I. — Lnther, sa vie
II. — Les auxiliaires et les adrersaizes : Mélanchthon et Zwingle. IIL — Luther écrivain et poète.
IV. — La Béforme Scandinave, néerlandaise, anglaise. — Stérilité littéraire. — Le StmpHciuimut. — La Bible.
Ce qai frappe avant tout dans Luther, c'est TAllemand et le plébéien, c Je suis fils d'un paysan, nous ditil ; mon père, mon grand-père, mon aïeul furent de purs paysans, mon père est allé à Mansfeld où il est devenu mineur : c'est de là que je suis. » Or les paysans de la Thuringe sont une race forte et dure, durum genus. Le père de Luther se nommait Jean ; sa mère, Marguerite : il a gardé ces noîns dans la liturgie qu'il a rédigée : « Jean, veux-tu Marguerite pour ta femme? — Mar-
T. lî. 1*
giierifce, veux-tu Jean pour ton mari (1) ? » La maison était pauvre : la mère portait du bois sur son dos, le père avait là main rude; pour une noix Volée, le petit Martin fut un jour battu jusqu'au sang. Pas d'homme d'église au logis : celui qui veut tenir sa maison propre, disait le chef, doit laisser dehors les prêtres et les moines (2) : quant aux écoles, c'étaient alors de vraies prisons, des enfers où les enfants subissaient tous les supplices; le petit Martin reçut le fouet quinze fois dans une seule matinée : c'est lui qui le dit.
A treize ans (1497) il fut envoyé à Magdebourg chez les frères de la vie commune ; en allant de Magdebourg à Eisenach, il chantait à la porte des maisons en demandant l'aumône. A Eisenach, il eut quelques bonnes journées; on le mit ensuite à l'université d'Erfiirt où il apprit du latin et quelque chose d'Aristote, mais point de grec ni d'hébreu. Son père le vouait au droit ; cependant, malgré son père, il entra un beau jour dans un couvent d'Augustins (1505). Il avait vu, tout près de lui, tomber la foudre ; un de ses amis avait péri de mort violente; sa mère croyait aux mauvais esprits, à la magie noire. Martin lui-même, parvenu à l'âge d'homme, n'at-taqua point ces superstitions et ne brûla pas de sorciers. L'influence maternelle, la musique et la poésie, l'ébranlement de l'imagination le prédisposaient au cloître. Il y entra donc, l'âme éperdue, et connut ces tempêtes intérieures où tant d'esprits ont naufragé. Les macérations le rendirent malade : un jour on le trouva couché^, comme
(1) Hans, wîU ta Greten zum ehellchen Gemahl haben? Grete wUl ta Hana zam ehelichen Gemahl haben ?
(2) Wer wil haben rein sein Haas,
Ber behalt Pfaffan und Monche drauss.
mort, sur le plancher ; la musique seule put le ramener à la vie. Les remords le hantaient avec une obsession implacable. € Moi qui vivais en moine, sans reproche, je me trouvais devant Dieu grand pécheur, très inquiet de conscience, et ne me sentais pas la force de Tapaiser. Je ne Taimais pas, je le haïssais môme, ce Dieu juste qui châtie les pécheurs, et, dans un muet blasphème, ou plutôt dans un murmure énorme, je m'irritais contre Lui. 2^
Qaoi Ile fiU dn néant t'a-t-U demandé Tétre, On Ta-t-U accepté?
C'est le cri de rébellion que tout homme qui pense a poussé à son heure. Après la crise, les uns s'en vont, les autres reviennent : chez ceux-ci (Luther en était) la foi combattue se fortifie dans la lutte et subjugue Tàme entière pour Tétemité. Frère Martin fut appelé à Wittenberg ; en 1511 il fit le voyage de Rome. Partant à pied, avec un viatique de dix florins, il erra de couvent en couvent, traversa rAllemagne en six semaines et atteignit en automne le sol italien. Voici le nord et le midi en présence : deux races diverses, deux manières de croire, de sentir et d'agir, deux religions déjà dans l'unité catholique non encore entamée. En Italie, enchanté de la nature, le frère Martin fut révolté par les hommes « rusés, fourbes, sans foi l'un dans l'antre ; :» menant une vie fastueuse jusque dans les clottres où € l'on mangeait les jours de jeûne plus qu'en Allemagne dans les plus riches banquets. » Sa foi cependant demeura intacte. En approchant de Borne, il s'écria : < Salut, Bome la sainte, trois fois sainte par le sang des martyrs versé dans ton sein. » Il admirait dans l'antique cité les ruines écrasées
MoUN Ion Mouveuirs, mais ce qui Tattirait surtout, c'était la i^iU^ \>i\i\\iA\i\\XK\ c Quand j'arrivai à BomCy fou de M^lntoti^ jo ))aitH>urai8 toutes les églises et toutes les oi\vptivii, jo oroyaii» tous Ivs mensonges qu'on y débitait. J'y ai dit hion d(« uuM»ea, et j'avais comme un chagrin do mi quo nuni |hMv ot ma nu^ro vécussent encore. Avec t|Uollo juio uo Ion aumis-jo yM tirée du purgatoire par luoN luoiuiiiN, moN (vuvnw ot mes {irières ! Il court à Borne \\\\ |UHi\orlto qui dit } « Houreuso la mère pour qui son H HU dit la uioiuo un diumncho soir dans l'élise de tt Huiut-ilmiu. V Avoo quoi Uinhour u*aurai8-je pas sauvé lu miouiiti! (l) »
(Votait dtiuo une &u\o naïve et pieuse : on comprend Hiui triHtuHHON on voyaut la Itomo do ce temps-là. Tandis (|u'il disait une messe, les autres prôtres, plus expéditifs, ou di^bitaieut sept, en se jouant. Ces plaisantins raillaient les Écritures, les sacrements, le pain et le vin de la communion que plus d'un prêtre consacrait en mâchonnant ce blasphème : J^anis es etpanis mambis^ vinwn es et vinum fnanebis, € pain tu es, pain tu resteras ; vin tu es, vin tu resteras. » Tous les péchés, même les plus infâmes, étaient commis sans honte et sans péril ; « s'il 7 a un enfer, disait-on, Rome est bâtie dessus. > Enfin après un mois de séjour, tout au plus, Lnther quitta l'Italie, très scandalisé, non pourtant jusqu'à la rébellion, croyant obstiné, catholique fidèle, pensant peut-être, avec le juif de Boccace, que, pour tenir encore avec de pareilles mœurs, cette religion devait être de Dien.
Il n'en était pas moins déjà remué jusqu'au plus profond du cœur par cette parole du prophète Habacuc
(1) Frlix Kuhn, Luther, $a vie et ion œuvre, trois vol. 1884.
répétée par l'apôtre Paul : « Le juste vivra de sa foi (1). d L'âme de Luther avait Tavidité de croire. « Je frappai chez Paul, anxienx de savoir ce que Paul voulait... Je commençais enfin à comprendre que la justice de Dieu est celle en vertu de qui le juste vit par don de Dieu, c'est-à-dire vit de foi. Ici je me sentis comme renaître et entrer au paradis à portes ouvertes. :d
Survint l'affiEiire des indulgences, parfaitement justifia* ble au point de vue des Romains : il s'agissait pour eux d'achever la basilique de Saint-Pierre et de tailler de la besogne à Baphaêl. Mais les Allemands qui donnaient leur argent ne tenaient d'aucune sorte à peupler Rome de chefs-d'œuvre; quant à Luther, il voyait dans la vénalité du pouvoir ecclésiastique le contraire de la grande idée proclamée si haut par le prophète Habacuc et l'apôtre Paul, c Le juste vivra de sa foi, » donc il ne vivra pas de ses œuvres, encore moins en vertu d'acquittements humains 9 d'absolutions achetées à prix d'or. Cette fois Luther n'y tenant plus^ aflScha ses fameuses thèses contre l'abus des indulgences. Premier acte d'émancipation, bien timide pourtant ; le frère Martin s'en remettait au jugement de Dieu et de l'Église, € car, disait-il, je ne suis pas si téméraire que je mette les opinions de moi seul au-dessus des opinions de tous, ni si stupide que je mette la parole de Dieu au dessus des fables conçues par l'humaine raison. >
Les thèses firent un bruit énorme dont le moine fut surpris, peut-être alarmé. Quant à Léon X, qui avait succédé à Jules II, il ne parut pas s'inquiéter de la première attaque : € Ces thèses, lui a-t-on fait dire, sont
(1) Hab. II, 4. — Rom. I, 17.
tViJtv t^ ^^Uîfc AttkfflMkOMi ivre : qosMkd fl «ora cuvé son vin, i! chiMtJt^^iir^ ^IVùi ^ — < i>& s^eBs4à sont plems de rin Uc^ax» ^ ;iv^c-</a: «£iiâ t.'ttr^ilIieatoMijiî d«$ apàeres (Actes, ii, t > \ <\^hjttttf(4 ;ttt pr.\w fttt ùicexue sk Some contre LnùKr 4UÎ «iN vv«i{w»ruc pi»^ <;« vioi écrircc doQcement an (M^v« U tv^*vcui:c oii vr*.>^*tt^sioa bni;T«iiGe de ses thèses «|m au eue LilUxs ;r»,>j» ^tcv* <« cn,»p loin. Vais que, faire uiiùiiccuaiiD '* t'\Hiv;juC-iI k» KL'ry^dre ? II était donc t'vrvw bi«fu mal^rre luû vie ifimr bi>n, hii sans eq)nCy sans !>a>\>it\ pttuvrv oie obligée de crier parmi les cygnes : bm aéii<etm/è «^fwr« imter olores. Il finissait par se fffostemer «u\ pivxb da p^Hitife : c Donnez-moi la vie ou la mort, Hp^vlva* mp^^elea, approuvez, rciirouvez comme il vons l^luux K reconnaîtrai votre voix, la voix du Christ qui eu \\»u»L txHÙde et parle. » Puis sa tête courbée se redreslait It^nisqueuient : il osait dire que Texcommunication ^^^x'Kwttsitîtiue ne pouvait exclure de cette communion intvi ioum spirituelle qui consistait dans Tunion avec Dieu, |Hir Ih foi« Tespérance et la charité. Il ne savait pas, di- «Hit «il ontvre, que TÉgUse existât virtuellement ailleurs qu'où Christ, et il allait jusqu'à proclamer avec saint Augustin, que seules les saintes Ecritures étaient des livi"t»n canoniques. Audaces étranges où il pouvait s'aventuivr sans trop de péril, soutenu qu*il était par sou {M\l\v ixîligieux, par l'Électeur de Saxe et par l'université \\{} Wittcnberg, qui l'avait nommé docteur. Aussi n'alla- («il |)as à Rome ; ses patrons firent valoir auprès du pape lu sauté faible du moine et les dangers du long chemin. liUther se rendit seulement à Augsbourg pour se justifier auprès du cardinal Caïetan, légat pontifical en Allemagne (1518). Ce voyage l'alarma, c'est lui qui l'avoue : il croyait aller au supplice et redoutait l'opprobre qui en
retomberait sur ses parents. Mais ce qui le tourmentait le plus, estait le doute. « Suis- je d^ps la grâce de Dieu ? j» A Augsbourg cependant, il se tint droit et refusa de rien rétracter à moins qu'on ne le combattît par la Bible. Or Caïetan n'ayant à lui opposer que des décrets pontiiScaux ou des témoignages de théologiens officiels, fut réduit à renvoyer Luther qui s'en alla en laissant derrière lui deux lettres : dans la première, il promettait de devenir plus tranquille ; dans la seconde, il en appelait du pape mal informé au pape mieux informé. Sur le point de conscience il restait inébranlable. En vain la timidité des uns, la frivolité des autres le poussaient à'ia rétractation, n Qu'attends-tu de ta résistance, et qu'espères-tu donc ? que l'Électeur prenne pour toi les armes ? — Non, sans doute, et je ne le désire pas. — Alors, oii te réfugieras-tu ? — Sub cœlo, sous le ciel, j»
C'est ainsi qu'il marchait dans la révolte. A la fin de l'année (1518) il couvait déjà quelque projet de fuite, pour ne pas compromettre son prince, l'Électeur. Alors le pape essaya de la manière douce. Un camérier secret , Charles de Miltitz, vint en Allemagne et, invitant le moine à dîner, l'embrassa chaudement et le mouilla de pleurs (baiser de Judas, dit Luther, larmes de crocodile). Tout ce que put obtenir ce négociateur, ce fut une nouvelle lettre au pape Léon X. Le frère Martin s'y proclamait très humblement ce lie des hommes et poussière de la terre, > et ne mettait au-dessus de l'Église, à laquelle il ne voulait pas toucher, que Jésus-Christ, Seigneur de tous. Il ajoutait toutefois qu'en se rétractant, il rendrait on mauvais service à cette Église. Une seule concession lui était possible, et il la ferait très volontiers, c'était de se taire dorénavant sur les indulgences... pourvu que ses
adversaires voalufisent bien, de leur côté, contenir I^r déclamations ampoulées , contineant suas vanas ampullas.
Après Miltitz, vint le docteur Eck de Leipsig : c La papauté est-elle d'institution divine ou humaine ? > — Humaine, répondit Luther. Alors Eck, adroitement, le traita de hussite ; les hussites étaient mal vus en Saxe où leur hérésie avait fait couler des flots de sang. Non moins hahile, Luther se tira d'embarras en s'abritant derrière les Pères de TÉglise grecque, lesquels ne s'étaient jamais soumis au pontife romain. € On me calomnie en me représentant comme Tami et le patron des hérétiques hussites... Jamais je n'ai aimé ni n'aimerai le schisme... Je n'ai prétendu établir qu'une chose, et je prie tout chrétien pieux d'y bien réfléchir. N'est-ce pas une criante injustice que de repousser de l'Église et de chasser du ciel où ils sont, tant de milliers de martyrs et de saints qui ]K*udant quatorze cents ans ont illustré l'Église grecque ? » Et il répéta le même jour, dans la séance de relevée (5 juillet 1519) : < Il n'est pas nécessaire au salut de cîroiro que TÉglise romaine prime les autres Églises. — Qu'imivortc que Wiclef ou Jean Huss ait dit cela ? Je sais que (Jrégoire de Nuzianze, Basile le Grand, Épiphane, (îyprien «t un nombre infini d'évêques grecs n'ont pas cru & dte primauté, et mut sauvés néanmoins. Il n^apparti(;nt ni au pa|M} ni aux inqmsitenfs de faire de noavi«aux iirticleN de foi. Ils n'ont qu'à juger selon la foi éta-
(!ittU) iliitpute de Leipsig fut très intéressante dans riilMtoin; de la Réforme; Eck se cnit vainqueur et riHir'litt Nur le champ de bataille, mais toute la jeunesse tut |Kjiir Lutlier qui, dans le feu de la lutte, avait brûlé
ses vaisseaux. Cependant Eck, tyenace jusqu'à Timprudenoe, voulut agir à Rome et obtenir rexcommunication de lliérétique ; pour son malheur et celui de TÉglise, il y arriva. On n^attendait que ce coup pour déclarer le schisme. Luther s'était déjà lancé dans le mouvement quiy provoqué par Hutten, entraînait l'Allemagne. Pour Hutten, qui traitait la question humainement, il s'agissait de lever toutes les forces de la nation : c Ensemble nous établirons et nous défendrons la liberté de tous, ensemble nous délivrerons la patrie de tous les esclavages qui l'accablent. > Ces mots de patrie et de liberté retentissaient fortement à l'oreille de Luther : < Les dés sont jetés, écrivit-il à Spalatin, je méprise Rome, et ses faveurs, et ses colères. Jamais je ne me réconcilierai avec eux. Qu'ils condamnent ou brûlent mes livres, à mon tour, à moins qu'il n'j ait plus de feu au monde, je condamnerai, je brûlerai tout le droit papal, ce serpent à mille têtes des hérésies. Il faut en finir avec l'humilité. j>
Et il tint parole. La fameuse bulle Expurge Domine (en fort beau latin) qui excommuniait Luther fut lancée le 16 juin 1520. Elle n'éclata en Allemagne que trois mois après ; dans l'intervalle, les pamphlets les plus terribles avaient paru, notamment cette fameuse adresse enflammée par le souffle ardent de Hutten : <( A la noblesse chrétienne de la nation allemande touchant la réforme de la chrétienté. » L'insurrection était déjà déclarée et l'art s'en mêlait : les peintres illustraient l'œuvre du rebelle, les imprimeurs se soulevaient, les maîtres chanteurs poussaient des cris dé guerre ; enfin le 10 décembre (1520), la bulle du pape fut jetée au feu devant une porte de Wittenberg. Ce fut un acte solennel et public : le peuple et l'Université en corps assistaient au
spectacle. Avec la bulle, périt dans les flammes toat le droit canon. La réforme était faite.
Encore on peu de temps et nous irons à Worms. Charles-Quint, le nouvel empereur, ne voulait pas être Taveugle instrument du saint-siège, ni sacrifier Luther sans Favoir entendu. L'Allemagne était d'ailleurs à ménager, notamment la Saxe et son prince. Il convenait donc de commencer par les moyens doux ; une diète fiit convoquée à Worms, et Luther, protégé par unsauf-conduit, reçut l'ordre d'7 comparaître : il n'hésita pas, malgré les conseils inquiets de ses amis. € J'irai à Worms, s'écria-t-il, dût-on m'y traîner malade. )) Cependant , en quittant Wittenberg, il dit au doux Mélanchthon : c Si je ne reviens pas , frère, ne cesse point d'enseigner et demeure ferme dans la vérité. Puisque je ne pourrai plus rien, travaille à ma place. Qu'importe que je meure si tu vis ? d
En route il reprit courage et s'exalta par des défis superbes : a: Quand ils allumeraient de Worms à Wittenberg un feu dont les flammes monteraient jusqu'au ciel, je ne reculerai pas. ]» Enfin, le 13 avril, il fît son entrée dans la ville en voiture découverte, vêtu de son froc, précédé du héraut de l'empire à cheval, escorté de chevaliers qui lui rendaient hommage, a: Le grand hérésiarque, écrit Aleander, entra avec une suite de plus de cent chevaux. »
A la diète, devant l'empereur, Luther se troubla un instant ; après la séance, quand il fut seul, il eut des dé- &illances,des terreurs d'imagination, des hauts et des bas, a comme un navire battu par la vague et le vent, tantôt au fond d'un goufi^, tantôt par-dessus les nues. > Dans son angoisse, il poussait en priant des cris entrecoupés : « 0 Étemel, Dieu tout-puissant, quelle chose est-ce donc que
le monde ! comme il force les lèvres des hommes ! Comme leur confiance en Dieu est petite ! Que la chair est faible ! Que le diable est paissant I... C*en est fait de moi^ la cloche est fondne, le jugement est prononcé... Ah Dieu, ah Dieu ! 0 mon Dieu ! mon Dieu ! Tiens-toi près de moi contre la raison et la sagesse de ce monde ! Fais-le ; fais-le seul ! Tu dois le faire I Ce n'est point ma cause, c'est la tienne !... Soutiens-moi, ô Dieu fidèle, étemel ! Je ne m'appuie sur aucun homme. Tout cela n'est que vanité, tout ce qui est chair est chair, et tombe. 0 Dieu, ô Dieu, n'entends-tu pas ? Mon Dieu ! es-tu mort ? Non, tu ne peux mourir, tu te caches seulement... Mon Dieu, où es-tu ? Tiens, viens I Je suis prêt à y laisser ma vie, comme un agneau... Le monde ne pourra pourtant pas forcer ma conscience, quand même il serait plein de diables. Et si mon corps, ta créa* tion, l'ouvrage de tes mains, doit tomber en ruine, mon âme est à toi {die SeeJe ist dem), elle t'appartient ; elle demeure à toi éternellement. Amen. 0 Dieu, soutiensmoi. Amen (1). >
Cette prière lui rendit la force et le calme; à la diète où il reparut, il ne cria pas, mais parla doucement, avec tact, honnêteté, décence et modestie (feiriy sittUch, zUchtig und heseheiden). Voici la conclusion de son discours, le passage du Rubicon : <c Je ne peux me soumettre ni au pape ni aux conciles qui se sont trompés plus d'une fois et contredits les uns les autres. Tant donc qu'on ne m'aura pas convaincu par les saintes Écritures ou par des témoignages irrécusables, je ne puis et ne veux rien rétracter, car il n'est pas sûr pour le chrétien de parler contre sa cons-
(1) Œwret dé Lirf*<r, édition d'ErlangeiJ,LXIV, 289. — KcHN,<)?n ci/. 1,611.
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<ç,^!t.. "^i vlvîi >.»*C'7>'!4 [^"sriUï? p^visséu du purîù Tvku vient À \\'i^*^ à ^;:u sait aîcervdtv» hi:ti»TvHts Wuceiuout, c lais- «k^ f^'tv l^uHi ce sa parole.- Pïvnei exemple snr moi... %K^ u\it runi (ait qu amunicer, prêcher, écrire la parole de OuHu non aiutw Et tandis qne je dormais, on que je ba- \«iî» nmbù^a' do Wittenbei^avec Philippe (Mélanchthon)
(1) Uier Bteh ich ; ich kann niclit aDders : Gott helfe mir. : amen.