Macrobe, Saturn., V
indiquer que l'ouvrage était consulté tout au moins comme un recueil de faits, et qu'à ce titre il dispensait de recourir à d'autres récits plus anciens dont il offrait une sorte de résumé '. Si une composition de ce genre a pu être attribuée à Pisandre sans trop d'invraisemblance, c'est sans doute que ses œuvres authentiques présentaient déjà quelque chose de ce caractère qu'on serait tenté d'appeler enc}'clopédique. Pisandre est le dernier des poètes épiques primitifs qui ait continué avec éclat la tradition homérique. Si nous connaissions mieux ses devanciers et ses contemporains, il serait aisé sans doute de dégager avec précision les causes qui ont amené peu à peu l'oubli de cette tradition et qui ont fait disparaître pour un temps la poésie épique. Telles que nous les entrevoyons, elles peuvent se résumer en quelques mots. Les vieilles inventions étaient épuisées; on répétait ce qui avait été déjà dit, ou l'on sortait du naturel pour redevenir original. Mais ce n'était pas là le seul mal. Le plus grave, c'est que la poésie épique n'était plus assez libre. Elle s'assujettissait de plus en plus à l'histoire, qui lui imposait ses longues cl lourdes successions d'événements. La vieille liberté homérique avait passé aux poètes lyriques qui, eux, choisissaient à leur gré les plus belles légendes, les traitaient cnrécils ou par simples allusions, selon qu'il leur plaisait, et les associaient à une philosophie personnelle qui les rajeunissait. Dans leurs cpuvres, éclataient la Aie et l'invention toujours nouvelle ; les poètes épiques n'étaient plus que des narrateurs fatigués et monotones.
1. CV'st pour cela sans doute quf Pisandro a été quelquefois rapproché d'iioniirc et d Hésiode comme uu des anciens témoins des choses primitives; Ceiisorinus, 9 : Cum siut auliqulsbimi poetarum, llomerus. llcsiodus, Pisander.