‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 66 sur 156 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET REPRÉSENTATIONS · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET REPRÉSENTATIONS

La tragédie grecque, nationale et populaire, met sur la scène les légendes héroïques et religieuses ; elle excite l'émotion par la terreur et la pitié ; tout en restreignant peu à peu l'importance du chœur, elle n'abandonne jamais l'élément lyrique ; les trois unités d'action, de temps, de lieu, n'y ont pas la valeur d'une règle absolue; on y remarque de longs récits et des dialogues très vifs.

Les représentations, dans Athènes, aux fêtes et sur le théâtre de Dionysos, sont un acte religieux : le théâtre est à ciel ouvert. ; les pièces y sont jouées sous forme de concours ; chaque poète présente en même temps trois tragédies et un drame satyrique. La mise en scène était à la fois brillante et simple, un petit nombre de choreutes et d'acteurs suffisait à assurer l'interprétation de la pièce, et plus de vingt mille citoyens ou étrangers, spectateurs

de ces fêtes grandioses, y applaudissaient les œuvre* d'un Eschyle, d'un Sophocle, d'un Euripide, poètes supérieurs dont nous possédons des pièces entières et dont les nombreux rivaux sont aujourd'hui très peu connus

I Eschyle (525-456), le plus inventif des tragiques grecs et le plus puissant par l'imagination, donne à ses tragédies un caractère de grandeur qui en est la marque distinctive.

II appartient à la génération qui lutta contre les Perses : il accepte avec elle et il fait passer dans son théâtre les dures doctrines de la fatalité et de la jalousie des dieux qui s'attache au coupable et même à ses descendants.VTout en introduisant l'usage du second acteur, il garde au chœur un rôle considérable et peut développer les ressources lyriques de son génie* Ses drames nous intéressent par le progrès de l'émotion religieuse dans une action simple, par la grandeur surhumaine et quelquefois divine des personnages, enlin par la hardiesse du style. \

11 reste de lui sept tragédies : les plus célèbres sont les Perses, le Prométhée, et les trois pièces qui forment la trilogie de YOrestie sur les malheurs de la race d'Agamemnon (Agamemnon, les Choèphores, les Euménides).

SOPFIOCLE.

Sophocle (495-405) transporte sur la scène l'esprit du siècle de Périclès : sa religion, calme et joyeuse, admet la fatalité, mais comme une puissance eontre laquelle on lutte et qui n'écrase pas la conscience ; à ce ressort dramatique il en ajoute donc un autre, les caractères, dont il est le premier à développer la peinture. Dans ses tragédies, à la fois très humaines et très idéales, il réalise l'alliance de la force et de la beauté; il y introduit le troisième acteur, et il amoindrit le rôle du chœur; l'action, plus variée que chez Eschyle, est vive et entraînante; ses personnages se distinguent par leur noblesse idéale, il Eoger. — Litt. gr. 13

peint les hommes comme ils devraient être; son style, naturel et souple, s'accommode à l'âme de ses héros.

Nous avons de Sophocle sept tragédies; Anliyonet Electre, Œdipe rot, Œdipe à Colorie sont de purs chefs-d'œuvre.

Euripide (480-406) subit l'influence des philosophes : ce n'est pas un athée, mais il raille la mythologie que la tradition l'oblige d'accepter pour matière tragique, il accueille et discute les idées nouvelles, il fait des « pièces à thèse », il est « le philosophe de la scène ». On peut critiquer la valeur dramatique de ses innovations techniques qui portent principalement sur le prologue et le dénouement.. Mais Aristote a pu l'appeler « le plus tragique des poètes »Jbar l'émotion purement humaine dans une action savante caractérise la marche de ses drames où il montre les homme* tels qu'ils sont et se fait le peintre des passions uniyerselles.\ Son style doux et harmonieux se prête à l'expression, très fréquente, des maximes morales, aux finesses du dialogue, et à l'ampleur des longs discours dont il abuse trop souvent.

11 reste de lui dix-sept tragédies et un drame satyrique (le Cyclope). Parmi les tragédies, la plus célèbre est Iphigénie à Aulis; on trouve de grandes beautés dans Alceste, Mêdée, Hécube, Iphigénie en Tauride, les Bacchantes, Hippolyte ; dans Electre et Ortste, pièces plus curieuses que belles, l'esprit critique du poète s'est donné libre carrière.

LECTURES RECOMMANDÉES

Sur l'ensemble du chapitre : A. et M. Croisbt, Histoire de la littérature grecque, t. III, et les études publiées à l'occasion de ce livre par Jules Girard dans le Journal des Savants de 1893 et 4894; Paul Girard, Pages choisies des tragiques grecs 1908, dans la collection de « Pages choisies des grands écrivains » de Colin ; P. Masqueray, Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque, 4895 ; 0. Navarre, Dionysos, étude sur l'organisation matérielle du théâtre athénien. 4895 : Patin. Études sur

La tragédie. M

Us tragique* grecs, 1841-1843 (3« éd. 1865-1866); Saint-Marc Girardin, Cours de littérature dramatique, 1850; Henri Weil, Études sur te drame antique, 1897.

Sur Eschyle : Paul Mazon, L « Orestie » d'Eschyle, traduction nouvelle publiée avec une introduction sur la légende, etc., 1*J03.

Sur Sophocle : Jules Girard, L' « Antigone » de Sophocle (dans ses Études sur 'a poésie grecque); Allègre, Sophocle, Étude sur les ressorts iramatiques d* son théâtre et la composition de ses tragédies. Lyon, 1905 (ouvrage étudié par Maurice Croiset dans deux articles du Journal des Savants, 1906).

Sur Euripide : Paul Dbcharme, Euripide et l'esprit de son 'hétftre, 1893 ; Jules Girard, Euripide, article de la Revue de? veux Mondes du 15 février 1896 ; Paul Masqukray, Euripide et ses idées, 1908.

TEXTES A CONSULTER

Eschyle : Editions de Henri Wkil, l'une complète chez Teubner (2« éd. 1907), l'autre de Morceaux choisis chez Hachette, 1881 ; Extraits publiés par C. Sourdillb, chezBelin, 1897. Éditions spéciales d'Agaj/temnon et des Choéphores par Wilamowitz-Mœllenhûrff, chez Weidmann, 1885 et 1896 ; des Choéphores par Blass, Halle, 1906, et des Euménides par le même ch«z Weidmann, 1907.

Sophocle : Éditions complètes de Tournier, chez Hachette (3e éd., 1886); deNAUcs, revue par Schneidewin, ehez Weidmann (dates diverses, nombreuses rééditions des fascicules particuliers pour chaque pièce) ; de Jbbb, Cambridge, 1883-1896. 'Édition spéciale de VÊlectre, par Kaibel, chez Teubner, 1896.

Euripide : Éditions complètes : édition critique de Prinz et Wecklein, chez Teubner, 1898-1901 ; édition avec commentaire par Berna rdakis dans la collection Zographos, Athènes, 1887- 1903. Éditions spéciales (chez Hachette) de Sept tragédies (Hippolyte, Médée, Hécube, Iphigénie à Aulis, Iphigénie en Tauride, Electre, Oreste), par Henri Weil, (3e éd. 1907); de YAlceste (1891) par Je môme; des Bacchantes, par Dalmeyd\(1908).

Fragments de tous les tragiques grecs : Édition Nauck 3« éd. 1889), chez i>ubner.

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