‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 545 sur 605 · MUSÉE · texte numérisé non relu

MUSÉE

ment à l'école Je Nonuos *. Nous avons sous son nom un poème en 340 hexamètres, justement renommé, qui tient à la fois de l'épopée alexandrine et du roman d'amour 2. C'est V Histoire dHéro el de Léandre (Toc xxO' 'HcG>y.ai AÊfltvXpov). Il y raconte comment le jeune Léandre d'Abydos, venu à Sestos pour une fête, y aima la belle Iléro, prêtresse d'Artémis; comment, aimé d'elle à son tour, il venait la trouver la nuit en franchissant à la nage l'Hellespont, lorsqu'elle allumait un signal de feu sur la tour qu'elle habitait; comment, une nuit, le signal ayant été éteint par le vent, Léandre. ballotté au hasard par les flots, se noya; et comment enfin Héro, voyant le cadavre rejeté sur le rivage, se donna la mort en se précipitant du haut de sa tour. L'aventure en elle-même est touchante, et le poète a su, malgré quelque affectation, la raconter avec une grâce émue. Il exprime, aussi simplement qu'on le pouvait alors, des sentiments naïfs et sincères, qu'il a le bon goût de ne pas délayer. Ses personnages ont un naturel délicat et nous attachent. C'est, de toutes les œuvres de la poésie grecque finissante, celle qui a le plus de charme. Elle n'a cessé d'être lue et goûtée jusqu'à notre temps, et elle le mérite ^

1. Schwabs, De Musaeo Nonni imitalore, Tubingue, 1876. Agathias (Ânthol., Y, 263) semble faire allusion à son poème; de même dans son Histoire, V, 11. Musée ne peut donc être postérieur au vi* siècle, puisque Agathias-est mort vers 580.

2. Éd. princ. Aide, Venise, 149i. Éd. de Passow, Leipzig, 1810, reproduite et améliorée par K. Lehrs dans VHésiode Didot, Paris, 1839. Éd. critique de Dilthey, Bonn, 1874. — Notes critiquas de A. Koechly, De Musxi grammalici codice Palatino, Heidelberg, 1865 ; de A. Ludwich, Jahrb. f, class. Phil., 1873, 1874, 1876, 1878; de Al. Rzach, Zeilsch. f, d. oesierr. Gymn., 1878.

3. G. Knaack, Hero und Leander (dans le recueil intitulé Festgahe filr Franz Susemihl), Leipzig, Teubner, 1898. Selon Knaack, Musée n'aurait fait qu'imiter Callimaque. En tout cas, c'est être original que d'imiter avec goût.

L'école de >îoiinos semble avoir prolongé son influence sur l'épopée jusqu'aux derniers temps de riiellénisme. On croit encore la sentir au vn« siècle chez le poète Georges de Pisidie, qui fut diacre de Sainte-Sophie sous Héraclius (610-641)*. Auteur d'une Héracliadey où il racontait la victoire d'Héracliussur Chosroès, Georges retra«;a, dans divers poèmes historiques, les grands ôvénenienls de son temps, expéditions contre les Perses, défense de Constautinople attaquée par les Avares ; il composa aussi des poésies religieuses et morales^ qui le classent bien plutôt parmi les littérateurs byzantins ^. Mais en un autre sens, il est le dernier des poètes de tradition grecque.

Deux autres genres de poésie, plus modestes, n'avaient cessé d'être en honneur dans la société grecque de l'empire : l'épigramme, d'une part, et la poésie amoureuse, dite Anacréontique, de l'autre. L'une et l'autre se condensent, pour ainsi dire, au temps où nous sommes arrivés, dans des recueils qui nous fournissent une occasion naturelle d'en reprendre l'histoire et delà conduire à sa fin.

Nous avons parlé plus haut des recueils d'épigrammes de Méléagre, de Philippe, de Straton, et de quelques autres. Au vi® siècle, une œuvre analogue fut tentée par Agathias de Myrrhina, qui fut avocat à Constautinople sous Justinien, se fit connaître par un ouvrage historique dont nous parlerons plus loin, et mourut entre 577 et 582. Poète d'épigrammes lui-même, il eut l'idée de composer un recueil d'épigrammes « nouvelles » (Kû-

i. Krambacher, Gesch, d, byzanU Liter., ( 184. 2. Bardeiihewer, Patrologie, { 86.

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