CHAPITRE IV
LA POESIE lAMBIQUE
BIBLIOORAPHIB
Les fragments des poètes iaro biques sont compris dans les éditions générales des poètes lyriques mentionnées au chapitre précédent (Schneidewin, Bergk, Buchhoiz, etc.).
Editions particulières. — Archilochù,. rcliquiœ, par Liebel, Vienne, 1812 (2* éd. \8\S), avec notes et introduction en latin; — Simonidis Amorgini iambi qui supersunt, par Welcker, dans le Rheinisches Muséum, t. III (tirage à part, Bonn, 1835). — Hipponactis Ephesii et Ananii,,, fragmenta^ par Welcker, Gœttingen, 1817. — Hipponax a en outre été publié dans les Fragments des choliambographes grecs et latins de M. Rossignol, Paris, 1849, et dans la Choliambica poesis Grœcorum^ de I^achmann, Berlin,
SOMMAIRB
I. Origines de la poésie iambiquo; caractères généraux, au point de vue littéraire et musical; contribution dos diverses races; évolution du genre. — IL Les poètes iambiques : Archiloque, Simonide d'Amorgos, Ilipponax, Ananios.
L'élégie, par le mètre, se rattachait étroitement à l'épopée; car le vers élégiaque, comme le vers épique, est
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formé de six mesures à quatre temps« La poésie iambique, au contraire, a pour élément constitutif l'ïambe, c'est-à-dire une mesure à trois temps, et, pour former des vers avec ces iambes, elle les associe d'une manière beaucoup plus libre : elle les réunit par quatre, par six, par huit; de plus elle rapproche souvent les uns des autres des vers inégalement étendus.
Le rythme dactylique à quatre temps est noble et grave : le rythme à trois temps est vif; sous la forme trochaïque, il est plus léger; sous la forme iambique, il est plus énergique et plus posé, mais toujours rapide et familier. Aussi, tandis que chaque pied, dans les vers dactyliques, comptait à part et formait une mesure indépendante, l'usage s'était introduit de bonne heure, dans les vers du rythme iambique, de réunir deux pieds pour en faire un seul mètre, c'est-à-dire une seule mesure, et c'était par le nombre des dipodies, non des pieds simples, qu'on évaluait et qu'on dénommait la longueur du vers : on appelait dimètre, trimètre, tétramètre, un vers qui avait quatre, six, huit pieds.
Au point de vue musical, rythme iambique est synonyme de rythme à trois temps. Mais ce qu'on appelle, dans l'histoire littéraire, la poésie iambique n'est pas toute la poésie écrite et chantée sur des rythmes à trois temps : Terpandre, Alcman, Alcée, dont l'un a employé quelquefois et les autres souvent cette sorte de rythme, n'ont aucun titre à être comptés parmi les maîtres de la poésie dite iambique. Celle-ci, au sens étroit du mot, n'est que l'espèce de poésie où domine la forme ascendante du rythme à trois temps, c'est-à-dire l'iambe proprement dit, avec tout l'ensemble des caractères métriques, musicaux et littéraires établis et consacrés, sinon inventés, par le génie d'Archiloque. Tout ce qui se rattache à l'initiative d'Archiloque est, au point de vue littéraire, vraiment iambique; le reste ne Test pas. En quoi
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consistent donc ces caractères? Avant de répondre à cette question, il est nécessaire de dire quelque chose do l'étymologie du mot iambe et des origines de cette sorte de rythme.
L'hymne homérique à Déméter raconte que la déesse, cherchant sa fille, vint à Eleusis; là, elle se consumait dans la douleur, quand une servante du nom dlambé la fit rire par ses plaisanteries et soulagea un instant son chagrin, ce qui valut plus tard à la jeune fille l'honneur d'avoir une place dans la célébration des mystères *. On a généralement conclu de ce très curieux récit que Tiambe était sorti du culte de Déméter; hypothèse d'autant plus naturelle que le môme hymne* nous montre ce culte florissant dans Tilo de Paros, la patrie d'Archiloque, et qu'un des vers qui nous restent de ce poète est justement consacré à célébrer Déméter et Koré \ Comme d'ailleurs le rythme iambique, dans le culte de Déméter, servait à l'expression de la raillerie, on a rapproché le mot tai^So; du verbe lawreiv {lancer ou jeter) et considéré Tiambe, au point de vue étymologique, comme la moquerie « jetée » par la verve populaire à la tête de ceux qu'elle voulait tourner en ridicule. D'autres savants ne sont pas de cet avis *. Ils font remarquer que les mètres trochaïques (variété du Y^'w^ ia[t6ix6v) étaient en usage dans le culte do Dionysos, que la tripodie trochaïque notamment, dite vers ithy phallique^ rappelle certains rites naturalistes de ce culte, d'origine certainement orientale; ils veulent, en conséquence, rattacher à la langue phrygienne le mot la(x.6o;. La question étymologique, à vrai dire, est dou-