‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 59 sur 95 · NT LES · texte numérisé non relu

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“Ces barbares, avant que d'entreprendre ce massacre, s'étaient assurés de plusieurs nègres, entr'autres de ceux de la Terre-Blanche, à la tête desquels ctuient les deux commandeurs, qui firent entendre aux autres nègres qu'ils seraient libres avec les sauvages (ce qui a etfectivement été pendant le temps qu’ils ont été avec eux),

(1) Ce malheur ne serait pas arrivé, si ce brave officier n’avait pas été destitué quelque temps auparavant.

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et que nos femmes et nos enfants seraient leurs esclaves. Île leur firent aussi accroire que le même jour qu'ils nous détruiraient aux Natchez, les autres nations frapperaient dans tous les quartiers des Français. Ce qui se serait exécuté, si je n’avais détourné l'orage en appelant ici, au mois d'octobre dernier, les chefs Chactas que je savais être en pourparler avec nos voisins de l'Est, qui devaient entrer chez cette nation avec cext vingt che. vaux chargés de marchandises, lesquelles devaient être la récompense de notre destruction. Ce dont ii v long temps que nous sommes menacés dans tette province. On n’en regardait pas moins ceci comme un bruit de sauvages, qui sont ordinairement menteurs.

“Le même jour que j'appris la destruction du poste des Natchez, j'envoyai le sieur de Merveilleux. capitaine d'infanterie, dans une pirogue, avec un détachement, pour avertir tous nos habitants, des deux côtés du fleuve, de se tenir sur leurs gardes, et de se faire des redout: de distance en distance, pour mettre leurs esclaves et leurs bestiaux à l’abri, en cas d’attaque.

“Ce qui a été promptement exécuté tant d’un côté que de l’autre côté du fleuve, de sorte qu'il ne manquerait plus que des hommes pour être en sûreté, les forts étant faits et en état de défense. J’ordonnai aussi au sieur de Merveilleux d'examiner de près les petites nations qui sont sur le fleuve, et de ne pas leur donner d’armes que je ne fusse sûr de leur fidélité. Je fis partir le même jour un courrier pour me porter une lettre aux Chactas, et avertir deux chefs de cette nation, qui étaient en chasse sur le lac Pontchartrain, de me venir parler.

“Le 3 décembre, il arriva une pirogue venant des Illinois, dans laquelle il y avait un Chactas qui demanda à l'interprète de me parler en particulier. Je le fis venir sur le champ. Après m’avoir fait son compliment, il me dit : Je suis bien fâché de la mort de nos frères ; je l'aurais même pu empêcher, si je n'avais regardé comme un

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mensonge ce que m'ont dit les Chickassas, lorsque j'étais en haut; mais présentement je vois qu'ils ne m'ont pas menti ; c'est pourquoi, tiens-toi bien sur tes gardes. Ils m'ont donc dit, que les sauvages devaient donner sur tous les quartiers français et les assassiner tous; que notre nation même était du complot. Ce qui m'avait fait regarder la chose comme fausse, par l'amitié que nous avons pour nos frères les Français. Ainsi, laisse-moi aller dans ma nation, que je voie ce qui s’y passe. Je porterai une lettre à l'officier français qui y est, et je rapporterai des nouvelles à la Mobile. Ce qu'ila fait. Je n’eus pas plutôt quitté ce sauvage, que d’autres, des petites nations voisines, vinrent nous avertir que nous avions à craindre les Chactas, que l’on disait même avoir donné à la Mobile. Effectivement, nous avions eu un homme de tué et un de blessé dans la rivière de la Mobile, sans qu’on ait pu savoir par qui Ces mauvaises nouvelles, que je cherchais à cacher, se répandirent aussi vite que la terreur. Ce fut alors que je vis avec grand chagrin qu'on était moins Français à la Louisiane qu'autre part. La peur avait si fort pris le dessus, que jusqu'aux Chaouachas, qui étaient une nation de trente hommes, au-dessous de la Nouvelle-Orléans, faisaient trembler nos habitants. Ce qui me fit prendre le parti de les faire détruire par nos nègres, ce qu'ils exécutèrent avec autant de promptitude que de secret. Cet exemple, fait par nos nègres, a tenu dans le respect les autres petites nations de dessus le fleuve. Si j'avais voulu me servir de nos nègres de bonne volonté, j'aurais détruit toutes ces petites nations qui ne nous sont d’aucune utilité, et qui peuvent au contraire porter nos nègres à la révolte, comme nous le voyons par l'exemple des Natchez. Mais j'avais des ménagements à garder, et, dans l’état où j'étais, je ne devais me fier qu’au peu de Français que j'avais. Ce qui me les fit tous assembler, pour armer ceux qui ne l’étaient pas. J’ai divisé ceux de la ville en

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quatre compagnies, qui forment environ cent cinquante hommes. A la tête de chacune, j'ai mis un conseiller et des employés pour officiers. J'ai aussi mis à la tête de celles que j'ai formées sur le fleuve les principaux habitants, et j'ai fait ensuite venir des nègres pour travailler, autour de notre ville, à un retranchement que je ferai continuer cet automne.

“Le 5, les avis que j'avais eus se confirmant de plus en plus, je pris le parti d’envoyer en France le St. Michel, qui était destiné pour le Cap, afin d'informer la cour et la compagnie de l’état où était la Louisiane, et afin de demander les secours dont nous avons besoin pour prévenir le malheur dont nous sommes menacés depuis si long-temps, et qui arrivera sûrement, si on ne met les postes en état de se défendre.

“Le même jour, il arriva ici trois nègres qui s'étaient sauvés des Natchez, et qui me confirmèrent les avis que J'avais, ayant entendu dire la même chose aux Natchez, et de plus, qu’ils devaient mener les nègres qui n'étaient pas de leur parti aux Chickassas, avec les femmes et les enfants français. Ils me racontèrent qu'ils avaient vu les têtes de nos officiers et employés rangées à part, et celles des habitants vis-à-vis.

“Le 7,ilest venu ici un chef chactas, de ceux qui étaient en chasse de l’autre côté du lac, qui m’a dit qu'il avait envoyé ma lettre dans sa nation, et qu'il avait invité ceux qui étaient ennemis des Natchez à marcher. Il me recommanda de ne pas me servir des petites nations de dessus le fleuve, parce qu’il les soupçonnait. Je lui dis que je pensais comme lui, parce que ces petites nations croyaient que la sienne était du complot ; que, soit qu’ils en fussent ou non, je me préparais à recevoir ceux qui viendraient, et que j'avais donné des ordres pour cela partout. J'étais bien aise de ne pas leur laisser ignorer que le secret était éventé, en cas qu’ils fussent de la conspiration.

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“Le 8, j'ai envoyé le sieur Broutin, ingénieur, avec des ordres pour le sieur de Loubois, qui était à la Pointe- Coupée, à quarante lieues au-dessus de la Nouvelle- Orléans, avec un détachement de soldats et d'habitants. Je lui crdonnai de faire en sorte de savoir ce que faisaient les Natchez ; si les hangars et les maisons étaient brûlés, et un grand bateau qui y était lors du massacre ; de faire en sorte de ravoir les femmes françaises, leurs enfants et nos nègres, et d'enlever aux Natchez leurs pirogues.

“Le ler janvier 1730, voyant que je ne recevais aucune nouvelle des Chactas, par l'officier qui était dans cette nation, je fis partir le sieur de Lassus, capitaine d'infanterie, pour se rendre aux Chactas par la Mobile, et voir par lui-même ce que nous devions espérer de cette nation.

“Le 4, j'appris que les Natchez avaient été chanter le calumet aux Chactas, ce qui me confirma que les avis qu’on m'avait donnés, de me méfier des Chactas, n'étaient que trop vrais.

“Le 8, le père Doutreleau, jésuite, venant des Illinois, est arrivé avec deux coups de fusil dans le bras, lequel m'a rapporté avoir été attaqué le premier jour de l’an, à l’entrée de la rivière des Yazoux, en disant la messe ; que les sauvages de cette nation lui avaient tué trois hommes, et que lui, troisième, s'était sauvé avec ses habits sacerdotaux. Ce qui nous a confirmé que le poste des Yazoux a été également détruit, quoique le chef de cette nation m’eût envoyé dire, après le massacre des Natchez, de ne pas m’inquiéter, parce qu’il allait avertir nos Français de dessus le fleuve, de se tenir sur leurs

gardes, et parce qu'il allait défendre nos Français des Yazoux contre ceux qui viendraient les attaquer. Cette assurance ne m'avait pas empêché d'envoyer avertir par terre les Illinois par les deux côtés du fleuve. Pour plus de sûreté, voyant le risque où étaient les voyageurs, j'ai

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fait partir, le 15, une pirogue armée de vingt hommes de bonne volonté, dont six sont nègres, pour aller aux Illinois porter de la poudre, ramasser en chemin tous nos voyageurs, et les escorter ici. Depuis le 2 décembre, je n’apprends que des nouvelles plus désagréables les unes que les autres. On tue des Français partout,sans que l’un puisse secourir l’autre, puisque nous sommes également menacés, et que nous avons autant à craindre en voulant nous joindre qu’en restant dans nos postes. Ce qui m’a fait prendre le parti de garder le centre, et changerla résolution que j'avais prise de monter aux Natchez, .* les Chactas nous étaient fidèles,

“Le 16, j'ai reçu une lettre du sieur Régis, qui est aux Chactas; il m'apprend qu’aussitôt qu’il leur a porté ma parole, ils ont fait le cri de mort, et sont partis, au nombre de sept cents guerriers, pour aller donner sur les Natchez; qu’un parti de cent cinquante hommes doit aller aux Yazoux pour arrêter les Natchez, ou les nègres qu’on pourrait conduire aux Chickassas. Voilà la première bonne nouvelle que nous ayons apprise depuis quarante-cinq jours.

“Le lendemain, j'ai reçu des lettres de M. de St. Denis, qui commande aux Natchitoches, et pour lequel nous craignions avec raison, puisqu'il y avait des sauvages de cette nation mélés avec les Natchez, lors du massacre des Français. La vigilance de cet officier l’a garanti du malheur dont il était menacé.

“Le 26, j'ai envoyé M. Baron, dans mon canot, avec deux pièces de canon et des munitions de guerre, pour attendre aux Tunicas des nouvelles de la marche des Chactas.

“Le 28, le chef des Avoyelles m’a apporté une chevelure de Natchez; un Chactas, qui était monté par le fleuve, m'en a envoyé une autre. Cette bonne nouvelle a été corrigée par la perte de sept de nos gens, qui étaient allés en parti avec le sieur Mesplet, dont cinq ont été

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blessés de plusieurs coups. Ils en ont brûlé deux, tandis qu’ils nous envoyaient le troisième pour nous faire des propositions de paix, en nous demandant des marchandises et des otages, surtout de la poudre et des fusils. Le sieur Broutin était même venu me demander si je souhaitais qu’il füt en otage ; ce qui fait voir combien on connaît peu les sauvages de la Louisiane, qui ne veulent des otages que pour avoir la satisfaction de les brûler, .

“Le 31 janvier, j'ai appris par M. de Loubois que, le 27, sept cents Chactas, à la tête desquels était le sieur Lesueur, avaient donné sur les Natchez, qu’ils en avaient tué une centaine, pris quinze ou vingt prisonniers et repris cinquante quatre de nos femmes et enfants avec cent de nos nègres. La défaite aurait été entière sans les nègres révoltés, qui empéchèrent les Chactas d’enterrer les poudres et qui avaient par leur résistance donné le temps aux Natchez d'entrer dans les deux forts. Les Chactas disent avoir été obligés d'attaquer plus tôt qu’ils ne l'avaient promis, dans la crainte que les Natchez ne se méfiassent d'eux. (1) Mais la véritable raison était pour avoir seuls le butin et ne pas le partager avec les petites nations. Îls croyaient, d’un autre côté, la défaite des Natchez plus facile, parce qu’ils ne s’attendaient pas à avoir affaire aux nègres. Après ce coup fait, les Chactas n’ont plus songé qu’à demander des marchandises et ont fait enrager M. de Loubois pour en avoir, n’ayant pas voulu renvoyer nos femmes et nos nègres avant d’avoir eu de ses marchandises. Du 12 de ce mois, que M. de Loubois est arrivé aux Natchez, on n’a ouvert la tranchée devant un des forts que le 20. Ces huit jours de vide causés par la mauvaise volonté

(1) Les Chactas avaient surpris les Natchez se livrant à toute espèce de réjouissances pour célébrer le massacre des Français. Ce combat eut lieu tout près du bayou Ste. Catherine.

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