‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 477 sur 514 · Marinos, Froclo», ïî · texte numérisé non relu

Marinos, Froclo», ïî

jM,Googlc

1036 GHAP. Vril. — LA FIN DE L'HELLÉNISME quelle chaque substance procède d'une subslance supérieure sans lui rien enlever, et se communique à son tour à une substance inférieure sans rien perdre d'ellemême. Par cette immense échelle, la pensée monte à Dieu comme la vie en descend. Tous ces êtres se divisent en triades suivantune loi invariable; et ces triades se succèdent, du haut en bas, en une série infinie, dont la régularité même atteste la subtilité puissante du dialecticien qui l'a conçue. Comme Platon et comme Ptolin, Proclos affirme la providence divine et aussi la liberté humaine ; mais, pour concilier ces croyances, il a des solutions bien plus étudiées que les leurs. L'objet propre de la voloDté éclairée d'en haut, c'est, pour lui comme pour ses devanciers, d'élever l'âme jusqu'au monde suprasensible ; mais la méthode pour s'élever ainsi est plus nettement arrêtée et définie chez lui que chez eux ; elle consiste dans l'étude, dans la méditation, dans l'exercice de la vertu, dans la prière, dans les pratiques variées do la dévotion.

Cette philosophie était trop abstraite pour pouvoir atteindre à la beauté vivante. Le mérite littéraire de Proclos est donc médiocre. Visionnaire et dialecticien à la fois, il énonce, avec une précision de mathématicien, des idées qui ne sont que des chiffres ou des signes algébriques sans couleur et sans vie. Les formules s'agencent, se coordonnent, se subdivisent, sans que nous puissions réellement nous y intéresser, puisqu'elles ne sont rien que des créations arbitraires de l'esprit. Effort prodigieux, qui donne l'impression d'un labeur stérile. Il n'y a rien là qui instruise vraiment, rien qui parle ni au coeur ni à l'imagination. C'est une mathématique obscure, et, ce qui est pire, c'est une mathématique bâtie sur le vide.

Proclos, comme l'a dit Zeller, est vraiment un scolastique. Tout son génie s'est appliqué à interpréter des

jM,Googlc

LE NÉOPLATONISME APRÈS PBOCLOS 1037 testes sacrés, qu'il acceptait d'avance pour vrais. Par ses interprétations et ses combinaisons, il a parachevé le Néoplatonisme; mais, en l'achevant, il t'a rendu incapable de vivre. Ainsi cristallisée, la philosophie de Plotin et de Porphyre est devenue inerte. Et c'est dans cet élat d'inertie qu'elle a passé des successeurs de Proclos aux théologiens byzantins.

Après Proclos, toutefois, le Néoplatonisme se perpétue encore pendant environ un siècle. Plusieurs de ses derniers représentants se sont fait quelque notoriété à titre de commentateurs.

Ilermias, à la fin du V siècle, enseigna à Alexandrie! où il composa divers ouvrages d'exégèse platonicienne . Nous avons encore de lui un Commentaire sur le Phèdre, diffus et scolastique, sans profondeur ni originalité '. — Au début du vi" siècle, un des ûis de cet Hermias, Ammonios, qui lui succéda dans sa chaire d'Alexandrie, se distingua, lui aussi, comme commentateur, mais plus encore comme astronome et mathématicien. Il nous reste de lui des commentaires sur plusieurs traités d'Aristole, où l'on trouve, sous le formalisme de l'école, une science véritable '. Son influence fut grande : les plus célèbres néoplatoniciens du vi* siècle, Damaskios, Simplikios, Aaclépios, Olympiodorc, Théodote, Jean Philoponos se reconnurent pour ses élèves *.

i. Suidas, 'F.p^iiai ^f.XfunfUi.

a. Publié Hans l'ûd. du Plièdre de Fr. Ast, Leipzig. 1810.

3. Publiés par A. Busse, Comm. in ArMol., grac., IV, 1, Berlin, 1891. Ces commentaires sont fort altérés et interpolés; l'attribntion de tous n'est pas certaine. Voir l'article de Freudeolhal sur Amtconios (n° 15) dans Pauly-Wissowa. — Nous avons aussi sous le nom d'Ammonios une Vie d'Aristott qui n'est pas de lut i pul>liije par Westermann dans le vol. delà Bibl. EMdot qui contient Diogéne Laërce.

4. Senties d'Asclépios sur Aristote, publiées par Havduck, Comm, m Arist. gi-xc. VI, 2, Berlin, 1888.

jM,Googlc

1038 GHAP. TIII. — LA FIN DE L'HELLÉNISME

A Athènes, dans le même temps, Marinos occupait le scolarchat après Proclos, sans aucun éclat; un seul écrit de lui nous est parvenu ; c'est la Vie de Proehs, intéressante par les faits qu'elle expose, mais sans valeur littéraire '. — Isidore, qui lui succéda, paraît avoir été surtout un saint homme et un mystique exalté; il nous est connu par une biographie, conservée en parlie seulement, qui est l'œuvre de Damaskios^. — Hégias'. le troisième scolarque d'Athènes après Proclos, n'est pour nous qu'un inconnu, malgré la notice assez ample de Suidas, empruntée à Damaskios.

Passablement déchue sous ces divers maîtres, l'école d'Athènes se relève, vers SIO environ, avec Damaskios. successeur d'Hégias, et avec son disciple, Simplikios. — Damaskios, rêveur et mystique autant que l'avait été Jamblique, qu'il admirait entre tous, futdc plus, comme Proclos, un dialecticien *. 11 avait écrit divers commentaires sur Aristote, qui sont perdus. Nous possédons encore de lui un traité intitulé Douteset solutions à propos des premiers principes ( ■Aî:opi(xi xxl Xvcbv; ict^: t5>v Trpw- Tciw àp^ûv); il y aborde, non sans vigueur, ta difTicuIté fondamentale du Néoplatonisme, celle de concilier l'Unité pure, dénuée d'attributs, avec l'existence d'êtres déterminés qui procèdent d'elle; et s'il ne la résout pas, il fait preuve du moins en cet essai d'une force d'intelligence qui était rare en ce temps ^. >'ous avons aussi sa

1. Suidas, Mapîvo; NianolitT;;- La Vie de Procloê a été publiée par Boiasonado, Leipzig, I81i, et de nouveau dans la Bibl. Didol, à la Buitc du Diogène Laërce, Paris, 18SD.

3. Suidaa, 'IviSupo;. Sur sa biographie, voir plus loin, & propos de Damaskios.

Page 1