Ibid., c
Hitt. de U Litt. grecque. — T. II. 28
leurs œuvres un ornement. Ils avaient en partie raison. Il ne faut pas demander à des oracles la passion et Téclat de répopée. Il ne faut pas non plus s'étonner d'y relever des obscurités, des bizarreries qui sont évidemment intentionnelles. Dans Texpression du moins de certaines idées morales ou religieuses, le style de la Pythie fait parfois assez bonne figure à côté de celui des élégiaques du même temps. Elle no semble pas, il est vrai, fort originale; elle emprunte un peu de toutes mains; mais ses emprunts sont adroits; l'expression, quand il le faut, a de la netteté, de l'élégance, même de la grandeur. L'Histoire d'Hérodote, comme on sait, nous a conservé un certain nombre d'oracles de Delphes ^ Il suffira d'en citer deux comme exemples.
Le premier est celui qui fut rendu parla Pythie en réponse à la question insidieuse que Crésus lui adressait pour l'éprouver '. Crésus avait fait demander à quoi il s'occupait au moment même où ses envoyés étaient en train d'interroger l'oracle. Or il avait imaginé de faire cuire, dans un bassin de cuivre à couvercle, des morceaux de tortue et d'agneau mis ensemble. La réponse de l'oracle commence par deux beaux vers sur l'omniscience d'Apollon ; elle tombe ensuite dans la trivialité entortillée que réclamait la nature de la question posée. C'est l'image en raccourci des grandeurs et des misères de la Pythie. Voici les vers :
Je sais le nombre des grains de sable et la mesure de la mer. Je comprends celui qui est muet et j'entends la pensée que nulle voix n'exprime. — Voici qu'une odeur m'arrive : une tortue à l'épaisse cuirasse cuit dans Tairain avec des chairs d'agneau; au-dessous l'airain s'étend, et au-dessus Tairain la recouvre.
L'autre oracle est, d'un bout à l'autre, plus digne d'A-
i. Hérodote, I, 47 ; 55 ; 66; 85 ; 174; etc. 2. Hérodote, I, 47.
pollon K Un certain Glaucos avait demandé au dieu s'il pouvait retenir un dépôt en jurant qu'il ne l'avait pas reçu. Le dieu lui répondit :
Glaucos, fils d*Épikydés, triompher par un serinent et garder le dépôt vaut mieux pour aujourd'hui. Jure donc, puisque aussi bien la mort attend celui même qui ne se parjure pas. Mais le Serment a un fils, sans nom, sans maius, sans pieds; et celui-ci vole rapide jusqu'à ce que, saisissant la race et la maison du parjure, il l'anéantisse. Quant à Thomme à la parole loyale, sa postérité fieurit après lui.
Glaucos, ajoute Hérodote, rendit le dépôt; mais le dieu punit la simple pensée du crime comme si elle eût été suivie d'effet. Ce jour-là, le dieu avait pensé et parlé comme Solon et comme Tiiéognis.
§ 2. Les sibylles et les chresmolooues.
Les sanctuaires n'avaient pas seuls le privilège de transmettre aux hommes les oracles des dieux. On reconnaissait la même puissance à deux sortes de personnes inspirées, les sibylles et les chresmologues.
Le nom de Sibylle (dont l'étymologie est douteuse) parait avoir signifié simplement une prophétesse ^. On a quelquefois appelé la Pythie elle-même une «sibylle'». Mais, d'ordinaire, ce mot désigne des prophétcsses légendaires qui n'étaient censées relever d'aucun temple. La plus ancienne que reconnût la tradition ^ s'appelait Héro-