‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 177 sur 261 · Odrss., VIII · texte numérisé non relu

Odrss., VIII

que Tart devait un jour produire, ils trouvaient un plaisir naïf et profond dans ces longues et pathétiques narrations, qui étaient pour eux l'image même delà vie.

Les aèdes en général n'étaient pas de simples récilateurs. Ceux de V Odyssée sont évidemment conçus comme les auteurs des chants qu'ils récitent, puisque la Muse est censée les leur avoir enseignés, et on ne peut douter qu'au temps où la poésie épique était en plein essor, il n'en fût ainsi le plus souvent. Le véritable aède était donc un poète, et, outre l'aptitude naturelle, il avait besoin, à ce titre, de posséder une réelle science acquise. Cette science consistait dans la connaissance pratique de la versification, dans l'expérience de la langue épique, et enfin dans la connaissance des légendes qui formaient le fonds naturel de toute poésie. Bien qu'aucun témoignage contemporain ne nous apprenne comment se faisait l'éducation technique des aèdes, il est permis d'affirmer qu'il en était de cet art comme des autres, de la divination ou de la médecine par exemple. Les maîtres le transmettaient à des disciples, et souvent les pères à leurs enfants. Lorsque Phémios, dans y Odyssée^ se donne pour autodidacte*, c'est là ou un fait exceptionnel qu'il allègue en sa faveur afin de rehausser son mérite, ou peut-être même une simple manière de parler, par laquelle il donne à entendre qu'il s'instruit lui-même des légendes nombreuses et variées, matière naturelle de la poésie.

Les aèdes du y^voç des Homérides ne différaient en rien des autres. De Chios, ils durent, dans leurs voyages, porter leurs chants dans les villes de la Grèce

1. Odyss.y XXII, 347 : AuToSiSaxio; 8' £Îa^ OeÔ; hé [loi êv ^pea'iv orjia;

d'Asie et dans les îles voisines. Les relations des cités ioniennes entre elles favorisèrent particulièrement la propagation de leur poésie. Plusieurs de ces cités avaient gardé dans les temps historiques des traditions relatives à Homère, qui pourraient bien s'expliquer en grande partie par ces voyages et ces séjours des Home rides. L'aède de V hymne à Apollon Délien venait ainsi de la « rocheuse Chios » aux fêles de Délos, et demandait aux jeunes Délienncs d'y garder son souvenir. Les habitants de la petite île d'Ios montraient le tombeau d'Homère, et, sur la foi de leurs déclarations, les biographes font mourir le grand poète dans cette île; quelques-uns même, parmi lesquels Aristote. croyaient que sa mère en était originaire. Il est peu probable que cette tradition n'ait aucun fondement; sans doute elle s'explique par le séjour et la mort à los de quelque aède homéride, peut-être d'un des auteurs de V Iliade et de VOdyssée,

Bien entendu, les Homérides n'étaient pas les seuls en ce temps à composer des chants épiques. Plusieurs passages de Vlliade et de VOdyssée font allusion à des légendes poétiques alors en vogue ou parfois iiicmc à des chants où ces légendes étaient développées. Nous avons mentionné, à propos de la formation de VOdyssée^ rinilucnce que les chants relatifs au navire Argo semblent avoir eue sur ce poème. On y trouve également, scmblc-t-il, des allusions à une Orestie^. La Thébàide anonyme, qui plus tard fit partie du Cycle, pourrait bien avoir été aussi, en partie du moins , contemporaine des poèmes homériques. Il est donc probable qu'à coté des Homérides qui travaillaient à Vlliade et à VOdyssée,

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