LES HEROS
Le sujet naturel de la poésie épique proprement dite, ce sont les aventures héroïques.
De nos jours, la mythologie comparée a dissipé en grande partie l'obscurité qui enveloppait autrefois les héros primitifs de la Grèce*. Sans entrer ici dans (les discussions qui lui appartiennent en propre, rappelons ce qu'elle a mis en lumière. Les héros, à l'origine du moins, étaient conçus en Grèce comme (ils ou pelits-fils des dieux. Quelques-uns d'entre eux étaient en réalité d'anciens dieux, longtemps honorés d'un culte local, et plus tard réduits à un rang inférieur par la prédominance des divinités nouvelles. Thésée en Attique, Castor et Pollux en Laconie, Idas et Lyncée en Messénie sont des exemples de ce fait souvent signalé. Dans d'autres légendes héroïques, telles que celle d'Héraclès, on trouve un curieux mélange de souvenirs nationaux et de croyances étrangères. Ëniin beaucoup de récits lelatifs aux héros étaient des traditions revêtues de formes poétiques qui conservaient la mémoire de l'origine des tribus et de leurs anciennes relations ainsi que de quelques grands événements de leur histoire. 11 y avait donc des héros plus mythiques, pour ainsi dire, et d'autres plus historiques; mais ces distinctions, intéressantes à d'autres points de vue, n'ont en réalité aucune importance pour l'hisloire littéraire. La poésie épique, dans les œuvres où nous pouvons l'étudier, n'en a plus conscience à aucun degré. Fiction et réalité, tout se confond
i. Preller, Griech. Mythol., t. II, p. 1-8 (3«cd., PIew). Decharino. Mythologie de la Grèce antique^ Puri», 1879, 1. IV, les Héros.
pour elle. Elle croit aux héros comme elle croit aux (lieux, sans leur (icmander d'où ils viennent. Ce que la science moderne analyse, elle, au contraire, le synthétise spontanément. 11 n'y a point pour elle d'éléments divers dans la légende; celle-ci esta ses yeux quelque chose de vrai dans toutes ses parties, un ensemble vivant, qui a ses racines partout et qui s'alimente incessamment à toutes les traditions anciennes.
Il n'est pas douteux que les héros n'aient figuré dès Torigine dans les hymnes religieux de la Grèce primitive : les uns, parce qu'ils étaient dieux euxmêmes, les autres, parce que, issus des dieux, ils avaient place naturellement dans des récits qui embrassaient toutes les choses divines. Les hymnes formaient une sorte de cycle sans cesse élargi; les héros y eurent do jour en jour plus d'importance.
Bien îles choses durent contribuer à les mettre en laveur. Plus ils devinrent distincts des dieux, plus ils furent aptes à intéresser les honunes. Malgré tout ce que l'imagination grecque avait pu faire pour humaniser les dieux, ceux-ci devaient cependant ganler, à moins do déchoir complètement, une grandeur et une puissance qui les maintenaient toujours lV>rt au-dessus do rhumanitô. On leur attribuait, il est vrai, des passions, dos craintes, des joies, et «lémo, dans une assez largo nu^suro, des peines et dos sourtVancos. Toutefois il lallait bien qu'ils échappassent du moins à la mort : cola sullisait pour qu'ils fussent on toutes choses dans une condition différente de celle des hommes, Los hon-is au contraire pouvAienl mourir, et. bien que doués do qualités merveilleuses, ils étaient honunes. (Votait h'i pour eux« nu pi>inl de vue do la poosio. un avantage nolablo. Poètes et auditeurs s'idoutitiaiont avec eux