‹ Histoire de la machine à vapeur (volume 2)Chapitre 15 sur 141 · SALOMON DE CAUS · texte numérisé non relu

SALOMON DE CAUS

enfermée dans une bombe et chauffée, la ferait éclater, si épaisses qu'en fussent les parois. Le fait fut publié dans le traité d'artillerie de Rivault en 1608. Il dit : « L'eau est convertie en air, et sa vaporisation est suivie d'une explosion violente. »

En 1615, Salomon de Gaus, qui avait été ingénieur et architecte sous Louis XIII, roi de France, et qui fut plus tard au service du prince de Galles, fit paraître à Francfort un ouvrage intitulé : Les Raisons des forces mouvantes, avec diverses machines tant utiles que plaisantes, dans lequel il démontrait son « théoresme » : « L'eau montera, par aide du feu, plus haut que son niveau », en décrivant une machine destinée à élever Teau par le pouvoir expansif de la vapeur.

Dans le dessin que nous donnons ici (fig. 5), lequel est copié sur l'original, qui se trouve dans Les Raisons des forces mouvantes, A est la sphère en cuivre contenant de l'eau ; B, le robinet à l'extrémité du tube puisant l'eau dans le fond G du vase; D, le robinet qui sert à remplir celui-ci. Le dessin est probablement de la main même de de Gaus.

La machine de de Gaus, comme celle de Porta, consistait donc en un vase de métal, en partie rempli d'eau, dans lequel était ajusté un tube, descendant presque jusqu'au fond et ouvert à l'extrémité supérieure. Lorsqu'on chauffait l'appareil, la vapeur formée chassait, par sa force élastique, l'eau du vase à travers le tube vertical. Elle l'y faisait monter à une hauteur qui n'avait d'autre limite que le désir du constructeur ou la force de résistance du vase.

En 1629, Giovanni Branca, de la ville italienne de Lorette, décrivit, dans un ouvrage^ publié àRome, un certain nombre de dispositions mécaniques ingénieuses, parmi lesquelles était une machine à vapeur (fig. 6) dans laquelle ce fluide, sortant d'une chaudière, allait frapper sur les palettes d'une roue horizontale. Il proposait d'appliquer cette machine à beaucoup d'usages utiles.

1. Le Machine diverse del signor Giovanni Branca, cittadino romano, ingegniero, architetto délia S ta Casa di Loretto, Roma, hogxxix.

THDRSTON. I. — 2

A cette époque, il se faisait en Angleterre des expéneoces qui bientôt eurent pour résultat une application utile de la puissance de la vapeur à l'élévation de l'eau.

Une patente du 21 janvier 1630 fut octroyée par le roi Charles I" à David Ramseye*, pour diverses inveotioDs dont voici la liste : >< 1° Produire en plein champ, sur quelques acres de terrain, du salpêtre en quantité suffl-

vapeur ds Bisdcj I6iJ

santé pour la cousommation de tous nos États 2" puiser, au moyen du feu leau contenue dans les fosses profondes; 3° faire marcher dune manière continue toutes sortes de mouhns en eau dormante sans le secours du vent, de 1 eau, ni des chevaux 4° faire des tapissenes de toute espèce, sans 1 emploi d aucun métier à tisser, m d'aucun procédé ayant jamais été en usage dans ce royaume ; 5" faire marcher les barques, bateaux et navires contre vent et marée; 6° augmenter la fertiUté de la terre; 7" épuiser l'eau contenue dans les lieux bas, les mines et les fosses à charbon, par un nouveau procédé n'ayant cdcore jamais été mis en pratique ; 8° rendre malléable le fer dur, et rendre aussi le cuivre doux et tenace, ce qui n'est pas en usage dans ce royaume; 9° faire blanchir très promptement la cire jaune. »

1. Fœdtra de Rymer, Sanderson. — Hydrautks d'Ewbftnk, p. 419.

BRANCA, RAMSEYE. 19

Tel semble avoir été le premier renseignement authentique, relatif à remploi de la vapeur dans les arts, qu'on ait trouvé dans la littérature anglaise. L'inventeur breveté jouissait de ses droits pendant quatorze ans, à la condition de payer à la couronne une redevance annuelle de 3 livres 6 shillings 8 pence.

Le titre deuxième du brevet ci-dessus concerne bien clairement un emploi de la vapeur ; car c'est en ces termes qu'alors on parlait toujours de son emploi et qu'on en parla pendant un siècle et demi encore. La machine à vapeur, sous toutes ses formes, était, à cette époque, connue sous le nom de « machine à feu ». Il ne serait pas non plus impossible que les troisième, cinquième et septième titres du brevet, eussent été également des applications de la vapeur.

Thomas Grant en 1632, et Edward Ford en 1640, firent aussi breveter des procédés qui n'ont pas été décrits en détail, pour faire marcher les bâtiments contre vent et marée par le moyen de quelque nouvelle et grande force.

John Wilkins, évéque de Ghester, homme instruit, très érudit et fort excentrique, décrivant en 1648 le tournebroche à courant d'air (smoke-jack) de Gardan, les premiers éolipyles et la puissance de la vapeur confinée, proposait, sous une forme, plaisante, ce qu'il pensait être parfaitement réalisable : la construction d'une machine volante. Il dit : « Est-ce qu'une haute pression ne pourrait pas être avantageusement appliquée à faire mouvoir des ailes aussi vastes que celles du « ruck » ou du « chariot? » L'ingénieur trouverait probablement un coin convenable pour établir un dépôt de charbon, près de quelqu'un des « châteaux » (châteaux en l'air) ^ » Le spirituel prélat proposait aussi d'appliquer le smoke-jack à faire jouer les carillons, à dévider le fil et à bercer les enfants.

1. Castks in the air, ce qui, en anglais, signifie ce que nous appelons « châteaux en Espagne ». Il y a là une série de jeux de mots intraduisibles, et une obscurité de langage particulière à l'excentrique évêque de Chester. S'agit-il, dans ce qui précède, de l'oiseau Roc dont parle l'Écriture, et de la constellation du Chariot? fiV. du trad.)

En 1648 encore, cet évêque Wilkins, écrivant sa « Magie mathématique », y parle des éolipyles comme d'organes utiles et bien connus ; il les décrit comme formés a de quelque matière qui puisse bien résister au feu, avec un petit trou par où on les remplit d'eau, et hors duquel (quand les vases sont chauffés) l'air s'échappe avec une violence considérable et persistante ». « Ils sont, ajoute l'évêque, fréquemment employés pour aviver et concentrer la chaleur dans la fonte des verres et des métaux. On peut aussi les disposer de façon à en tirer parti pour divers usages plaisants, comme pour faire mouvoir, dans le coin d'une cheminée, des ailettes qui servent ensuite à tourner la broche ou à d'autres usages analogues ».

Dans son « Mundus subterraneus », Kircher donne une gravure représentant cette dernière application de l'éolipyle; et Eckern, dans VAula subterranea (1672), montre par un dessin la manière dont on peut employer ces machines à faire office de soufflets dans la fonte des minerais. Il semble qu'on les ait fréquemment utilisées dans toutes les parties de l'Europe, pendant le xvii« siècle, pour souffler le feu dans les maisons ainsi que dans les usines, et pour améliorer le tirage des cheminées. Les inventeurs modernes ont très souvent remis en honneur cette dernière application.

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