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qiio nous n'en avons gardé aucun vestige. La chose ne serait pas impossible, mais rien ne nous induit à croire que ces chansons, dont il ne reste rien, aient jamais existé. II y a môme des raisons do se représenter les poésies amoureuses dlbycos sous une autre forme.
Un scholiaste ^ mentionne une ode qu*il avait adressée à un certain Gorgias, et où se trouvaient racontés les mythes de Ganymède enlevé par Zeus et de Tithoa enlevé par TAurore. Il est dirCcile, ou pour mieux dire impossible, de découvrir aujourd'hui la signification précise et particulière de ces mythes, mais le sens général n'en est pas douteux. L'un et l'autre sont des récils d'amour, et Tode tout entière était un éloge amoureux de Gorgias. Ibycos, par conséquent, mêlait des récits mythiques à des chanls d'amour. Il ne faisait pas de courtes chansons à la façon de Sappho et d'Anacréon : il composait d'amples poésies chorales où l'expression des sentiments personnels laissait place à des mythes appropriés, et qui devaient ressembler beaucoup à certaines odes de Pindare. Ces hymnes amoureux étaient déjà des encomia^ des compositions élogicuscs du genre de celles qui devaient bientôt après, avec Simonide et avec Pindare, obtenir une si haute fortune. Ibycos n'était un imitateur servile ni de Stésîchore ni des Lesbiens ; sous l'inspiration des circonstances, il avait rapproché les deux manières ; il les avait fondues dans un art nouveau, avant tout brillant el mondain, parfois magnifique, où le mythe venait orner et agrandir l'expression des sentirpents môme passionnés. La cour de Polycrate était un thé&tro & souhait pour ce genre de poésie. L'innovation eut tant de succès que, dès la génération suivante, tous les potentats du monde grec voulurent avoir des fêtes semblables et que le genre de Vencomion se trouva créé. Co
1. Scliol. d'Apollonius de Rhoies, III, 158; fragm. 30 d'Ibycos.
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qu'était ce genre, nous n'avons pas à le dire en détail pour le moment; cette élude viendra plus à propos quand nous rencontrerons des documents tout à fait incontestables et solides; mais on ne peut guère douter que l'origine n on doive être cherchée dans l'œuvre d'Ibycos.
Ajoutons que, si les poésies amoureuses d'Ibycos étaient des poésies chorales et d'apparat, on est amené à se de« mander dans quelle mesure elles exprimaient des sentiments vraiment personnels à leur auteur. L'éclat d'une représentation publique ne comporte guère, semble-t-il, des confidences intimes, et d'ailleurs c'est surtout Polycrate qui devait en avoir le bénéfice. Il est probable que, dans la poésie amoureuse d'Ibycos, il y avait une largo part de galanterie générale et simplement poétique, et qu'il était quelquefois l'interprète d'autrui. Cela n'exclut d'ailleurs ni la vivacité du langage ni une sorte d'ardeur où le sentiment esthétique du beau tenait la première place.
Parmi les fragments de ses poèmes, deux seulement sont assez longs (quoique bien courts encore) pour laisser entrevoir quelque chose de sa manière. On y trouve à la fois de la grâce et de la passion, et une passion qui s'exprime avec une extrême ardeur, par de très vives images, mais sans aucun de ces traits particuliers et pénétrants qu'on trouve chez un Alcéo: c'est l'amour en général qu'il semble peindre par son propre exemple plutôt qu'un amour présent et déterminé. Il y a même, dans l'expression au moins de ses sentiments, une part d*imitation littéraire, car il se souvient de Sappho : dans quelle mesure son amour est-il réel ou simplement poétique, nous ne le savons pas.
Au printemps, les ponfmiers Kydoniens, arrosés par Veau des rivières dans lo frais jardin des Nymphes, se parent de verdure, et, à Tombre des pampres, la jeune grappe grandis-
snnte fleurit sur la vigne. Pour moivén toute saison*, Ëros mTe poursuit ; comnie une tempête de Thrace enflammée d'éclairs, il s'élance du sein de Kypris, chargé de brûlantes furears, et violent, implacable, il tient depuis Tenfance mon cœur asservie Ëros, de son œil noir, lance de nouveau un regard humide, et p.ir mille tromperies cherche à me jeter dans ' les filets inextricables de Kypris : mais je tremble à son approche; comme un coursier, jadis vainqueur aux luttes des charë, touchant enfin à la vieillesse, n'entre plus qu'à regret dansla carrière où rivalisent les rapides attelages K . .
* 11 serait téméraire de prétendre caractériser avec précision, sur un si petit nombre de documents, le style et la versification dlbycos. Quelques traits cependant apparaissent. .Les mètres sont visiblement . imités de Stési* chore : c*est le dactylo qui domine, associé parfois aux trochées et aux épitrites. Il en est de même du dialecte, qui est un dorien mitigé, semi-épique, avec un léger mélange peut-être d'éolismcs^ dus soit à l'imitation des Lesbiens, soit à L'origine on partie éolienne de Rhégium.' Le style est riche en épithètes; il a quelque chose de la noblesse de Stésichore, avec plus do vivacité lesbienne.
Entre tous les poètes lyriques de. la Grèce, Ibycos est un de ceux que le temps a le plus maltraités. Cela tient peut-être à l'inspiration un peu étroite do sa poésie, enfermée presque tout entière dans l'encomion amoureux, et, qui, après avoir eu là gloire d'inaugurer le genre, a eu le malheur d*y être surpassée par des génies plus variés et plus puissants, mieux servis aussi par les circonstances.
1. Fragm. i. Le texte des deux derniers vers est mal établi; je traduis le texte de Bergk. — Cf. Sappho. fragm. *42.