‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 576 sur 605 · Lettre · texte numérisé non relu

Lettre

3. Édition complète de Petau, Paris, 1633 et 1640, reproduita dans la Patrologie grecque de Migne, t. LXYI ; Syneni Cyrenaei ora* iiones et homiliarum fragmenta, éd. Krabinger» Landshut, 1850, 1 1 (seul paru d'une édition qui devait comprendre aussi les Lettra et les Hymnes),

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chose de piquant. Dans les discours soutenus, il a de la dignité^ de l'autorité, un ton grave, bien qu'il recherche trop la couleur poétique ; dans le genre familier, son élégance, un peu apprêtée, n'est ni sans grâce ni sans force.

Parmi les écrits de la première période de sa vie, il faut citer la harangue Sur la royauté, prononcée par Synésios devant Arcadiusen 399, lors de son ambassade àConstantinople: œuvre pleine d'une noble franchise. — h' Éloge de la calvitie (^JaXaxpiaçe-jawjÂtov) est une composition sophistique, d'ailleurs spirituelle, où Tauleur s'amuse à plaider contre VÉloge de la chevelure do Dion de Pruse. — Les Récits égyptiens ou De la Providence (Alyuimoi Xo-j'Oir, 7:«p' xpovoîa;) paraissent avoir été composés à Constantinople ; Synésios feint d'y raconter la lutte d'Osiris et de Typhon, mais un avantpropos (npoOttopia) nous apprend qu'il s'agit du préfet Aurélius et de ses relations avec son frère *. — Le traité Sur les songes (Ilepl evutçvi'ciïv), peu important par luimême, n'a guère d'autre valeur que de fournir un document de plus sur les superstitions néoplatoniciennes. — Au même temps enfin appartient l'écrit Sur le don de tastrolabe^ adressé à un certain Péonios de Constantinople.

La causerie intitulée Dion, qui fut écrite par Synésios peu après son mariage, vers 403, représente à elle seule la période de sa maturité antérieure à sa conversion. 11 y démontre avec agrément et justesse l'utilité d'une philosophie moyenne, qui puisse servir de transition entre la vie mondaine et la sagesse supérieure ; cette pliilosophie, l'auteur la trouve chez Dion, sur lequel il

1. Opinion divergonle, E. Gaiser, Des Synesius von Cyrene aegyptische Erzaehlungen, Woffenbùttel, 1886. Cf. O. Seeck, Sludien zu Synésios, Philol., t. LU, 1893.

nous donne en passant des renseigncmcnls iotéres- Hants; mais Dion n*est réellement que le prétexte de son développement, qui a pour sujet une question d'éducation et de discipline morale.

A la période de Tépiscopat de Synésios se rapportent deux Homélies incomplètes et deux Discours (KaTacricr6t<;). Le premier, vraiment remarquable, a trait àTirruption des barbares Macètes dans la Pentapole en iil. Le second, un peu antérieur par la date, est un éloge d'Anysios, préfet de la province de 405 à 407.

Mais au dessus de tous ces écrits, il faut placer la correspondance, qui contient 159 lettres, écrites entre 399 et 413 environ *. A la différence des lettres sophistiques dont nous avons eu à parler plus baut. celles-ci sont éminemment instructives, car elles sont pleines de faits, de jugements sur les personnes, de discussions sur les clioses du jour, de récits, de confidences. Pour les historiens, c'est le principal document sur la Pentapole dans cette période de l'empire. Il est regrettable seulement qu'elles nous soient parvenues sans classement clirono- . logique ; mais, assez souvent, les choses s'y classent d'elles-mêmes. Nous y voyons tantôt le voyageur, tantôt l'homme énergique préoccupé du salut de son pays, tantôt le méditatif studieux, tantôt l'évêque. Ses frères, ses condisciples, ses maîtres, ses amis figurent tour à tour dans cette sorte de galerie. Et dans ces lettres si instructives, il y îi de la grâce, de l'enjouement, de la malice, quelquefois de l'éloquence.

En même temps que prosateur, Synésios voulut être poète. 11 nous reste, comme échantillon de son talent

i. On la trouv<* dans les éditions complètes de Petau et de Migne, ai, en outre, dans les Epistolographi grsci de Hercher (Bibl. Didot), Paris, 1873 (p. 638-739). — Trad. française par F. Lapalz. Paris, 1871. — Étude philologique de W. Fritz, Die Briefe d, BUchofs Sytiesius von Kyrene, Leipzig, 1898 qui annonce une nouYelle édition.

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poétique^ dix hymnes^ qui appartiennent à diverses périodes de sa vie K Ces hymnes sont en dialecte dorien et en mètres anacréontiques ou logaédiques ; peut-être ont -ils été composés pour être chantés. Dans les uns^ l'auteur^ encore païen, s*épanche en effusions mystiques et en rêveries de métaphysique néoplatonicienne ; dans les autres, devenu chrétien, il change de dogmes, sans changer de ton. Au reste, chrétienne ou païenne, toute cette poésie est médiocre. Elle est prolixe, surchargée de formules et de redites, et, malgré certains traits de sentiment ou d'imagination, elle n*arrive jamais à créer l'expression dont elle a besoin. Les autres écrits de Synésios suffisaient à prouver qu'il y avait en lui certaines facultés poétiques ; mais le poète, au sens complet du mot, ne se montre pas plus dans ses hymnes qu'ailleurs.

Nous avons dit déjà quelles causes avaient préparé la décadence littéraire du christianisme grec, jusque dans son essor du iv' siècle. 11 s'agit maintenant d'en montrer les effets dans chacun des principaux genres que le iv« siècle avait vus fleurir.

L'historiographie ecclésiastique était née avec Kusèbe, dont nous avons apprécié l'initiative dans le précédent chapitre. Sans être ni un historien philosophe ni un grand critique, celui-ci, grâce à une idée juste et à une remarquable puissance de travail, avait ébauché, dans un genre ancien, une spécialité nouvelle, dont il avait

1. Éditions spéciales : J. F. Boissonade, Poet. grxc. sylloge, t. XV, Paris, 1825; Christ ot Paranikas, Anlhol. grseca carminum chrislianor,, p. 3-23, Leipzig, 1871 ; J. Flacli. Tûbingen, 1875. — Les hymnes I-IV appartiennent à la première partie de la vie de Synésios; les autres, à la seconde ou à la troisième.

au moins laissé entrevoir Tintérèt. Après lui, cette spécialité ne demandait qu'à être cultivée pour grandir. Par malheur, elle était venue au monde trop tard; le développement qu'elle attendait lui manqua.

Négligée, à ce qu'il semble, dans toute la seconde moitié du iv® siècle, l'histoire ecclésiastique ne reprend faveur qu'au v* siècle. Il se trouve alors tout un groupe d'écrivains qui procèdent d'Eusèbe, et qui entreprennent de continuer son œuvre. Tous traitent à peu près le même sujet; ils racontent l'histoire de l'Église sous Constantin et ses (Ils, sous Julien, Jovien, Valentiaien, sous Théodose et ses (ils, et ils la conduisent en général jusque vers le tiers du v« siècle. Ce qu'ils retracent, c'est donc l'établissement définitif du christianisme, si victoire, et aussi la lutte de l'arianisme et de l'orthodoxie. Sujet bien fait assurément pour les inspirer, puisqu'il leur donnait à mettre en scène de grands événements, des conflits d'idées et de passions, des spe^ tacles dramatiques, des hommes supérieurs, et qu'il leur fournissait encore le moyen de rassembler tous ces éléments d'intérêt dans une unité simple et naturelle. Mais c'est justement la beauté du sujet qui révèle leur insuffisance.

Entre leurs mains, l'œuvre ébauchée par Eusèbe ne fait pas de progrès. Narrateurs estimables, honnêtes, assez bien informés, écrivains médiocres, ils ne sont pas plus philosophes que lui. Les grandes choses leur échappent. Us ne voient ni les causes profondes ni les conséquences lointaines. Ce sont des prêtres, des avocats, quelquefois des moines, jamais des hommes d'État. Tout se réduit pour eux à une série de détails, à des questions de dogme ou de discipline, à des faits sans portée, à la prédominance de certains hommes ou de certains partis. Leur avantage sur les historiens profanes du même temps, c'est qu'ils sont moins rhéteurs et

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