ATHÉNÉE
ton '. Le riche puntife romain Larenlius donne un repas à des amis. A sa table s'assoienl des savants de toute sorte (toλ; xaTi Tcanav iraiîeîav i^mxptnitvii, I, i) : toutes les connaissances humaines sont représentées là, grammaire, poésie, rhétorique, musique, philosophie, jurisprudence, médecine; académie pédante s'il en fût, chargée de déhiter en conversations l'encyclopédie qui sera la matière du livre. Quelques-uns des convives portent des noms illustres, Plutarque, Arrien, Galien, Masurius, Ulpien. Suivant la tradition du genre, ces personnages historiques sont traités plus ou moins en êtres de fantaisie, sans scrupule ni de chronologie ni d'exactitude morale ; ils sont là pour embellir la scène, pour donner au lecteur le plaisir de se ligiirer quJil entend les propos d'hommes éminents, même quand ils débitent des inepties. A côté d'eux, d'autres convives, dont les noms, aujourd'hui inconnus, ne l'étaient peut-être pas au commencement du m' siècle; et, dans cette société mêlée, le Cynique indispensable, satirique attitré, bouffon au besoin. L'hôte est magnifique, savant, homme d'esprit, ami des doctes entretiens et habile h les provoquer. Grâce à lui, les propos appellent tes propos, les sujets s'enchainent ; chacun des convives à son tour paie son tribut; à la fin, on a parlé do tout.
Ce qu'était cette mise en scène dans le texte primitif, nous ne pouvons plus en juger qu'imparfaitement : car elle a été altérée et restreinte par les abréviateurs. Il se peut donc qu'il y ait eu à l'origine plus d'incidents, plus de variété, plus d'invention dramatique. En mettant les choses au mieux, tout cela ne pouvait faire en délinitive qu'un bien médiocre dialogue ; car c'était la nature même du sujet qui l'empêchait d'être bon. Des personnages qui dissertent au lieu de causer, qui
jM,Googlc
780 GHAP.Vl.— DE SEPTIME-SÉVÈRK A DIOGLÉTIEN débitent des articles de dictionnaire en guise de propos de table, qui prouvent leurs dires par des enfilades de citations, qui épuisent les énumérations par souci d'être complets, ne sont ni des gens du monde ni des êtres vivants. Ce sont des chapitres de traités, habillés eu hommes. Le drame n'est ici qu'un prétexte, et l'encjclopédic, dissimulée, reparait partout.
L'érudition de l'auteur, il est vrai, mérite d'èlre admirée. Bien que l'étude des sources du Banquet soit encore loin d'avoir donné des résultats définitifs, oD peut constater qu'Athénée avait lu par lui-même un grand Dombredes auteurs qu'il cite '. Et ces citations accumulées prélent Aujourd'hui un grand prix à son œuvre. C'est à lui que nous devons la meilleure partie de ce qui nous reste de la comédie moyenne et nouvelle. En outre, il D'y a pas dans toute l'antiquité de recueil d'informations sur les sujets les plus divers qui soit comparable en richesse à celui-là'. Indépendamment des trop longues et fastidieuses notices sur les diverses façons de banquêter, sur les aliments, les boissons, le luxe, la cuisine et ses grands hommes, on y trouve de curieux chapitres sur les instruments de musique (fm du 1. IV et livre XIV), sur quelques banquets célèbres (1. V), sur les devinettes (fm du 1. X), sur l'amour ( 'Ep«»tix6; Xôyo;, I. Xlll), avec mainte anecdote relative aux courtisanes célèbres, A chaque page, sous le fatras et le bavardage, Les faits intéressants abondent. Bref, c'est un ouvrage qu'il faut dépouiller pour connaître l'antiquité, mais qu'il est impossible de lire.
1. Discussions à ce sujet : Rudolph, Leipiiger Stud., VII ; Philoiog., tuppL, VI : Bapp, Leipziger Slud., VIII, et en général l'art. cité de Wenzel dans Pauly-Wisso^a, I, p. 203S.
2. Voir, dans le même articli>, l'e^tpoaé de ce que coDtieot l'ou- Trage, livre par livro.
jM,Googlc
LA. BHÊTOaiQL'E : APSINÈS ~81
Nous avons laissé la rhétorique, au chapitre précédent, dans l'élal oiî Hcrmogène l'avait constituée. Comme nous l'avons remarqué alors, ell« avait pris entre ses mains une forme à peu près définitive. On ne pouvait plus la modifier qu'à la condition d'en renouveler les fondements mêmes. Aussi l'œuvre des rhéteurs du m' liècle est-elle en somme fort médiocre. Celle de la critique, qui s'y rattache, semble avoir été plus importante ; mais elle nous est fort peu connue.
Un des maîtres les plus renommés dans la première moitié de ce siècle fui Apsinès, de Gadara (de i90 à 250, environ) ■- Il enseignait à Athènes, d'après Suidas, sous le règne de Maximin (235-238); disciple de Basilicos, et ami des Philostrate, il fut. sous Philippe l'Arabe, (244-249), le rival des plus brillants sophistes du temps. Major, Nicagoras, Fronton d'Émèse V De ses discours, il ne nous est rien resté. Mais son enseignement nous est encore en partie présent dans sa Ukrlorique '. L'auteur a'y apporte rien d'essentiellement nouveau, même quand il se sépare d'IIermogène ; il accepte d'une manière générale la ctassilîcation et la nomenclature traditionnelles; il ne remonte pas plus que ses devanciers aux principes philosophiques \ son dessein est avant tout
). Suiitas, 'Ai-lïT,: Tatapi-Jt. Philostr. V. da Soph., II. 33, fin. — Art. de Brzoska dans Pauly-Wissowa, Apsin'a.