WALTER RALEIGH ET LA POMME DE TERRE, OU SOLANUM TUBEROSUM
Une des plus belles importations de l'Empirisme moderne est sans contredit celle de la Pomme de terre, qui est à la fois un aliment et un remède, et d'où l'on retire l'amidon. — Pierre Cieca est le premier qui nous ait appris les propriétés alimentaires de ce tubercule que mangeaient les habitants de Quito (Chronica de Piru. Seville, 1553). Lopez de Gomara (Histoire générale des Indes, 1554), Cardan (De rerumvarietate, 1557, lib. I,p. 16) en font également mention, mais c'est, à ce que dit Bauhin (Hist. plantarum), Sir Walter Raleigh qui l'apporta en Angleterre sous le règne d'Elisabeth, en 1586. On la cultiva aussitôt et son usage se répandit peu à peu en Irlande et sur le continent. Cependant l'on n'osait pas trop en manger crainte de la lèpre (Bauhin), et il fallut des circonstances exceptionnelles pour amener les cultivateurs français à se servir de ce tubercule. — Parmentier, qui avait pris à tâche de répandre en France la culture de ce précieux tubercule, n'y réussissait qu'avec peine, malgré tout l'appui qu'il recevait de Louis XYI, et tous les moyens, dit-on, même la ruse durent être employés. Là où poussaient les pommes de terre, il faisait afficher défense sous les peines les plus sévères de marauder dans sa culture, et comme ce qui est défendu est assez habituellement très-recherché, on venait la nuit voler ses tubercules pour en tirer par culture les mêmes avantages que lui. C'est tout ce que voulait Parmentier. Son stratagème lui réussit, d'accord avec sa persévérance et son opiniâtreté, et, à voir aujourd'hui l'effrayante consommation qui se fait de la pomme de terre qui est préférée aux autres farineux,, on ne se dou-
terait guère qu'il a fallu toute l'énergie morale d'un homme de bien, convaincu d'être utile à ses semblables, pour démontrer à une nation intelligente que la pomme de terre est un bon aliment qui ne renferme aucune qualité nuisible. C'est là un des plus beaux triomphes de l'Empirisme, et ce n'est certes pas le moins utile à l'humanité.