‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 398 sur 467 · Cf. Zeller, t. II, p. 423, trad. franc · texte numérisé non relu

Cf. Zeller, t. II, p. 423, trad. franc

4. Voir dans Plutarque, Périclès, c. 6, l'anecdote du bélier qui u'a-

été Tun des promoteurs les plus puissants de cet état' d*esprit tout nouveau, étranger aux superstitions populaires, indifférent aux miracles et aux présages, qu'on est tout surpris de rencontrer chez Thucydide, par exemple, dans le temps même où un Hérodote est encore si crédule.

Nous possédons dix-sept fragments d'Anaxagore, tous intéressants, et l'un d'eux même (sur l'Esprit) long d'environ une page. Cela nous permet de connattre à peu près sa manière d'écrire. Diogène Laërco dit d'un de ces morceaux qu'il s'y trouve de l'agrément et de la grandeur ^ L'agrément vient surtout du dialecte ionien, dont se sert Ânaxagore, et qui a par lui-même de. la douceur. Le caractère de grandeur est plus marqué et tient à l'allure sentencieuse, impersonnelle, oraculaire du style. Ânaxagore discute peu ; il prononce des aphorismes ; ou, si parfois il argumente, c'est de la manière la plus brève, en quelques mots. Il n'a aucune passion, aucune émotion, aucun sourire : rien de l'éloquence d'Heraclite ni de la grâce de Xénophane. Sa personne est aussi complètement absente de son livre qu'elle pourrait l'être d'un ouvrage de géométrie. Peu d'imagination môme, si l'on regarde au détail de l'expression : tout est sobre et précis ^ Ses contemporains l'appelèrent par raillerie T/n/e/Zegence^. L'épîgramme est juste : elle indique le caractère élevé, clair et froid de son style. Comme les choses dont

Tait qu'une corne : le devin Lampon considérait ce fait comme un présage funeste ; Anaxagore montra, en ouvrant le crâne du bélier, que ce prétendu prodige était la suite naturelle d'une mauvaise conformation de la tôte.

i. Diogène Laërce, II, 6 (i^Sétoc xocl (jiEYaXoçp&vcac).

2. Précis pour le temps, bien entendu ; car une foule de choses qui semblaient claires alors aux meilleurs esprits ne satisfont plus la pensée moderne.

3. 'O NoO;. Cf. Pltttarquo, Périclès, c. 4; Timon, dans Diogène Laërce, II, 6. — Gela rappelle le mot de Gassendi à Descartes : « 0 esprit I »

il parie sont grandes, il y a une sorte de majesté dans la simplicité tranquille avec laquelle il les aborde. Voici quel était le début de son livre — on y voit à merveille et l'espèce de grandeur propre à Anaxagore, et sa sobriété, et sa clarté, et aussi la gaucherie encore naïve d*un style qui a parfois quelque peine à trouver le tour le plus net — :

Toutes choses étaient ensemble, infinies en nombre et en petitesse, car la petitesse était sans limites. Et comme toutes étaient confondues, aucune n'apparaissait, à cause de cette petitesse. Car Tair et l'éther embrassaient tout, étant l'un et l'autre sans limites ; tous deux en effet dominent dans les corps par le nombre et par la grandeur i.

Après Anaxagore une tentative fut faite pour revenir aux vieilles doctrines ioniennes. Diogénc d'ApoUonie en est l'auteur*. On ne peut guère douter qu'il n'ait suivi Anaxagore. Siraplicius le dit expressément\ et sa manière d'écrire témoigne dans le même sens. Par le fond de sa doctrine, il se rattache à Anaximène. Comme lix\, c'est de l'air qu'il veut faire sortir toutes choses. Mais, instruit par les discussions de Parménide et de ses successeurs, il sent le besoin d'expliquer comment l'air donne naissance à d'autres corps : la transformation s'opère, suivant lui, par raréfaction et condensation. Rien ne se crée, par conséquent, ni ne se perd ; il y a changement d'état, non de substance. Do plus, venant après Anaxagore, il insiste beaucoup plus que ne le faisaient les vieux Ioniens sur le rôle et la nature de l'esprit ; il croit, comme Anaxagore, qu*il a fallu de l'intelligence pour

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