Fragm. 69 (le texte du second vers est douteux
192 CHAPITRE IV. — POÉSIE lAMBIQUE
pièges ennemis qai t'environnent, reste ferme : victorieuse, n'étale pas ton triomphe ; vaincue, ne t'enferme pas dans une humilité gémissante; que ta joie dans le bonheur, que ta colère dans le malheur soient modérées ; songe à la mouvante incertitude des choses humaines ^
Remets toutes choses aux dieux. Souvent ils tirent de l'infortune et redressent un homme qui gisait sur la terre noire ; souvent ils abattent et font tomber à la renverse celui qui se tenait debout: alors les misères fondent sur le malheureux ; la pauvreté le chasse çà et là, et son esprit s'égare '.
Une dernière citation pour Gnir, et qui pourra surprendre : le terrible Archiloque a quelque part vanté la pitié; lui qui a tant attaqué les vivants, il veut qu'on fasse grâce aux morts
Il n'est pas bien de lancer l'insulte à un homme qui n'est plus K
C'est un curieux trait de plus à ajouter à cette vivante et complexe Ggure.
Après Archiloque, on ne saurait s'arrêter longtemps sur les autres satiriques de profession. Son vrai successeur, je Tai dit, c'est Aristophane, qui a, lui aussi, le miel avec l'aiguillon. Simonide d*Amorgos, Hipponax d'Ëphèse, Ananios, ont rarement la grâce, et leur pointe manque de finesse.
Simonide ^, Gis de Erinès, ordinairement appelé Simo-
i. Fragm. 66.
4. Si(x(i>vi6T);, ou plutôt SriiicoviST);, suivant Ghœroboscos (dans VEtymohgicum magnum, p. 713, 18). Cf. Rœhl, Inscn grjec. antiquiss,, n« 1 (cité par Sittl). — Sur Simonide, cf. Welcker, Prolégomènes de son édition.
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nide d'Amorgos, était oé réellement à Samoa. Hais il fut choisi» dit-on, par les Samiens comme chef de l'émigration qui colonisa Tile d'AmorgoSy et il adopta pour patrie rtle ainsi colonisée \
Les cbronographes anciens plaçaient la fondation de celte colonie quatre cent quatre-vingt-dix ans après la guerre de Troie ', c est-à-dire, selon la manière ordinaire de compter, en 693 avant J.-C. Si cette date est exacte, et s'il est vrai que Simonide ait été le chef de Texpédition, il en résulte qu'il était contemporain d'Archi loque, et probablement même plus âgé que lui ; ce qui ne veut pas dire d'ailleurs, selon la remarque de Bergk, qu'il ait dû écrire des iambes avant lui : car il a pu l'imiter dans un âge relativement avancé. Mais toute cette chronologie est fort sujette à caution, et Suidas mérite peu de créance. Quelques-uns allaient jusqu'à voir dans Simonide un prédécesseur d'Archiloque^ C'était là une opinion évidemment inexacte, et d'ailleurs isolée : la nature même de la poésie de Simonide y contredit. D'autres témoignages tendraient à le faire placer dans la seconde moitié du vi^ siècle, ce qui est beaucoup plus vraisemblable *.
On lui attribuait des élégies et des iambes. Par malheur, la notice de Suidas, qui est notre principale source d*information sur ce sujet, est aussi, comme il arrive souvent, un modèle de confusion. On a cherché plus d'une fois à la corriger ; mais ces corrections, tout arbitraires, ne nous apprennent rien de positif '. De plus, la similitude des noms a fréquemment amené des con-