‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 255 sur 467 · Fragm. 111. Cf., plus haut, ch. 1II> p. 16i · texte numérisé non relu

Fragm. 111. Cf., plus haut, ch. 1II> p. 16i

de caractère que de talent : ce désaccord est trop commun pour qu'il y ait lieu peut-être de chercher une autre explication.

Les anciens sont quelquefois allés plus loin : ils ont parlé non de sa légèreté sceptique, de la mobilité de son esprit et de ses sentiments, mais de sa vénalité. C'est là un trop gros mot, et qui no répond pas exactement à la réalité des choses. Mais ce qui a donné naissance à ce reproche, c'est un changement qui s'introduit en effet au temps de Simonide dans la condition des poètes lyriques. A en croire certains textes, les poètes lyriques antérieurs à Simonide chantaient pour le plaisir et l'honneur de chanter, par piété envers les dieux, par amitié pour les personnages qu'ils célébraient : c'est Simonide qui aurait inventé de faire payer ses éloges et do les offrir contre espèces sonnantes à qui les lui demandait ^ Il aurait ainsi été une sorte de sophiste en son temps, c'està-dire un homme qui faisait de son art un métier lucratif et qui disait non ce qu'il croyait vrai, mais ce qu'il était obligé de dire ^ On racontait qu'Anaxilas de Rhégium lui offrant un jour un salaire médiocre, Simonide n'avait pas voulu chanter ses mules, victorieuses à la course, sous prétexte qu'elles avaient pour pères d'humbles ânes, mais que, le salaire proposé ayant grossi, le poète avait composé un hymne où il les appelait « (illes des cavales rapides ^ » Il y a dans tout cela du vrai et du faux. Nous ne savons pas exactement comment vivaient les poètes lyriques antérieurs à Simonide, mais on voit que beaucoup d'autres avant lui ont chanté pour des princes dont ils embellissaient les fôtcs; il n'est pas possible que ce

\. Cf. Schol. Pind., hthm. II. 5; Schol. Aristoph., Paix, 698; Ghaméléon, dans Athénée, XTV, 656, D; Plutarquo, Œuvres Morales^ p. 780, B.

± ()•>/ lx<ov, âXX* àvaYxa;/i|X£voç (Plalon, Prolag,, p. 346, B).

3. Fragm. 7 (dans \rislole, Rhél., III, 2; p. 1405, B, 23, Bekker).

fut à titre entièroment gratuit, car tous ces poètes n'étaient pas de noblo]et riche famille. Selon toute apparence, on les payait en présents qui gardaient un air de munificence amicale et toute volontaire. C'était là une situalion transitoire et qui devait changer nécessairement. Le poète lyrique avait le même droit que le sculpteur ou le peintre de tirer profit de son art. Le changement se fit au temps de Simonide, par suite assurément de tout un ensemble de circonstances où la personne de Simonide avait peu de part. Pindare lui-même, qui vante Tancieu usage et blâme le nouveau, suivait en réalité celui-ci . C'est la preuve de l'importance que l'art lyrique avait prise dans la vie grecque, puisque Topinion publique lui reconnaissait une valeur vénale et qu'un homme qui n'avait à vendre que de beaux vers pouvait devenir riche comme on dit que le fut Simonide *. En ce qui est de la moralité de celui-ci, on ne saurait sans injustice lui imputer à crime une habitude que Ton ne songe pas à blâmer chez Pindare. Ce qu'on ne peut nier pourtant, c'est que celte habitude alors nouvelle de faire trafic de son art ne dût confirmer un bel-esprit mondain dans le dcmisceptisme élégant où sa propre nature l'inclinait déjà.

L'artiste, chez Simonide, ressemble à l'homme. De môme que son caractère se plie à la diversité des circonstances, son talent sait prendre tous les tons. Le plus souvent, il est d'une élégance simple (tennis, disait Quintilien, qui recherche do préférence la puissance oratoire et Téclat), mais agréable et pleine de justesse; il est spirituel, gracieux, persuasif; il arrive môme parfois à la force; mais surtout il est touchant; il excelle à émouvoir

1. Bergk va jusqu'à dire que Tusage de stipuler librement le prix de ses vers augmentait rindépcudaiice du poète lyrique. Ce serait peut-être plus vrai s'il s'agissait d'un autre genre littéraire que des cncomia.

la pitié; il est admirable par un certain pathétique doux où personne, selon le jugement des anciens, ne l'avait égalé ^

Quoique ionien de naissance, Simonido écrit en dorien (du moins dans ses poèmes lyriques, les seuls dont nous nous occupions pour le moment). Rien ne montre mieux combien le lyrisme choral d'apparat est alors solidement constitué : il a sa tradition inviolable. Ce dorien n'était parlé nulle part; c*était une langue littéraire dont la langue homérique formait le fond avec une teinte do dorisme; mais c'était la langue de Stésichore et d'Ibycos. Simonide la recueillit à son tour et la transmit à ses successeurs. Peut-être son séjour en Thessalie l'amena-t-il à faire place parfois à certains éolismes locaux ^. Ce qui domine pourtant, et de beaucoup, ce sont les formes semi-dorienncs dont se sert aussi la tragédie attique dans les chœurs ^

Le vocabulaire de Simonide est relativement simple. Il sait manier avec élégance les belles épithètes composées qui abondent dans le lyrisme grec, et l'on en pourrait ciler d'agréables exemples*; mais très souvent aussi il ménage les épithètes : il met sous nos yeux de vives images en peu de mots. 11 avait le don de faire voir les choses \ Nous avons cité sa comparaison du t(;mps avec un point. Ailleurs ^ parlant des vicissitudes humaines, il disait : « La mouche, en son vol, a des détours moins

1. Quintilien, hislit. Or.» X, 1, 64. Cf. Denys d'Ilalicarnasse, Juge- 7nent des Anciens, c. 6, et Arrangement des mois, c. 23.

2. Cf. fragm. îi9 : ToOto yàp {làXio-Ta çf,p ïrcxt^t iz'j'ip.

3. Sur lo dialecte de Simonide, voir, outre l'élude générale d'Ahrens (Veber die Mischung der DiaL etc. ; Congrès des Philologues allemands à Gœttingen, 1853), un travail de Schaumborg, Qiiapstiones de dialerto Sitnonidis Cet, Hachylidis, Ibyci, (^jUîb, 18"Î8 (programme).

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