Plut, De Mus., c
3. Fragm. i (Bergk); ap. Clem. Slrom, VT, 78t. On voit que c'était un chant de libation. Le fr. 3. également tiré d'un chant de libation, est aussi tout en longues. Clément d'Alexandrie, qui nous a conservé le premier, dit que la musique en était dans le mode dorien.
trochées allongés (formés de trois doubles longues) n'eussent pu trouver place K — En quelle mesure, ici encore, Tcrpandre était-il vraiment novateur? Toutes ces formes de rythmes et de mètres devaient être le legs d'une époque fort antérieure. Il est difficile de croire que la gravité des libations n'ait pas produit dès Torigine la lenteur du rythme et la forme spondaïque du mèlre. L'instinct populaire a dû trouver longtemps avant Terpandre le rythme sautillant du trochée simple et la vigueur mâle du trochée allongé. Il n'y a rien là qui dépasse le niveau des créations primitives d'une race bien douée. Si Terpandre fut novateur en tout cela, c'est surtout sans doute par la beauté des combinaisons qu'il sut tirer d'éléments déjà connus.
Il est souvent aussi question d'une réforme portant sur l'ensemble même delà composition du nome. Jusque* là, le nome se serait divisé, dit-on, en trois ou quatre parties : Terpandre en porta le nombre à sept *. Quel était le principe de cette division? Etait-ce un cliangement de rythme ou de mètre? ou un changement de mode musical? Et ce changement correspondait-il à des combinaisons régulières de récits et d'invocations, ou à des péripéties dans le récit, ou à des variations dans le sentiment? Autant de questions qu'il est impossible de résoudre aujourd'hui avec certitude. Il semble, d'après quelques indices, en particulier d'après les titres conservés de plusieurs nomes, que les rythmes, les mètres, les modes musicaux tantôt changeaient, tantôt restaient invariables d'un bout à Tautre de la composition ; mais
1. Suidas, y. 'Aii^tavaxT^Ceiv. Le scoliastc d'Aristophane, Nub,, 595, dit que ces vers étaient tirés des npoo((ita de Terpandre. Suidas dit avec plus de précision et d'exactitude qu'ils formaient le début (icpoo{- Itiov) du Nome Orthien. Il n'y a pas lieu de songer au genre spécial des proèmeSf dont nous parlerons plus loin.
2. Pollux, IV, 66. Ces sept parties s'appelaient, selon PoUux: àpxâ* {USTap'/a* xataipoTca, (leTaxatatpoicâ, 0|i9aX6ç, a^payiCt iic^Xoyoç.
NOMES GITHARÉDIQUES 75
tout cola est problémalique. Il semble aussi, d'après certaines imitations relativement récentes, qu'il y eût, d'une partie à Tautre, un progrès dans Taclion ^ Ce qui est sûr, c'est que cet accroissement du nombre des parlies marquait l'ampleur nouvelle d'une poésie lyrique plus hardie, plus savante, plus habile à conduire l'auditoire à travers les phases successives d'une longue composition.
Les œuvres de Terpandre comprenaient avant tout des nomes. Les titres de quelques-uns nous ont été conservés. PoUux en cite huit, qu'il explique en partie ^. L'un d'eux s'appelait Tétraédios. Il est probable, à en juger par le titre, que ce nome était encore divisé en quatre parties, selon Tancienne coutume. Pollux semble dire que la distinction des parties y correspondait à un changement dans la musique. Quel changement ? on ne peut faire à ce sujet que des hypothèses sans consistance. Le nome Aigu ('0^6;) devait peut-être son nom à ce qu'il était composé, en tout ou en partie, dans le mode lydien ^ Le nome Éolien et le nome Béotien étaient ainsi nommés, dit Pollux, d'après les pays dont Terpandre tirait son origine ; il serait sans doute plus exact de dire : d'après le mode musical que Terpandre y avait
1. Voyez par exemple l'analyse que donne Strabon (IX, p. 421; des cinq parties d'un nome pythien (àY>'.p«''J<TiÇ-, ajjLiteipa, xaTaxeXevo"|i6ç, TaiiSoi xa\ 5axTy).ot, (TvpiYY^î)- L'analyse de Strabon nous montre qu'il y avait là tout un drame : le nome suivait les diverses péripéties de la lutte entre Apollon et Python. Mais il faut toujours se méfier d'imitations aussi récentes que celle dont parle Strabon.
2. Pollux, IV, 65 : v6(A0i ôà o\ TEpTcavSpou àitb jiev tcôv èOvwv ôOevrjv AîiXioç xai BoitoTio;, àitb 6è pvÔjiwv "Opôioc xa\ Tpo-/aîoc, âicb hï tpiitwv 'OÇù; xa\ TetpawSto;, àirb 6è «Otoû xal toO épb>(iévou Tepuàvfipeio; xa\ Kait((Dv. — Cf. Plut., De Mus. y c. 4; Phot. Bihlioth., 302, 16; Suidas, vv. N6|ioc et "OpÔtoç vojjLoç.
3. Le mot ô^^!»; est souvent appliqué au mode lydien ; cf. Plut., De Mus., c. 15. Mais Terpandre avait-il réellement composé un nome dans le mode lydien ? ou bien y a-t-il là quelque confusion ? .
employé. Deux autres étaient désignés par le rythme qui y dominait : c'étaient YOrthien et le Trochaïque^ où se rencontraient les rythmes appelés iambc orlhien et trochée sémantique, c'est-à-dire des groupes ternaires formés de trois longues valant chacune quatre temps, le frappé tombant soit sur la seconde soit sur la première de ces trois longues ^ Les deux derniers enfin portaient le nom de Terpandre lui-même et de son disciple Képion, ce qui indique peut-élre que l'inspiration du poète y prenait un caractère plus personnel qu'ailleurs*.
A côté des nomes, on cite encore de Terpandre des proèmes^ et des scolies*. — On sait que les scolies étaient des chansons de table. Terpandre avait-il composé les siens à Lesbos, avant de venir à Sparte, ou seulement plus tard, en vue des repas communs des Lacédémoniens, comme on l'a quelquefois supposé? Quoi qu'il en soit, le genre du scolie, d'origine lesbienne, semble-t-il, et surtout cultivé à Lesbos, n'a laissé de souvenirs durables qu'à partir d'Alcée : nous retrouverons plus tard cette forme de poésie. S'il est vrai que Terpandre eût composé de véritables scolies, il faut en conclure que son inspiration était plus variée, moins essentiellement grave que ses autres œuvres ne tendraient à le faire croire. Mais aucune trace n'en subsiste, et nous n'avons plus le moyen de nous en faire aucune idée. — Quant aux proèmes, on ne sait trop ce que c'était. L'auteur du De
i. Cf. Plut., De Mus, c. 28. — C'est bien en vain que Volkmann veut ôter à Terpandre le nomo orthien sous prétexte que c'était un nome aulétique. Rien n'empêche de croire qu'il y eût aussi un nome orthien citharédique attribué à Terpandre.
2. Il y avait aussi un nome aulédique appelé Kt^iccciiv, suivant Plut., De Mus., c. 4. Il eut difficile de savoir ce que vaut cette information. Il y a d'ailleurs, dans toutes ces traditions, beaucoup de vague et beaucoup d'erreurs.