraire, mais cette œuvre ellemême n'a pâs été faite.
3d4 CHAPITRE II. — D'AUGUSTE A DOMITIEN
Ajoutons que le style de Strabon n*a rien non plus d'original. C'est la langue du temps, sans mauvais goùt^ mais sans grâce, claire et saine dans les exposés, médiocre dans les réflexions, lourde, et quelquefois obscure, dans les discussions: d'ailleurs incolore et en quelque sorte indiflerente, nullement créée pour le sujet ni délicatement adaptée à ses besoins, monotone et froide, sans caractère, et par conséquent sans beauté.
La réputation de Strabon, comme géographe, paraît avoir été lente à s'établir, peut-être on raison de cette simplicité même. Une telle œuvre dut peu plaire à un siècle qui goûtait la rhétorique d'un Pomponius Mêla et l'affectation d'un Pline l'ancien. 11 est remarquable que celui-ci, dans la partie de son Histoire naturelle qui est consacrée à la géographie, ne nomme pas Strabon. Cette injustice fut bien réparée dans la suite. Cet ouvrage^ qui offrait un tableau si complet du monde au début de l'empire, méritait de devenir classique, et il le devint en effet. Pour les Grecs des derniers siècles, Strabon fut « le géographe » par excellence, ô yewypiço;, comme Homère était pour eux « le poète » et Démosthène « l'orateur ».
A la géographie de Strabon, on peut rattacher les œuvres très secondaires de quelques géographes contemporains, sur lesquelles il n'y a pas lieu d'insister.
Le bithynien Ménippe, de Pergame, contemporain du poète Crinagoras et par conséquent d'Auguste *, avait composé un Périple de la Méditerranée (IlôpiTCXou; ttSç evTÔ; OaXxccTj;), qui ne nous est plus connu que par quelques citations et par le remaniement abrégé qu'en fît au V® siècle le géographe Marcien d'IIéraclée 2.
1. Anthol. Jacobs, II, 134. Gonst. Porph., De them, I, 2, Mévtincoc
2. Etienne de Byz., aux mots XaXxrjScav, T^o;, ^vXXcc, XccXfitoc. Sur