BAUMES DU PÉROU, DE GOPAHU
Ces baumes furent importés du nouveau-monde, le premier en 1580 par Monard, et l'autre du Brésil en 4648, par Margraf et Pisan, qui indiquèrent l'usage empirique que l'on en faisait en raison de leurs propriétés anti-catarrhales, ce qui conduisit peu à peu les médecins à en faire un usage général dans les flux muqueux.
LA. CASCARILLE
Cette écorce fut importée des îles de Bahamaen 1754 et ce furent les médecins allemands qui l'employèrent les premiers ; on l'a mise en usage contre la dysenterie et les fièvres intermittentes.
JACKSON ET L'ANESTHÉSIE PAR i/ÉTHER, PAR LE CHLOROFORME ET LES AUTRES ANESTHÉSIQUES.
Les anciens n'avaient d'autre moyen de calmer la douleur que les narcotiques, à l'intérieur particulièrement le mandragore et les applications locales de pierre de Memphis ou marbre du Caire réduit en poudre appliquée en Uniment avec du vinaigre sur les parties qu'on voulait couper ou cautériser. (Pline ; Dioscoride.) Quant à la mandragore, le même Pline dit qu'en prenant le suc épaissi des baies de cette plante on s'engourdit contre la douleur des opérations, et Dioscoride ainsi que son commentateur Matthiole en disent autant : « Il en est, dit Dioscoride , qui font cuire la raa cine de mandragore avec du vin jusqu'à réduction à un tiers. « Après avoir laissé clarifier la décoction, ils la conservent et en « administrent un verre pour faire dormir ou amortir une douleur « véhémente, ou bien avant de cautériser ou de couper un membre « afin d'éviter qu'on n'en sente la douleur. Il existe une autre « espèce de mandragore appelée morion. On dit qu'en mangeant un a drachme de cette racine, mélangée avec des aliments ou de toute « autre manière, l'homme perd la sensation et demeure endormi ce pendant trois ou quatre heures; les médecins s'en servent quand « il s'agit de couper ou de cautériser un membre. »
D'autres narcotiques furent employés dans le même but pendant le moyen âge, mais il n'en est rien resté dans la pratique et c'est au xixe siècle que reviendra l'honneur d'avoir découvert les moyens de supprimer la douleur.
Dans ses recherches à Y institution pneumatique du docteur Beddoes, où on essayait de traiter les maladies au moyen des inhala-
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lions gazeuses, H. Davy avait découvert par hasard les propriétés hilarantes, excitantes et anesthésiques du gaz protoxyde d'azote, et il le considéra comme pouvant être utilisé en chirurgie pour Caire les opérations sans douleur. ( Iieclierches sur l'oxyde nitreux , p. 556.) Mais, cette découverte passa inaperçue. Il en résulta seulement ce fait que les inhalations gazeuses pouvaient être utilisées en médecine, et c'est de cette façon qu'on a employé souvent l'éther comme antispasmodique. Tout le inonde s'en est servi, on a fait des milliers d'expériences, mais, il est si difficile de savoir observer dans ce but que ceux-mêmes qui se réunissaient pour respirer de l'éther en compagnie, pour leur agrément, ne purent pas voir quels étaient les effets anesthésiques de cette substance. On tournait autour de la découverte et c'est encore le hasard qui se chargea de la réaliser par les mains privilégiées du docteur Jackson.
Ce médecin, qui avait passé quelques années à Paris et à Vienne où il avait étudié la chimie, connaissait les expériences de H. Davy sur le gaz hilariant, celles de Wels qui avait voulu tirer parti de ce gaz pour produire une anesthésie commode à employer dans les opérations , et enfin celles qu'on avait faites sur l'ivressse des vapeurs d'éther. Un jour qu'il était enrhumé et fort gêné par la toux, il voulut se soulager en respirant de l'éther, et, comme il prolongea un peu trop les inhalations, il ressentit quelques effets d'insensibilité. De ce hasard, est sortie la découverte de YEthérisation. En effet, instruit par ce fait, il recommença l'expérience dans des conditions convenables, bien installé dans une berceuse, et il s'aperçut que les propriétés stupéfiantes de l'éther étant bien réelles on pourrait les utiliser pour opérer un malade sans produire aucune douleur. C'était en 1842, mais soit indolence, soit insuffisance, Jackson garda pour lui le résultat de ses expériences pendant quatre ans, et c'est en 1846 qu'il conseilla l'inspiration d'éther à un de ses élèves qui voulait se faire arracher une dent. L'élève n'en fit rien, mais six mois après Jackson trouva un expérimentateur plus résolu dans un dentiste ignorant nommé Morton, qui ne connaissait pas même le nom de l'éther et à qui on en montra pour la première fois. Morton, après avoir essayé les inhalations sur lui-même, les employa le soir même sur un de ses clients et lui arracha une dent sans douleur, puis après avoir rendu compte du résultat à Jackson, il alla de sa part engager le docteur Warren, chirurgien de l'hôpital général de Boston, à employer l'éther pour faire une grande opération chirurgicale. Un rendez- vous fut pris par Morton en cachette de Jackson, qui fut ainsi seul à faire publiquement l'éthérisation pendant laquelle on fit sans douleur la première opération sérieuse. Le sucées
de ce merveilleux essai public se répandit rapidement, et de nombreuses expériences l'ayant confirmé, l'anesthésie produite par l'éther tomba aussitôt dans le domaine public, malgré la tentative des inventeurs de monopoliser à leur profit par un brevet ce droit d'appliquer l'éther ou d'autoriser les autres médecins à l'employer.
Quoi qu'il en soit, c'est au hasard qu'il faut attribuer la découverte de l'éthérisation, mais c'est au docteur Jackson qu'il faut rapporter l'honneur de sa divulgation et de sa vulgarisation par les essais qu'il en a fait faire sur autrui. Depuis lors, les expériences se sont multipliées et, guidés par l'analogie, les médecins n'ont pas tardé à découvrir d'autres vapeurs anesthésiques pouvant être substituées à l'éther avec avantage. Parmi ces vapeurs, il faut citer celles du chloroforme que M. Flourens a fait connaître par ses expériences sur les animaux, que M. Simpson a pour la première fois un peu plus tard employée chez l'homme et qui sont maintenant universellement employées par les chirurgiens. Ainsi va l'humanité; une génération pousse l'autre, et la découverte du jour fait oublier celle de la veille. Quelques mois ont suffi pour anéantir le triomphe de l'éthérisation, puis est venu celui de l'anesthésie du chloroforme, et l'éther a disparu de la scène du monde chirurgical. Mais, si l'éthérisation est oubliée, le nom de Jackson ne le sera pas.