GÉOGRAPHIE : ETIENNE DE BYZANGE
ouvrages faussement attribués à Agathéinère sont en réalité anonymes et Je date inconnue *.
Seul entre ces géographes d'extrême décadence, Etienne de Byzance a mérité quelque renom-. Postérieur k Marcien, qu'il cite, mais antérieur à Hermolaos de Constantinople, qui lit sous Justinien un abrégé de sou dictionnaire, Etienne a dû vivre dans la seconde moitié du v« siècle. Grammairitîn de profession, il composa^ sous forme de lexique, un ample recueil de notices de géographie historicjue, en une soixantaine de livres environ, qu'il intitula, les Ethniques ( 'EOvtxx). Ce recueil; facile à consulter eu raison de sa disposition alphabétique, était destiné surtout à fournir immédiatement aux lecteurs des poètes ou des historiens les renseignemenls qu'ils pouvaient désirer: et, pour réaliser son intention, le savant grammairien donnait, à propos de chaque nom de peuple ou de chaque lieu célèbre, non seulement des indications géographiques, mais aussi des aperçus historiques et biographiques, tirés des meilleurs auteurs et accompagnés parfois d'intéressantes citations 3. Si l'œuvre en elle-même n'était guère originale,
1. Aiayv(i)(xt; êv èrtTojir, tt,; iv xr, «jçaîpa YECi)ypa9:a;, G. Mûller, même ToL, p. 488; médiocre essai, où sont rcsuinés, non sans erreur, les principes de la cartof^raphio de Ptoléméo; — 'VTrorjxaxri; yguîYpa- 9ta; èv iuiTojir,, G. Millier, même vol., p. 494, compilation très inégale.
2. Nous n'avons sur lui aucune notice Idographiquo. — L'édition la plus complète est celle de G. Dindorf, Stephanus Bijzantiwt cum annolationibus L. Holslenii, A. Berkelii et Th, de Pinedo cum Guit. Dindorfii prœfatione^ 4 vol. avec une planche, Leipzig, 1825. Édition de Westermann en un vol., Leipzig, Teubner, 183fi. Édition inachevée de Meineke, Berlin, 1850, 1*^ premier vol. seul paru.
3. Une note à la fin du nis. de Goislin (voy. la note suivante) définit ainsi le contenu de l'ouvrage : U.t^\ 7:6Xewv vr,(xa)v ts xa\ èôvûv Si^pioiv T£ xal pLSTwvojiao^'.a; xal twv êvTeOôev 7rapr,y{i.£vci)v £Ovcxâ)v te xal Torixâiv xa\ xTr,Ttxwv ôvofiaTcov. Etienne avait emprunté beaucoup à l'ouvrage de Démétrius Magnés ïfep\ ô(i(i>v'j(io>v 7riXeo>v et à celui d'IIérennius Philon Ilipl tiôXscov xal oO^ èxàarr, aOTcôv ivfii^ouç rjveyxev
Histoire de la Litt. grecque. — T. V. 65
elle dénotait du moins de la science, delà méthode, du goût et une curiosité intelligente des choses du passé. Sou plus grand tort était peut-être d'êlre trop savante pour son temps, (iela la condamnait à être ahrégée. et elle le fut au vi* siècle, conune nous venons de le dire. Cet abrégé d'Hermolaos nous en a conservé la substance, mais en la réduisant à de secs énoncés. De l'œuvre primitive, il ne reste qu'un petit nombre d'articles isolés, (jui suflisent à la faire regretter ^
Cvi atfaiblissement de l'esprit critique, qui mène alors l'histoire profane à la plus profonde décadence, n'est guère moins sensible dans la philosophie., malgré certaines apparences^ et y produit les mêmes elfets.
O n'est pas qu'on ne rencontre encore au v* siècle des intelligences capables de dialectique, d'analyse subtile et même de puissante synthèse, par exemple celle d'un Proclos. Mais à cette philosophie manque toujours davantage le sens de la réalité. Elle ne sait plus s'attacher ni à l'étude du monde, ni à celle de rame ; elle a
(voy. plus haut, p. 685); mais, eu outre, il avait puisé, ilirect»mont ou indirectement, dans les œuvres des principaux géographes et liistoriens (Ben. Niese, De Stephani Byzanlini aucionhus, Ki<jl, 187:^). Pour le plan, il s'était inspiré d'ouvrages antéri»»urs aujourd'hui disparus (par exemple, du Lex. géogr. de Clitarque d'Egine, Elijm. Mar/n., 221-31). En matière grammaticale (orthographe et accentuation, dérivation des noms, etc.), il se rattachait à Hérodien (|u'il cite fréquemment (A. Lentz, Herod. reliq., Leipzig, lî<6", t. I, p. 153).
1. I/art. *I6Yip(a, cité en entier par Const. Porphyrogénète dans son De administrando imperio, ch. xxiii, et la série d'articles qui vont du mot A'jjir, au mot Acattov, conservée dans le uis. de Coislin (cofi. Cohilianus sim Seguierianiis ; K. Miller, Jot/m. f/fs Sar., 1838'. I/articli* AwScivr, est particulièrement intéressant : il a été éJité par Gronovius, Lfyde, 1681 et Schirlitz, SchulzeiL, 1828.
LA philosophie; HYPATIE 1027
pour fondcmeot, non la recherche^ mais la tradition pure et la rêverie. Plus d'observation, donc plus de renouvellement intime. Klle vit sur des textes qu'elle interprète en les torturant, en les combinant de mille manières, en les développant à sa fantaisie. Tous les maîtres du temps sont des commentateurs; et ces commentateurs sont, de plus, des mystiques. Plongrs dans les pratiques d'une dévotion ardente, ils s'adonnent passionnément à la théurgie, convaincus de la toute puissance des formules et des pratiques secrètes, exaltés par l'ascétisme et la prière, étrangers aux choses de leur temps. Suspects au christianisme, qui règne alors en maître dans l'empire, et quelquefois même persécutés, ils voient leur influence décroître de jour en jour. Tonime ils ont cessé de s'appuyer sur la raison, ils ne représentent plus qu'une tradition altérée. Quelques écrits de Platon, en particulier le Tiniéc, quelques poèmes pseudo-orphiques, la collection des Oracles (Aoyia) déjà commentés par Porphyre, sont à présent pour eux des livres sacrés, de même que l'Ancien et le Nouveau Testament le sont pour les chrétiens. En fait, il n'y a plus de pensée vraiment indépendante dans le monde grec. Le V® siècle assiste au dernier rayonnement du néoplatonisme, qui décline après Proclos et disparaît peu à peu dans le cours du vi® siècle.
On a vu. au chapitre précédent, combien l'école syrienne de Jamblique, très brillante dans la première moitié du iv« siècle, très favorisée ensuite par Julien, était retombée dans l'obscurité après la mort de cet empereur. Au début du v« siècle, toutefois, voici qu'un foyer actif de néoplatonisme se révèle à Alexandrie. Dans quelle mesure les philosophes qui enseignaient là procédaient-ils de l'école syrienne., nous l'ignorons. A vrai dire, ils semblent assez indépendants les uns des autres.
étant à dos degrés divers ou pythagoriciens, ou platoniciens purs, ou aristotéliciens. Simples nuances, d'ailleurs, (|ui s'elFacent par l'éloignenient.
Le plus intéressant de ces maîtres est une femme, la célèbre Ilypatie K Son père, Théon, philosophe lui-même et géomètre, lui transmit sa science avec ses vertus. Devenue, conmie lui, mathématicienne et philosophe. oWe tint école h Alexandrie, dès la fin du iv« siècle probablement, et, dans les premières années du v«. Aussi belle que savante et digne de respect, elle exerrait une iniluence profonde sur ses nombreux disciples, comme l'attestent encore plusieurs lettres de Synésios, qui fut le plus illustre d'entre eux -. Elle commentait Platon et Aristote, tout en enseignant aussi rastronomie. Le préfet d'Kgypte Oreste lui témoignait, dit-on, la plus grande faveur. Ces succès même la perdirent. La populace fanatique d'Alexandrie, excitée par les moines, en vint à considérer la maison d*Hypatie comme le rendez-vous des ennemis de Dieu. On ne sait au juste quel fut en cela le rôle du patriarche Cyrille. Toujours est-il qu'un jour de l'année 415, une foule sauvage se rua sur cette maison, en arracha la malheureuse et nuble femme, et la déchira ignominieusement sans qu'aucune autorité intervint à temps pour la sauver. Les seuls écrits d'elle (jue mentionne Suidas se rapportaient aux mathématiques; il ne nous en est rien resté; mais il n'est pas douteux (|ue son iniluence philosophique et littéraire ne se fasse sentir chez Svnésios, dont nous parlerons plus loin.
Quehjues années après la mort d'Hypalie, nous voyons
i. Suidas, *r7taTÎa, deux notices, dont la seconde empruntée à la Vie d'Isidore, de Daniaskios. Socrate, Hist. ecclés., VII, 15,
2. Leltr«.'s 4, 10, 15, IC, 80, 124. 132. Synésios s'adresse toujours à elle avec un ton de vénération respectueuse et de dociUté, même un»3 fois devenu évô^iue. La lettre 16, où il parle de la mort de ses fils, est postérieure à son épiscopat (cf. ep. 105, S 249).