‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 333 sur 467 · LITTÉRATURE MYSTIQUE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE MYSTIQUE

Le VI® siècle vit fleurir dans ces deux genres une foule de productions. On les attribuait en général à quelqu'un des grands poètes légendaires dont les différentes sectes mystiques se réclamaient, Orphée pour l'Orphisme, Musée pour la littérature élcusinienne, Linos pour le Pythagorisme orphique. Mais les esprits éclairés n'avaient pas d'illusion à cet égard : Hérodote déjà déclarait nettement que tous ces poètes étaient postérieurs à Homère et à Hésiode ^ De cette vaste littérature apocryphe, un certain nombre de débris sont arrivés jusqu'à nous, perdus et comme noyés dans une masse d'écrits plus récents encore, si bien qu'il est aujourd'hui fort difficile de s'y reconnaître. Â côté d'ailleurs de ces grands poètes légendaires, d'autres noms nous ont été transmis comme étant ceux d'arrangeurs, d'éditeurs des vieilles poésies : parmi les arrangeurs, plus d'un certainement avait inventé ce qu'on croyait plus tard qu'il avait seulement recueilli. D'autres œuvres enfin sont franchement anonymes, les unes do date tout à fait récente, mais quelques-unes peut-être assez anciennes. Nous n'avons pas à débrouiller tout ce chaos, car nous serions amenés à nous éloigner beaucoup de la période historique où nous sommes parvenus, et cela sans grand profit pour la littérature, qui n'a que peu avoir dans la plupart de ces apocryphes. Il suffira de donner quelques brèves indications sur les principaux noms et les prin*

1. Hérodote, II, 53. Comparer Topinioa d'Aristote rapportée par Gicéron, De Nai, Deorum, I, 38 : « Orpheum poetam docet Aristotelea nunquam fuisse, et hoc Orphicum carmen Pythagorei fernnt cujus-* dam fuisse Gercopis.» Aristote n'allait pourtant pas jusqu'à nier que les poèmes orphiques ne rendissent la pensée d'Orphée : c'était seu-» lement la forme qu'il regardait comme apocryphe. Cf. le commentaire de Philoponos sur Aristote, Ilep^ ^'^X^^) ^* ^ (reproduit dans le t. V de l'Aristote-Bekker, p. 1475, A, fragm. 9). Cf. Mélaphys,, p. 1091, B, 4, où Aristote semble aToir en vue la Théogonie orphique, à la« quelle par conséquent il attribue quelque valeur.

Hisk. de la Litk. gracqua. — T. II. 29

450 GHAPITllE VIII. — ORACLES ET MYSTÈRES

cipales œuvres qu'on peut, avec plus ou moins de certitude, rapporter à Tâge des grands élégiaques et des grands lyriques.

Les poèmes attribués à Musée étaient fort nombreux. Hérodote cite ses Oracles ^ ; Aristopbane, à la fois ses Oracles et ses Remèdes * ; Platon, ses Initiations ', qui étaient peut-être la même chose que les Purifications *. D'autres écrivains parlent de sa Théogonie *, de ses Hymnes^ et en particulier d'un Hymne à Démêler •. Il ne nous est parvenu de tout cela qu'une douzaine de vers. Mais la mention qui est faite de plusieurs de ces poèmes par des écrivains du v® siècle, le respect même que Platon semble éprouver pour toute cette poésie \ permet de croire qu'elle datait au moins du siècle précédent et qu'elle n'a pas été sans inQuence sur la pensée grecque : à ce titre, elle mérite un souvenir.

Sous le nom de Linos, il ne nous reste aussi que quelques vers, sans doute tirés d'une Théogonie ^. La seule chose à en dire, c'est que l'inQuence d'Heraclite et d'Empédocle y est visible, ce qui marque la date extrême au delà de laquelle on ne peut les faire remonter.

Les poèmes orphiques sont arrivés jusqu'à nous beau-

Page 1