ÉLÉMENTS ESSENTIELS ET DÉFINITIONS
Tuo fut-il éphémère, anonyme, obscur, et l'autre si brillant ?
Le lyrisme se compose de deux éléments essentiels : un élément musical et un élément littéraire. L'élément littéraire, ce sont les paroles (Xe^i;) envisagées au point de vue de Texpression des idées. L'élément musical, c'est ce que les anciens appelaient le rythme (puO[jL6;) et le c< mélos » ((téXo;), lequel équivaut à peu près à la mélodie séparée du rythme : ou plutôt, car cette division o'est pas assez nette, l'élément musical comprend : 1^ les notes prises en elles-mêmes, au seul point de vue de leur hauteur sur l'échelle de la gamme et de leurs intervalles musicaux ; 2^ le rythme^ qui mesure la durée de ces notes, qui les anime, pour ainsi dire^ et les organise; 3** la construction mélodique^ qui assemble les mesures (xoSe;) en membres (xôXa), les membres en phrases (îrcpioSoi), les phrases en strophes ((jxpotpai), et quelquefois les strophes elle-mémes en systèmes plus vastes encore. A quoi il faut ajouter : 4^ V exécution matérielle des notes résultant de l'emploi des instruments ou des voix. — Il va sans dire d'ailleurs que, les notes s'appliquant à des syllabes, les paroles n'ont pas seulement une valeur littéraire, mais qu'elles sont aussi, en un sens, tout comme les notes, une partie de la matière du rythme (yh puOjAiÇotxevov) et de la construction mélodique. Mais l'étude des paroles, à ce point de vue particulier, se confond avec celle du rythme et de la mélodie. — Reste la danse, autre partie de cette « matière du rythme » avec les syllabes et les notes. Mais la danse n'est dans le lyrisme qu'un élément accessoire, subordonné, qui se détache facilement de l'ensemble et qui ne soulève pas le même genre de problèmes. Les éléments essentiels, encore une fois, sont l'élément littéraire d'une part, et de l'autre l'élément musical tel que nous venons de le définir. Il s'agit de savoir lequel de ces deux éléments a
t2 CHAPITRE 1". — ORIGINES DU LYRISME
lo plus contribué à la. transformation du lyrisme; ou, pour poser le problème en termes plus généraux, dans quelle mesure chacun d'eux y a contribué.
La réponse complète à cette question sortira de l'histoire même du lyrisme. Mais peut-être est-il bon de donner J'avance un aperçu de la solution. Il convient aussi, avant de chercher à interpréter les faits, de rappeler quelques définitions nécessaires. Disons donc d'abord ce que les Grecs appelaient aulétique et aulédie, citharistique et citharédie, et ce qu'ils entendaient au juste par les termes de rythme et de mètre, do genre et de mode. La musique et la rythmique grecques diffèrent assez des nôtres pour qu'il soit nécessaire de bien s'entendre sur ces définitions ^
Los Grecs connaissaient comme nous d'assez nombreuses variétés d'instruments de musique *. Mais, si nous laissons de côté les instruments à percussion, dont l'emploi était restreint, les instruments de cuivre, réservés aux armées, et enfin les orgues hydrauliques, d'origine relativement récente, nous voyons qu'on n'employait dans l'exécution musicale du lyrisme à l'époque classique que deux espèces d'instruments : c'étaient d'abord des instruments à cordes du type de la cithare, ensuite des instruments à vent du type de la flûte.
1. Pour plus do détails sur ces qucsiions, je suis obligé de reuvoyer à mon livre sur La Poésie de Pindare et les lois du lyrisme grec. Les pages qui vont suivre sont en partie extraites de ce travail.
2. Sur les inslruinonts des Grocs, cf. la note de Volkmann ù la fin do son édition du De Musica de Plutîirque ; Westphal. Metrik der Griechen^ t. I, p. 2Gl-2r»3; Flacli, Gesch, d. r/rierh. /.;/;•., p. SD-ilS; et surtout (ievaërt. Histoire et théorie de lamusi/fuede l'nfititjuitê, t. II, p. 211 305.