GARNISON
“14 Officiers majors, compris un garde marine servant de commandant.
76 Soldats, compris quatre officiers soldats. 13 matelots, compris quatre officiers mariniers.
2 Canadiens, servant de commis dans les magusins par les ordres de M. de Bienville, commandant.
1 Maitre valet aux magasins.
compris 1 curé.
6 Ouvriers.
1 Canadien, servant d'interprète.
6 Mousses, tant pour apprendre les langues sauvages que pour servir en mer et à terre les ouvriers.
HABITANTS, 24 Habitants,qui n’ont aucunes concessions de ter-
CILAP. IV.] 86
. re-assürées, Ce qui empèche la plupart d’ouvrir des habitations.
28 Femmes.
25 Enfans.
80 Esclaves, tant sauvages que sauvagesses, de différentes nations.
Total général
279—dont six malades.
Plus, 60 Canadiens errants, qui sont dans les villages sauvages situés le long du fleuve du Mississippi, sans permission d’auoun gouverneur, et qui détruisent par leur mauvaise vie libertine avec les sauvagesses tout ce que messieurs des Missions étrangères et autres leur enseignent sur les mystères de la religion.
Bssriaux.
50 Vaches à lait.
40 Veaux.
‘4 Taureaux.
8 Bœufs, dont 4 appartenant au roi.
1400 Côchons et truies."
2000 Poules ou environ.”
On verra que la colonie avait fait quelques progrès, si l’on consulte une aütre note aficielle sur l’état de la colonie, datée du 30 avril 1704, et antérieure de quatre ans à la précédente. Elle est ainsi conçue :
“180 Hommes portant les armes.
2 Familles françaises, qui n’ont que 8 petites filles et 7 jeunes garçons de un à 10 ans.
6 Jeunes garçons sauvages, esclaves, de 15 à 20 ans.
Un peu de terre défrichée aux environs du fort Louis.
80 Maisons de bois à un étage, couvertes en lata-
niers et po
[omar. 1v.
9 Bœufñs, dont 5 appartenant au roi.
14 Vaches.
4 Taureaux, dont 1 au roi.
‘6 Veaux.
100 Cochons, 8 Cabris.
400 Poules.”
Il est à remarquer qu’au moment où M. de Lasalle représente, en 1708, les colons de la Louisiane, au nombre de 279 personnes, comme propriétaires de 1400 cochons et truies, 2000 poules, et une céntaine de bêtes à cornes, M. de Bienville informait son gouvernement que les habitants mouraient de faim, et qu'ils étaient presque tous nus, parce qu'on ne recevait pas de marchandises de France.
* ÎlLest difficile de découvrir la vérité au travers de toutes ces versions contradictoires ; mais ce qui paraîtra toujours inexplicable, à quiconque connaît la facilité avec laquelle on pouvait ensemencer le sol de la colonie, et les prodigieuses ressources que devait offrir le pays en fait de chasse et de pêche, c’est que prèsde trois cents habitants européens, avec tout le savoir-faire qu'ils avaient dû apporter de ce foyer de haute civilisation qu’ils venaient de laisser, avec toutes les ressources dont les avait pourvus et dontæ#les pourvoyait encore le gouvernement qui les avait envoyés, ne pouvaient subsister à la Louisiane, et étaient tellement dépendants, pour leur nourriture, de .St. Domingue, des autres îles voisines et de France, que le gouverneur était réduit à écrire que la . colonie, après huit ans d’existence, était dans un si grand état de détresse, que les habitants mouratent de faim ! Pour que ce tableau ne fût pas exagéré, il aurait fallu que les colons eussent été‘inférieurs aux sauvages en intelligence et en industrie. La vérité estqu'ils n'étaient nullement venus dans l'intention de cultiver la terre, mais dans l’espoir de s'enrichir subitemeéntpar la découverte
de mines précieuses et par la pêche des perles. Ils s’6- 1708. taient habitués à l’idée que, pendant qu’ils se livreraient à ces recherches, qui flattaient leur imagination, leur paresse et leur cupidité, le gouvernement fournirait à tous leurs besoins. De là, leur obstination à ne pas se suffire à eux-mêmes, et les disettes continuelles qui étaient la conséquence d’une pareille incurie. saÎle Il est, juste de dire que les fièyres dont les habitants von étaient attaqués, et À er chaleurs du pays, étaient Hd de puissantes raisons pour les tenir dans un état d’indo- »s à lence et d'inactivité. Les fièvres reparaissaient chaque Le année, et étaient d’un caractère tellement grave, que le pres” commissaire-ordonnateur, d’Artaguette, jugea convenahan- ble d'informer le gouvernement qu’il était de toute nécessité d'envoyer sur les lieux un ReRrEE du premier s de mérite.
aîtra Bienville qui, depuis la mort de M. de Muys et malilité gré sa destitution, gouvernait la colonie par intérim, 0lo- avait trop de sens et de capacité pour ne pas voir qu’elle r le ne pouvait prospérer, tant qu’on ne se livrerait pas à la vois culture des terres. Mais les blancs qu'il avait sous ses u'ils ordres ne voulaient pas travailler, et les sauvages que tion l’on avait cherché à réduire en esclavage n'étaient guère dont d'aucune utilité. On ne pouvait leur persuader de prenzou- dre des habitudes de travail ; à la moindre apparence ster | de coercion, ils s’enfuyaient dans les bois. Aussi, afin leur d'y obvier, Bienville, dans une dépêthe adressée au mis et nistre, en date du 12 octobre, proposait d'échanger des e la sauvages pour des noirs avec les habitants des îles. “On and donnera, disait-il, trois sauvages pour deux nègres. Les im | sauvages, dans les îles, ne pourraient pas fuir, étant dépayallu sés, et les noirs ne pourraient aller marrons ou Louisia- *on ne, parce que les sauvages les tueraient.” À lent Il ajoutait :J’ai ordonné de veiller sur plusieurs habi- Le tants de la Rochelle qui sont dans le dessein de sortir du rte pays. Ce sont des gens qui ont amassé du bien en te-
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nant cabaret. Par conséquent, il serait, ce me semble, juste de les obliger à y rester.”
La logique de'ce raisonnement est plus que contestable, ei cet acte de despotisme ne pouvait avoir que de fâcheuses conséquences pour la colonie. Ce n’était guère le moyen d’attirer des colons, que de proclamer au monde que la Louisiane était une prison, dont les portes se fermaient sur tous ceux qui y entraient et ne s’ouvraient que difficilement poûr ceux qui voulaient en sortir. )
La demande faite par Bienville au sujet de l'échange des sauvages pour des nègres fut soumise. à M. Robert, un des chefs de bureaux du ministère de la marine, lequel répondit par cette note, en date du 26 novembre : “j'ai examiné la proposition de M. de Bienville, appuyée par M. d’Artaguette, de ‘faciliter aux habitants des îles les moyens d'échanger des nègres contre des sauvages. Cet échange ne peut se faire: Les habitants des îles qui ont de bons nègres, les gardent. Le seul moyen d’avoir des nègres, dont le service est en effet fort utile, est de les faire venir de la côte de Guinée ou de les acheter de ceux qui les y Vont chercher.”
Le sieur de Lasalle, depuis sa destitution, n’en était pas moins resté dans la colonie ; bien qu’il ne fut plus revêtu d'aucun caractère officiel, il ne s’en occupait pas * moins des affairesde la colonie, et ne se faisait pas faute d'envoyer dépèche sur dépèche au ministre. Dans celle du 12 mai, il demande qu'il soit envoyé trente filles, pour empêcher par des mariages les désordres et les débauches qui se commettent avec les sauvagesses. “Cela, dit-il, retiendrait un nombre de voyageurs qui ne s'amusent guère qu’à aller chercher des esclaves chez tous les sauvages de la Louisiane qui, par cette raison, sont animés contre nous; outre que plusieurs de ces libertins se ‘font assommer, ce dont on ne peut tirer vengeance, et ce qui fait mépriser la nation par
ces sauvages Le nommé Laberre, Canadien, vient d’être assassiné par deux sauvages et une sauvagesse qu’il amenait pour vendre. Il faudrait des nègres.” M. d’Artaguette, qui était un homme intelligent, pensa, comme Iberville et Bienville, qu'il fallait appeler Vattention du gouvernement sur les bords du Mississippi et écrivit au ministre : “jai été au mois de décem-
bre dernier visiter le Mississippi, et l'établissement :
projeté entre ce fleuve et le lac Pontchartrain. fly a 5 à 7 habitants qui y ont semé environ, chacun, un arpent de blé, provenant des Illinois, qui est venu fort beau. ‘Le sieur de Bienville a donné 4 arpents de terre sur 36 de profondeur à ces habitants, qui assurent tous que l'on peut placer cent habitants dans cet endroit.”
L'emplacement, auquel d'Artaguette fait mention dans
cette dépêche, est probablement le plateau connu aujourd’hui sous le nom de Gentilly.
Ce qui sans doute avait empêché le gouvernement de faire le principal établissement de la colonie sur les bords du Mississippi, était la difficulté de le garantir contre les inondations du fleuve. Mais les avantages d’un pareil établissement dans cette localité étaient tellement évidents, surtout pour ceux qui étaient sur Îles lieux, qu’'Iberville, Bienville et d’Artaguette avaient successivement fait des efforts auprès du gouvernement, pour qu’il fit les dépenses nécessaires à la colonisation des bords du fleuve. N Malheureusement, l'état précaire dans lequel, depuis neuf ans, se trouvaient les établissements de Biloxi, de la Mobile et de l’île Dauphine, n’encourageait guère le gouvernement à en faire d’autres ailleurs. Eneffet, la misère des colons était toujours fort grande, s’il fauten croire une dépèche de Bienville, du ler septembre, dans laquelle il dit” La détresse est toujours croissante. J’appréhende de ne pouvoir tirer des sauvages assez de blé d’Inde pour la subsistance de la garnison pendant tout l’hiver, en ayant fort peu, et
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90 [onar, rv.
1709. elle pourra être obligée de commencer dans le mois de
janvier à manger du gland.” é Que ce fut de la faute du gouverneur ou non, ce n'en
était pas moins un fait incontestable : que la colonie, depuis sa fondation, était restée à l’état d’embryon et de-. vait nécessairement périr, si elle ne prenait pas plus de développement. Cet état de choses donnait lieu à de violentes récriminations contre Bienville. Marigny de Mandeville, un des officiers de la garnison, présenta au ministre un mémoire dans lequel il disait : “quand il y aura un gouverneur de tête,et intègre pour les intérêts du roi, il réduira tous les coureurs de bois et la colonie fleurira. Les gens mariés vivent dans la même fainéantise que les Canadiens célibataires,alléguant pour leur excuse qu'ils ne voient rien de solide, et que, lorsqu'ils verront que le roi jettera des troupes dans la colonie et des habitants, ils travailleront, parce que dans le cas contraire, il leur serait fâcheux de défricher des terres et de faire des travaux pour tout abandonner.” .
Toutes ces plaintes réitérées, portées contre Bienville, avaient fini par Vaigrir, et, sortant du role passif où il s'était renférmé jusqu'alors, il commença, à son tour, à répondre avec acrimonie aux attaques de ses adversaires, et, dans une de ses dépêches, il se plaignit amèrement de ce que le curé de la Vente, des missions étrangères, cherchait à ameutertout le monde contre lui, “tandis que, ce même curé n'avait pas honte de tenir boutique
ouverte et vendait comme un juif arabe. ‘-
; L'année, 1710 arriva, sans apporter aucune modification à l’état de détresse dans lequel végétait la colonie. Car Bienville fut forcé d'annoncer au gouvernement la mauvaise nouvelle ; “qu’il était dans une si extrême pénurie de vivres, qu’il avait été obligé de donner la plus grande partie de ses hommes à nourrir aux sauvages.”
L’infatigable curé de la Vente qui faisait une guerre si vive à Bienville et qui s’occupait pour le moins autant
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du temporel que du spirituel de la colonie, ne manquait pr’. fe son côté, de donner au ministre tous les renseig. -aentsqu'il croyait utiles, ou bien capables de servir son animosité contre Bienville. Aussi, il ne négligeait pas d'instruire le gouvernement de la misère dans laquelle se trouvait la colonie, et il écrivait au ministre : “La' difficulté que les habitants qui sont au fort St.- Louis de la Mobile ont eu de subsister, faute de secours depuis si long-temps, les a déterminés à jeter les premices d’un établissement à l’île Massacre, dans l'espérance d’être plus promptement secourus, soit par la pêche qui y est abondante, soit par le commerce qui yést plus commode avec Pensacola, de sorte ‘qu'il y a actuellement une vingtaine de maisons bâties asses commodément par les habitants, qui n’atténdent plus que les secours que mo: seigneur leur enverra.” 4 ‘Ici reparaît encore l’idée dominante des colons: celle d'attendre toùt ce dont ils pouvaient avoir besoin du
goüvérhement, sans tenir aucun compte de ce qu’il leur
aurait été facile d'améliorer leur position, ét dese met: tre,'au moins, à l’abri de la famine par leurs propres travaux. L j \
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