PARTIE TROYENNE DU CYCLE
VOdyssée. C'est lui qui au début obtient, de préférence à Ajax, les armes d'Achille; c'est lui encore qui s'empare du devin troyen Hélénos et le force à révéler que Troie succombera sous les coups dePhiloctète. Il va chercher à Scyros le jeune Néoptolème, qui devient dans ces récits un second Achille, quand il a reçu d'Ulysse les armes de son père. C'est encore le roi d'Ithaque qui s'introduit dans la ville et prépare avec Hélène la trahison décisive; il y rentre peu après avec Diomède et enlève le Palladium. Enfin s'il ne construit pas lui-môme le cheval de bois, (lîuvre d'Epéos et d'Athéné , il dirige du moins l'exécution du stratagème et il est le véritable chef des guerriers qui pénètrent ainsi dans la ville. Ce fut peut-être pour grandir aussi le rôle d'Ulysse dans l'épisode final que Leschès refit, après Arctinos, une description de la prise de Troie. On ne peut douter en effet que cette description ne figurât dans son poème, bien que l'analyse deProclus ne la mentionne pas. Cela est prouvé par plusieurs témoignages*. Cette simple analyse laisse deviner ce que valait l'esprit ingénieux et indépendant de Leschès; quelques courts fragments encore subsistants confirment cette impression *. C'est sans doute parce que Leschès avait refait à sa manière un récit déjà fait par Arctinos, qu'une légende ancienne le représentait, en dépit de
1. Aristote, Poétique^ ch. 23. Pausanias, X, 25, 26, 27. Ce dernier décrit, dans ces passages, le tableau de Polygnote représentant la prise de Troie, composé, dit-il expressément, d'après la Petite Iliade de Leschès.
2. Ifom. carm. et cycli epici reliq.y éd. Didot, p. 595 et suiv., particiilicremcnl fr. 4 et 9. Mcnclas épargnant Hélène à cause de sa beauté (fr. 15) est un sujet dont les arts plastiques ont tiré profit ; J. Martha, Archéologie étrusque^ p. 107.
la chronologie, comme ayant concouru avec ce poète '. D'après cette légende, il serait môme sorti vainqueur de ce concours. Cet hommage lui était dû: Arctinos n'avait fait que continuer V Iliade; Leschès, plus hardi, avait tenté de renouveler ce qui existait déjà, en partie du moins ; son succès fut assez grand pour que son œuvre méritât d'être appelée la Petite Iliade et de figurer sous ce titre à côté de la grande Iliade. Gela même semble indiquer qu'elle ne s'y rattachait pas très aisément et qu'elle constituait en fait une série de chants distincte.
Le nom de Stasinos de Chypre est inséparable de ceux d' Arctinos et de Leschès*. Aucun renseignement chronologique relatif à ce poète ne nous est parvenu ; mais la nature môme de son œuvre, toute pénétrée déjà des idées qui allaient dominer dans la poésie lyrique, ne permet pas de le considérer comme antérieur à Leschès. L'épopée qui lui est attribuée était connue dans l'antiquité sous le nom de Chants cypyiens^ d'après le lieu de son origine. Elle se rattachait aussi étroitement à V Iliade que celle d'Arc-