‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 93 sur 137 · AVANT J. C · texte numérisé non relu

AVANT J. C

DiXAGOGUBS. — BOICMBS D*ÉTAT. — AHTIPHOW. — DISCOURS ATTRIBUÉS

A ANTIPHON. — ANDiOCIDE. — LTSIAS.

Dès qu'Athènes se fut laissée corrompre par les enseignements des sophistes, elle devint la proie des démagogues ; et les dernières années de Périclès, attristées par des calamités domestiques, le furent même un instant par Tinjustice populaire. Ces chefs nouveaux, dontle peuple raffolait, n'étaient autre chose que les orateurs politiques formés par les sophistes. Ainsi, ce que les sophistes ont fourni à la tribune athénienne, ce sont des hommes du genre de Cléon, d*Hyperbolus, de ce Lycon que j*ai nommé tout à Fheure ; c*est une foule de *noms plus ou moins honnis dans Tbistoire , et dont quelques-uns ne sont même connus que grâce aux sarcasmes des anciens comiques. Le seul de ces orateurs qui paraisse avoir eu un talent assez remarquable, c'est Cléon, comme il était sans doute le seul aussi qui eût du courage. Mais Cléon était un ambitieux sans principes, un homme farouche et emporté ; et son éloquence se sentait à la fois et de la violence de son caractère et de la bassesse de son âme. Il avait le geste véhément, et Plutarque dit quelque part que Cléon fut le premier orateur qu'on vit ouvrir son manteau en parlant et se frapper la cuisse. Une certaine adresse impudente lui servait à dissimuler la perversité de ses desseins, et à les faire passer sous le couvert de l'intérêt général; et sa verve intarissable, son outrecuidance militaire enchantaient

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les Athéniens. Thucydide dit de Cléon : « C'était le plus violent des citoyens, et celui de tous les orateurs d'alors dont le peuple goûtait le mieux les conseils ^ » Il fut donné à Cléon de prévaloir jusqu'à sa mort contre les plus gens de bien, et de détruire presque toute Tinfluence politique de Démosthène et de Nicias, les deux meilleurs généraux de ce temps-là, mais à qui manquait la puissance oratoire. Les autres démagogues ne furent guère que des agitateurs de bas étage , des hommes qui n'avaient pour talent que les roueries et les finesses, non usées encore, de la sophistique.

n ne faut point compter parmi eux Âlcibiade ni Critias. C'étaient, malgré tous leurs défauts et tous leurs vices, deux hommes d'Ëtat et non point deux démagogues, deux véritables orateurs et non point deux parleurs impudents. Ajoutez qu'ils ne s'étaient pas formés à l'école des sophistes. Alcibiade avait appris à connaître les affaires dans la maison de Périclès, son onde et son tuteur. Il n'avait pas fait grand profit des leçons de vertu que lui avait données Socrate; mais il se souvenait de ses leçons de goût. Il parlait avec une grâce parfaite et avec infiniment d'esprit ; et un l^er défaut dans la prononciation, un grasseyement un peu enfantin, l'hésitation même avec laquelle il cherchait quelquefois le mot propre , n'empêchaient pas qu'on l'écoutât avec plaisir, de même que sa morgue aristocratique et ses insolences de bon ton avaient le don de charmer les Athéniens. Mais il n'avait pas même besoin, pour réussir auprès du peuple, de se mettre en frais d'éloquence. Les Athéniens s'éprirent, dès les premiers jours, de passion pour lui : il n'avait guère qu'à former des souhaits ; on obéissait instantanément à tous ses désirs. Aussi négligea-t-il de perfectionner ses talents oratoires, et demanda-t-il ses succès à d'autres prestiges, à sa jeunesse, à sa beauté, à son courage, à sa richesse et à ses libéralités.

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