‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 313 sur 467 · ORACLES ET MYSTÈRES · texte numérisé non relu

ORACLES ET MYSTÈRES

noté chez Pindare dos vers où il est question de la vie future en des termes que ni Homère ni Hésiode n'eussent bien compris *. Ces idées viennent des mystères. En outre, chez beaucoup de lyriques et même dans l'épopée, il est parfois question des oracles. Oracles et mystères sont des branches accessoires de la religion grecque, d'origine plus ou moins ancienne, d'importance littéraire évidemment médiocre, mais dont le rôle poétique et moral fut grand, et qui d'ailleurs, vers la fin du vi« siècle, arrivent à produire des œuvres d'un caractère spécial, dignes par conséquent d'obtenir quelques instants d'attention.

Nous examinerons d'abord les oracles ; ensuite la poésie née directement des mystères; enfin quelques productions d'un caractère épique, mais sensiblement inspirées quant au fond par les idées religieuses de cette époque.

Le désir de connaître l'avenir a, dans tous les temps et dans tous les pays, suscité des pratiques destinées à le satisfaire. Les Grecs n'ont pas échappé à celte tentation si naturelle : on sait la place qu'a tenue, dans leur vie publique et privée, la divination sous toutes ses formes* Mais, parmi ces formes, beaucoup n'intéressent en rien la littérature : les indications fournies soit par le vol des oiseaux, soit par les entrailles des victimes, soit par les signes célestes, soit même parles songes ou par l'évocation des morts, n'ont jamais fait naître d'œuvres littéraires. Une seule espèce de divination a eu celte fortune : c'est celle qui consiste dans une communication directe entre la pensée des dieux et la conscience d'un inspiré, et qui

1. Bergk a cru retrouver jusque chez Terpandre la trace d'une iriûuence analogue. Cf. Griech, LU,, t. II, p. 82, n. 26.

aboutit à un oracle. Un oracle (xp^^P-^O ^^^ ^^^ parole distinctement articulée, qu'on peut recueillir par écrit : la divinité, qui la suggère à son prophète, exprime sa pensée en langage humain, quelquefois en prose, plus souvent en vers. On voit par là qu un oracle appartient essentiellement à la littérature : il peut être plus ou moins long, plus ou moins éloquent, plus ou moins original, mais il relève toujours en quelque mesure de Tart d'écrire.

Les oracles sont de deux sortes : les uns proviennent d un sanctuaire où la parole du dieu est recueillie et transmise par un sacerdoce constitué ; les autres sont dus à l'inspiration individuelle d'un « diseur d'oracles » ou chresmologue. Sous ces deux formes, les oracles sont en Grèce d'origine fort ancienne. Le sanctuaire de Dodone est antérieur à Tâge de l'épopée. Les devins légendaires des poèmes homériques, les Calchas, les Hélénos, les Tirésias, les Théoclymène, ont des inspirations qui ressemblent beaucoup à celles des chresmologues. Mais de toute cette antique production oraculaire, il ne restait, aux siècles historiques, qu'une tradition vague etconfuse. Pour que des souvenirs précis fussent conservés, il fallait d'abord que ces oracles fussent écrits, ensuite qu'on les recueillît dans les archives des temples, enfin que quelqu'un eût ridée de les en tirer et de les publier. Mais pour quede telles entreprises fussent possibles, il fallait qu'un sentiment de curiosité historique s'attachât à ces oracles : on comprend que cela n'ait pu se produire, sauf exception, qu'assez peu de temps avant Tàge des premiers logographes. Il est d'ailleurs évident que le développement de la poésie grecque profane dut faire sentir son influence sur la littérature oraculaire, et que les prêtres de Delphes, par exemple, firent parler le dieu plus éloquemment après Terpandre et après Solon que dans la période antérieure. Pour ces diverses raisons, la grande époque des oracles commence au vi® siècle.

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