Fragm
3. Fragm. 25. Aristophane dit de Phryiùchos, le poète tragique, quelque chose de semblable {Oiseaux^ v. 740-750).
ALGMAN 285
mesure dans ce qui nous reste d^Alcman lui-même ^ Elle renferme cependant une part de vérité. On peut dire que, dans l'ensemble, le trait dominant de la métrique d'Alcman, c'est en eiïet, sinon la disparition totale, au moins l'éclipsé très sensible de l'bexamètre et l'entrée en scène d'une foule d'autres formes rytlimiques empruntées soit à la poésie populaire, soit à la poésie personnelle d'Arcbiloquc, et introduites par Alcman dans le domaine de la poésie chorale d'apparat. L'un des mètres les plus fréquents chez lui est le télramèlre dactyliquc, qu'il emploie tantôt seul, c'est-à-dire en systèmes continus, tantôt associé à d'autres vers, c'est-à-dire en strophes. A côté de ce tétramètre, on voit souvent apparaître un trimètre qui, associé plus tard a dos vpitrites (- u - -), deviendra l'un des éléments essentiels des rythmes doriens de Pindare. L'épitrite lui-même se montre, avec d'autres formes trochaïques ctiambiques. D'ordinaire, ces formes trochaïques sont associées à des dactyles et donnent naissance à des mètres logaédiques du genre de ceux des Eoliens. Ainsi, variété extrême, association des dactyles et des trochées, formation graduelle des types plus compliqués et plus savants qui apparaîtront ensuite chez les maîtres du lyrisme parfait, voilà ce qu'on trouve chez Alcman. Ajoutons tout de suite (et cela touche au génie même du poète) que la plupart de ces mètres sont d'une légèreté et d'une grâce extrêmes. Dans ses mètres dactyliques, il n'y a presque pas de spondées : le dactyle court et vole. De même dans ses logaèdcs. Tout cela est vif, agile, aimable; après les solennels spondées de Terpandro, cela semble une fête de la jeunesse et de la grâce.
La manière dont les vers se groupent concourt au même
1. Fragm. 26, 27, etc. M. Flach conjecture (p. 312) que Tindication de Suidas se rapportait, dans le texte original où il Ta puisée, à Terpandre et non à Alcman. Nous n'en savons rien.
effet. D'ordinaire, la strophe d'Alcman est très simple : trois ou quatre vers, voilà sa mesure la plus commune; chacun de ses vers est court, et ils diffèrent peu les uns des autres K C'est un art analogue à celui des Éoliens, très primitif encore. Quelquefois cependant il a voulu faire davantage. Dans le parthénée que les papyrus égyptiens nous ont en partie rendu, les strophes ont quatorze vers. Mais chacun de ces vers pris à part est bref, et beaucoup se ressemblent : on dirait parfois une suite continue de vers identiques; c'est une forme de strophe intermédiaire entre le système ((JucTYi'^.a il ô[touov) et la grande strophe des lyriques doriens postérieurs. Quand Alcman veut arriver (dans un poème un peu long, par exemple) à un effet de variété suffisant, il n'a qu'une ressource, c'est de construire la première moitié des strophes sur un type et la seconde moitié sur un autre ^; il ne sait pas encore mettre la variété et la richesse dans l'intérieur de la strophe elle-même, ni dans un enlacement de strophes différentes, comme le fit Stésichore. Par là, son art reste voisin de la simplicité populaire; les chants du peuple ont cette brièveté de souffle et cette naïveté de structure.
Il y a pourtant un point par où il se sépare de Tart populaire et de celui des Éolions , et ce point est capital. Chez les Éoliens, il y a deux types de strophes qui appartiennent à tout le monde et où chacun peut verser sa poésie comme dans un moule commun. Chez Alcman, la poésie tend à façonner chaque fois un moule rythmique et musical nouveau. On sait que tel fut plus tard l'usage des grands lyriques : les Simonide et les Pindare n'ont pas de strophe invariable, de strophe passepartout y pour ainsi dire; chaque poème est une création
1. V. les fragm. 1 et 45, qui sont formés chacun d'une strophe entière.