RELATIONS AVEC LES PERSONNES
manqua pas. Un moraliste accommodant, un homme du monde élégant et souple, comme Simonide, un habile ar* rangeur do phrases et de mélodies, comme Bacchylide, étaient-ils, plus que lui peut-être, disposés à dépasser parfois la mesure de la louange obligée ? S*il fallait en croire les scholiastes^Pindare les aurait lui-môme accusés de flatterie à plusieurs reprises^ sans les nommer. Il est permis de révoquer en doute la réalité du fait, au moins en ce qui concerne Simonide : celui qui réconciliait les deux tyrans de Syracuse et d'Agrigente prêts à en venir aux mains n'était pas un flatteur sans dignité. Mais ce qu'on peut admettre, c*est que Pindare, avec son goût inné pour la règle, pour Tordre, pour la morale impérative, tournait plus volontiers ses éloges mêmes au conseil et à l'exhortation.
Il y a chez Pindare, comme chez tous les artistes de premier ordre, une harmonie admirable entre les différentes parties de son génie. Le talent de l'expression répond tout à fait chez lui à la physionomie morale. Il a le style de ses idées; nul doute qu'il n'en eût aussi les rythmes et la musique.
§ 1. Le talent du l'écrivain.
Le style de Pindare était quelque peu différent selon qu'on Tétudiait dans un genre lyrique ou dans un autre. Dcnys d'Halicarnasse signale la douceur particulière de ses parthénées ^ Quand Horace loue l'habileté de Pindare à créer des mots nouveaux, c'est surtout à ses di-
i. Denys d'Halicamasse, Eloquence de DémosUi., e. 39.
thyrambes qu'il songe, et il en loue expressément la hardiesse ^ On a depuis, non sans succès, cherché dans le style des odes triomphales elles-mêmes des diversités et des nuances correspondant h la diversité des rythmes -. Toutes ces distinctions sont justes, mais on peut dire qu'elles sont secondaires. Quelle que fût, en fait de style, la différence qui séparât un scolie d*un hymne ou même une ode triomphale d'une autre ode triomphale, il est clair que tous les poèmes de Pindare avaient un air de famille très prononcé; les fragments en fournissent la preuve certaine. C'est cet air de famille qu'il s'agit surtout de déflnir et de mettre en lumière; libre ensuite aux curieux de poursuivre jusque dans le détail les diversités plus délicates ^
Ce qui est proprement la marque de Pindare, c'est que, plus que personne, il voit les choses de haut et d'ensemble, d'un regard profond, mais synthétique et sommaire, et qu'il en jouit avec l'imagination vive d'un grand artiste sans jamais perdre cependant l'équilibre de sa majestueuse raison. — Il n'analyse pas; il ne s'attarde pas aux nuances et aux détails pour les distinguer et les classer. En ce sens, il n*est pas attique. Dans la peinture d'un objet ou d'une idée, il va droit à l'impression dominante, et il la rend comme il l'a reçue, avec une vigueur concentrée et brève. Un trait, un mot lui suffisent. Mais ce mot est pénétrant; ce trait brille comme la