GENRES PRINCIPAUX — LEUR ÉVOLUTION
violent. Entre les divers genres du premier groupe, les relations sont variables : les uns sont d'origine primitive et distincte, les autres semblent dérivés des premiers. Peu importe : c'est sous ces noms principalement que le lyrisme se manifeste dans 1 uge classique, et c'est aussi sous ces différents aspects, à mesure que chacun d'eux entre dans Thistoire littéraire, que nous avons à l'étudier.
Dans révolution de tous ces genres, d'ailleurs, on retrouve des traits analogues. — D abord, un progrès technique considérable. Dans le lyrisme individuel, le progrès technique (nous l'avons vu) fut presque nul : cette poésie avait trouvé d'emblée sa forme définitive. Dans la poésie d'apparat, au contraire, d'AIcman à Pindare, la différence est immense : soit pour la structure des vers, soit pour celle de la strophe, soit pour celle de Iode entière, tout change et s'agrandit ; ce n'est qu'au bout d'un siècle do progrès ininterrompu que le lyrisme clioral arrive à la pleine possession de toute sa puissance. — L'inspiration aussi se modiGe, comme les circonstances de la vie sociale. Les genres d'origine purement religieuse tendent à devenir plus profanes, plus mondains. D'autres surgissent qui le sont dès leur naissance; non qu'ils excluent la mythologie et les histoires des dieux, mais ils n'en font plus l'objet essentiel et le principe de leur inspiration. — Par cette tendance comme par la précédente, les genres d'abord les plus distincts finissent par se rapprocher dans une sorte d'uniformité noble, brillante, savante, où le dithyrambe lui-même ressemble au péan et où le scolie devient un encomion : à la simple lecture, il n'était pas toujours facile pour les anciens les plus érudits de distinguer à quel genre précis tel ou tel poème appartenait.
De ces deux sortes de progrès, c'est le progrès technique qui est le plus facile à saisir avec netteté, et qui peut servir le plus commodément de point d'appui à quelques
divisions chronologiques simples et claires. Quand on embrasse d'un regard toute cette période du lyrisme choral qui s'étend depuis le moment où il devient littéraire jusqu'à Pindare, il est facile d'y reconnaître trois tg^ distincts : le premier est celui des fondateurs, marqué sur* tout par les noms de Thalétas, d*Alcmanet d'Arion; le second, où domine Stésichore, est celui des grands progrès techniques ; le troisième, avec Simonide et son école, est celui de la perfection : Pindare peut venir, l'instrument dont il jouera mieux que personne est prêta traduire ses pensées. A chacun de ces âges et à chacun de ces noms s'attache spécialement le souvenir d*un genre qui arrive alors à la vie artistique. Nous allons parcourir cette histoire, en décrivant cliaquo genre à mesure que la suite des faits nous en donnera Toccasion.
% 1. Thalétas; le péan et l'hyporghAmb.
Le plus ancien poète grec qui ait composé pour un chœur des œuvres lyriques durables est Thalétas, auteur de péans et peut-être aussi d'hyporchèmes. Un mot d'abord sur ces deux genres.
Nous avons vu * qu'il est déjà parlé du péan dans les poèmes homériques : il est deux fois mentionné dans Vlliade^^ et une fois dans Y Hymne à Apollon Pythien^. Dans ce dernier passage, ce sont les prêtres crétois qui le chantent, en se rendant au temple de Delphes ; et ils le chantent, selon l'indication expresse du poète, à la façon de leur pays * : il y a là une allusion très claire à Torigine Cretoise du péan. Le nom du rythme à cinq