‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 6 sur 261 · PREFACE V · texte numérisé non relu

PREFACE V

et s'assouplit par la délicatesse et la variété des expériences. Le goût s'élargit sans s'affaiblir. La raison ne prend plus pour sottise tout ce qui dépasse l'étroit horizon des préjugés régnants, mais elle reste inflexible à l'égard de ce qui n'est pas raisonnable. Non que le goût et la raison de l'historien, même vivement émus, s'expriment volontiers par des jugements formels et tranchants ; ces jugementslà lui semblent toujours peu proportionnés à la nature de l'esprit humain ; mais l'accent même de sa voix le trahit, et il faudrait qu'il fût bien gauche pour que sa discrétion donnât le change sur son sentiment.

L'antiquité n'a pas connu l'espèce d'histoire littéraire que nous venons d'essayer de décrire. Ce n'est pas qu'elle n'ait produit, à partir surtout de la fondation d'Alexandrie, nombre de travaux fort savants sur ses poètes et ses écrivains de tout genre. Mais c'étaient invariablement ou des recherches de pure érudition (l'Ecole Péripatéticienne en avait déjà donné l'exemple) ou des ouvrages de critique dogmatique écrits par des grammairiens et par des rhéteurs pourl'enseignement de leurs disciples. L'esprit historique tel que nous le concevons n'y paraissait que dans la mesure où il ne peut pas ne pas paraître chaque fois qu'un homme intelligent parle d'un autre homme qui a écrit antérieurement. Les noms de

n PREFACE

DeoTs d'Halicamasse el de Quinlilien donnent bien Vidée de celte sorte de critique. Le Bruius de Cicéron et le [Haloyue des orateurs de Tacite sont plus historiques peut-être par certains côtés, mais on voit bien cependant qu'il n'y a pas lieu de chercher là non plus des ancêtres directs aux historiens modernes des littératures. — Du moyen âge, bien entendu, rien à dire. Arrivons donc à la Renaissance.

[Jes le milieu du xv^ siècle, en Italie d'abord, ensuite en France et dans toute l'Europe occidentale, un élan puissant emporte les esprits vers Fétude de Fantiquité. La beauté de Fart antique, et en particulier de Fart grec, avait donné le branle aux imaginations : Fhumanismc fut la première forme des études sur Fantiquité. Le besoin d'approfondir vint ensuite et produisit la philologie.

Le XVI* siècle hérite de ces deux tendances et se partage entre elles, plus philologue peut-être dans sa première moitié, plus humaniste et lettré dans la seconde.

Le célèbre manifeste de Joachim du Bellay exprime bien le sentiment des purs lettrés à Fégard des anciens : il ne s'agit pas à ses yeux de les étudier en historien, en spectateur désintéressé, pour le seul plaisir de savoir au juste et de comprendre ce qu'ils ont été ; il s'agit avant tout de leur dérober le secret de leur beauté toujours jeune. On a hâte de s'abreuver à la source fraîche, vraie fontaine de Jouvence qui fait des miracles. On a mieux à faire, semble-t-il, que de les aimer platoniquemcnt ; il

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